Togo: Satisfecit des observateurs de la CEDEAO et de l'UA - L'étranger a de gros yeux mais ne voit rien

25 Février 2020

A peine la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Togo a-t-elle proclamé les résultats du scrutin présidentiel que les observateurs de l'Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se sont empressés pour délivrer un blanc-seing au processus électoral.

Ils estiment, en effet, que ce processus s'est « déroulé sans incidents majeurs » et « dans la paix et conformément à la loi électorale ».

Le hic, c'est que ce verdict précipité tranche avec le constat fait sur le terrain par l'opposition et une partie de la société civile togolaises qui dénoncent de nombreuses irrégularités et estiment que les résultats qui ont sanctionné le scrutin, ont été fabriqués, tronquant la vérité des urnes. Dans cette polémique, qui faut-il croire, pourrait-on se demander ?

Sans prendre parti pour l'un ou l'autre camp, le constat est que les résultats des observateurs d'élections de la CEDEAO et de l'UA varient très peu d'une élection à l'autre et d'un pays à l'autre. Tout se passe comme si les rapports d'observations étaient préparés à l'avance si fait qu'il n'est servi à la consommation de l'opinion, que les mêmes antiennes.

Pire, celles-ci sont toujours en faveur des tenants du pouvoir. L'on peut donc légitimement douter de l'impartialité de ces missions d'observations qui sont le plus souvent même conduites par d'anciens membres du syndicat des chefs d'Etat comme ce fut le cas au Togo avec l'ancien président sierra-léonais, Ernest Bai Koroma.

L'on peut même aussi douter parfois du sérieux de ces observateurs qui font des élections un fonds de commerce si ce n'est tout simplement une occasion de s'acheter des visas pour un tourisme électoral.

Ces observations donnent finalement l'impression que nos Etats ne sont pas capables de s'assumer

Dans le cas spécifique du Togo, l'on est d'autant plus enclin à douter du résultat des observations que la CEDEAO et l'UA qui ont accompagné les négociations entre le pouvoir et l'opposition togolaise dans l'optique de créer les conditions d'une élection transparente, ont caressé le pouvoir dans le sens du poil.

L'on ne voit donc pas comment les missi dominici de ces deux organisations pouvaient parvenir à un autre verdict que celui qu'ils ont prononcé, sans se désavouer eux-mêmes.

A la décharge cependant de ces observateurs que l'on aurait taxés « d'acquis » sous d'autres cieux, l'on peut comprendre parfois leur souci de ne pas jeter de l'huile sur le feu dans un contexte où les élections se déroulent souvent sur fond de tensions entre le pouvoir et l'opposition.

En tout cas, dans le cas d'espèce du Togo, l'on ne peut que nourrir des regrets d'avoir vu l'exclusion de l'Eglise catholique de l'observation de ces élections.

Connue pour sa rigueur et son attachement à la justice, cette institution aurait, sans nul doute, fait entendre un autre son de cloche permettant à l'opinion de se faire une idée exacte de ce qui s'est passé le 22 février dernier dans les bureaux de vote.

Cela dit, au regard de ces verdicts monotones et sans intérêt réel si ce n'est pour servir les intérêt des satrapes qui en usent pour légitimer leur pouvoir, l'on se demande s'il n'est pas aujourd'hui du devoir des peuples de s'organiser pour récuser les observateurs étrangers et se donner les moyens d'imposer en interne des administrations électorales crédibles.

Car, ces observations donnent finalement l'impression que nos Etats ne sont pas capables de s'assumer en organisant des scrutins transparents, sans un œil extérieur.

Plus de: Le Pays

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