Cameroun: Hervé Bourges - Un monument s'est éteint

Le fondateur de l'Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (Esijy) et ancien directeur de TF1, France 2 et France 3, s'est éteint dimanche à Paris à l'âge de 86 ans.

Comment parler de lui quand on a à peine le tiers de son âge ? Il est de ceux qui vivent plusieurs vies en une. Hervé Bourges, cette figure essentielle du journalisme et de la communication au Cameroun et en Afrique, est pourtant un homme difficile à saisir. Pour son œuvre, son parcours professionnel et ses qualités de formateur et de guide pour plusieurs générations de journalistes. Le tout premier directeur de l'Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (Esijy) entre 1970 et 1976, s'est éteint dimanche à Paris en France, des suites de maladie. Pour lui, ce sera à coup sûr un repos mérité. Parce qu'il laisse des traces. D'abord, humaines.

Ce sont ces générations de journalistes, aujourd'hui ténors des médias et de la communication en Afrique. Sa grande passion pour l'Afrique, il la révèle dans son ouvrage « De mémoire d'éléphant ». Il y raconte un attachement au continent qu'il a parcouru et pour lequel il a rejoint le combat de décolonisation par la communication. Après avoir effectué plusieurs mois de service sous le drapeau algérien, sa relation quasiment incestueuse à ce pays s'est également manifestée par sa position de conseiller de première main d'Ahmed Ben Bella, le premier président après l'indépendance du pays. Egalement auteur de plusieurs ouvrages, il a gravé, dans « Décoloniser l'information » paru en 1978 aux éditions Cana, son positionnement face à l'idéologie du libre-échange, ainsi que le rôle des journalistes entre l'Occident et les pays du Tiers-monde.

De même, il a signé en 2016 « J'ai trop peu de temps à vivre pour perdre ce peu » (Ed Le Passeur), où il partage ses convictions et expériences. Celles de l'évolution de l'Afrique, de la transformation du journalisme, de la métamorphose de la télévision, de la littérature et des voyages, mais également de l'avenir de la langue française, de ses enthousiasmes et de ses indignations. Après son départ de l'Esijy (actuelle Esstic), Hervé Bourges n'est jamais vraiment parti. Souvent revenu pour des conférences, suivre ou parrainer des rencontres professionnelles, il continuait d'avoir un regard sur l'école qu'il a fondée il y a 50 ans. Un amphithéâtre porte d'ailleurs son nom aujourd'hui.

En France, Hervé Bourges fut le directeur général de Radio France international, de TF1, de France 2 et de France 3. Il a également été à la tête du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de 1995 à 2001. Sorti de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille en France en 1955, ce natif de Rennes et benjamin d'une fratrie de 11, a fait ses premiers pas comme rédacteur-en-chef à l'hebdomadaire « Témoignage chrétien ». Il retournera dans cette institution qui l'a formée pour en devenir directeur en 1976. Fervent défenseur de la Francophonie, Hervé Bourges a porté ces valeurs auprès de l'Unesco comme ambassadeur de la France.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Cameroon Tribune

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.