Algérie: Sécheresse - La tradition "Anzar" fait son retour dans les villages à Bouira

Bouira — Après plusieurs années d'éclipse, la tradition ancestrale amazigh "Anzar" a fait son grand retour ces derniers jours dans les villages de Bouira, où les populations locales ressuscitent ce rite mythologique dans l'espoir d'obtenir la pluie en cette période de sécheresse, de plus en plus inquiétante.

Le retour de cette tradition dans les villages berbérophones à Bouira est un fait marquant cette année, qui coïncide avec une période de sécheresse préoccupante pour les paysans d'Aguouillal, Semmache (El Adjiba), Aqemqoum (El-Asnam), Ath Chaib (Bechloul).

"L'absence de pluie nous préoccupe profondément. Sans l'eau l'agriculture est morte, nous sommes en hivers mais il n y'a toujours pas de pluie", s'est inquiété Si Mouh, un sage du village d'Aguouillal.

Pour obtenir la pluie dans cette période de vaches maigres, les habitants de plusieurs villages à Bouira-Est ont eu recours ces derniers jours à la ressuscitation de cette tradition. Vendredi dernier, les habitants du village montagneux d'Aguouillal ont organisé et célébré cette tradition dans un climat de joie et de fraternité. A l'entrée de ce village connu pour son passé révolutionnaire glorieux, hommes, femmes et enfants étaient tous mobilisés pour réussir cette fête avec la préparation de repas traditionnels et d'un repas collectif.

Revisité aussi dans d'autres villages d'El Adjiba, il y'a quelques jours, "Anzar se pratiquait, autrefois, dans toute la Kabylie, au moment de la sécheresse. Le rite consiste à déguiser une louche en mariée, habillée d'une robe kabyle avec (une fouta), un foulard à la tête, un écusson en argent sur le front et un collier pendu au cou", a expliqué Na Ouardia, une des vieille du village.

Une fois les provisions amassées, le cortège s'est rendu au lieu de la fête, où des crêpes, des beignets, du café et du thé ont été préparés. Tout le monde est convié à ce festin.

Un climat de joie festive et de solidarité régnait sur les lieux. Le bruit né des cris des enfants est entendu de loin. Les notables, les fidèles et tous les citoyens du village se sont regroupés autour du repas collectif (du couscous au poulet) en guise de solidarité et de fête avant de procéder à une prière collective pour demander de la pluie et prier le Tout puissant pour qu'il mette un terme à la sécheresse qui menace leur agriculture.

"Cette tradition est en voie de disparition. Nous sommes en train de la revivre ces jours-ci car tout le monde a peur en cette période de sécheresse", a confié à l'APS Na Ouardia.

A propos de cette légende mythologique berbère, le président de l'Académie algérienne de la langue amazighe (AALA), Mohamed Djellaoui, a expliqué que la ressuscitation de cette tradition "entre dans le cadre de l'éveil culturel ancestral amazigh". "Il s'agit d'un retour aux origines historiques et civilisationnelles", a souligné M. Djellaoui dans une déclaration à l'APS.

M. Djellaoui, qui est également directeur du laboratoire des études littéraires linguistiques et didactiques amazighes à l'université Akli Mohand Oulhadj de Bouira, a ajouté que ce rite est célébré par les populations pour prier naïvement afin d'obtenir la pluie, ajoutant que cette tradition est un patrimoine culturel historique amazigh.

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