Madagascar: On perd le Sud

Cimetière de projets, éternel oublié de tout projet de développement, région dépourvue de structure industrielle... Voilà autant de clichés scotchés sur le Deep South.

Pourtant ce ne sont, ni l'argent, ni les projets qui manquent pour mettre fin à cette précarité alimentaire récurrente due à un climat désertique mais on en est toujours à la charité comme politique de développement. Rien n'a changé depuis le grand kere de 1993 qui avait suscité un énorme élan national pour venir en aide à la population du Sud qui avait fait face à la plus grande inanition de son existence.

Tous les projets pour résoudre l'éternel problème d'adduction d'eau n'ont pas abouti ou ont été abandonnés a mi-chemin. Ratsiraka avait mis en place le projet Adduction d'eau dans le Sud en essayant aussi bien le pipe-line que le camion citerne pour finir par les charrettes. Les Japonais ont été les premiers, dans les années 90, à essayer le pipe-line qui a été abandonné sans que l'on sache pourquoi. Le projet a été repris par les organismes internationaux depuis mais les résultats sont loin de pouvoir résoudre, une bonne fois pour toutes, le problème.

Des forages ont été également creusés aussi bien dans l'Androy que dans le Menabe avec l'appui des Chinois depuis 2014, mais on n'arrive pas à venir à bout des caprices de la nature. à se demander si tout l'argent investi dans les projets d'adduction d'eau dans le Sud a été utilisé à bon escient. Le président de la République Andry Rajoelina, lui-même, en perd le Sud. Il s'est posé la question et a suggéré l'ouverture d'une enquête à ce propos. Eh oui, il y a lieu de se douter quand on réalise que la somme colossale engloutie dans tous les projets n'a rien apporté.

Visiblement il n'y a jamais eu d'évaluation des projets financés par les bailleurs de fonds depuis plusieurs années. Dans tous les cas, on ne résoudra pas le problème avec la charité et l'assistanat. Les victuailles permettront juste à la population de tenir pendant quelques jours. Elle fera de nouveau face aux soucis alimentaires.

Les solutions pérennes restent les projets structurants à l'image de l'industrialisation de la région, la remise en place d'un tissu industriel complètement disparu. Malheureusement, les grands investissements se heurtent à des contestations populaires sur fond politique.

L'aménagement de terrain cultivable comme la plaine du Bas Mangoky financé par la Banque Africaine de Développement, où la construction de barrage hydraulique comme Bevoay capable d'irriguer 50.000 hectares de rizières constituent également un levier pour booster l'agriculture et permettre à la population d'avoir un revenu.

Ce n'est donc pas sorcier de trouver l'issue à cette crise cyclique du kere dans le Sud. Il suffit d'avoir une volonté de fer pour mettre fin à cette famine humiliante dans une région productrice, pourvu que l'eau ne fasse pas des siennes. Il faut dire aussi que le kere a fait le chou gras des politiciens quel que soit le régime.

Plus de: L'Express de Madagascar

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