Sénégal: Toiture en paille dans le Kassa - Une architecture entre beauté et utilité

25 Février 2020

Entre Oussouye, Mlomp, Élinkine, dans le Kassa, la toiture en paille est devenue un vrai marqueur de l'architecture des maisons. En plus de servir d'attrait pour les touristes, les toitures en paille permettent aussi de contenir la chaleur et de maintenir la fraîcheur dans les bâtiments.

En provenance d'Oussouye pour aller à Mlomp, tout visiteur est frappé par l'architecture des maisons situées sur le bord de la route. Il est impossible pour le passant de ne pas remarquer les toitures en paille des maisons qui défilent.

Cette architecture, vrai marqueur des maisons en Casamance, est devenue un produit culturel qui attire tant de touristes.

Avec une toiture en paille, ces maisons à impluvium construites dans cette zone suscitent l'admiration des observateurs de passage. Dans cette partie de la Casamance, la paille est la toiture la plus prisée pour l'habitat.

Depuis très longtemps voire des siècles, les populations couvrent leur toiture de maison avec de la paille. Bien avant l'arrivée de la tôle (zinc, ardoise ou autres), les constructions de maisons se faisaient avec la paille, notamment dans les zones rurales.

«Ces maisons sortent de l'imaginaire, car construites dans une idée qui fait penser que le diola est aussi ingénieux qu'on peut l'imaginer», fait remarquer Edmond Sambou rencontré sur place dans le village de Mlomp.

Mais aujourd'hui, cette tendance commence à s'estomper et ce sont souvent seuls les campements et hôtels qui en font leur toiture. À l'époque de son utilisation massive par les populations de campagne, la paille était trouvée sans grande difficulté en brousse. Les villageois se la partageaient ensuite.

Et c'était l'idéal pour créer un microclimat doux à l'intérieur de l'habitation. Si l'on en croit Adrien Diédhiou du village de Kagnout, «les anciens l'entretenaient bien pour éviter qu'elle ne soit ravagée par toute calamité notamment les feux de brousse».

Disponible à profusion à l'époque en Basse Casamance, la matière était ainsi valorisée. «C'est ce que nous prenons pour entretenir nos toitures afin d'éviter non seulement la chaleur, mais la pluie. La paille couvre toute la maison pour une période allant de trois à cinq ans sans que la pluie puisse entrer à l'intérieur», précise-t-il.

Rareté du produit

L'admiration pour ces maisons au décor de paille est bien présente. La tendance pour la paille est surtout présente dans les campements villageois qui accueillent pas mal de vacanciers. Ceux-ci apprécient généralement cette façon de construire dans une région où la chaleur règne la plupart du temps.

Mais depuis une certaine période, la paille se fait de plus en plus rare. Et peu de zones en Casamance disposent encore de la matière à offrir pour ceux qui en ont besoin.

Du coup, elle s'échange désormais contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Selon Malamine Diamé, vendeur de paille, installé au Cap Skirring, le produit s'écoule bien.

«Nous tirons pas mal de profits de la vente de la paille comme tout commerçant», explique-t-il. Selon ce quinquagénaire, sa paille provient de la région de Sédhiou, vers Tanaff, sa localité natale.

«Nous disposons jusqu'à présent de paille dans notre zone, mais pas à offrir, puisque les villageois nous vendent le produit contrairement au passé où nous en trouvions sans qu'ils nous demandent de payer», avance-t-il.

Le rouleau de paille s'achète chez les populations à 250 FCfa, en plus du transport de la marchandise par les camions. Tout cela, selon M. Diémé, est à négocier.

Mais le prix de vente du rouleau long d'un mètre et demi s'achète dans ce milieu touristique entre 350 et 500 FCfa l'unité. C'est ainsi que les six vendeurs de paille installés à Cap Skirring se mènent une rude concurrence avec la forte demande de ce produit.

RIGUEURS CLIMATIQUES : Un moyen de se protéger de la chaleur

Au-delà de son aspect culturel et touristique, la toiture en paille permet de se protéger de la chaleur dans cette zone du Kassa.

Ainsi les toitures faites en paille permettent de se protéger des températures élevées, surtout que dans cette zone, depuis quelque temps, le mercure ne cesse de grimper.

«Nos maisons sont construites avec du béton qui ne fait qu'augmenter la chaleur. Il doit y avoir des endroits pour bien respirer et ne pas supporter cette canicule.

La paille est donc une aubaine», explique Bertrand Foucauld, un touriste français. Il ne manque pas, à chacun de ses séjours au Cap Skirring, d'habiter dans un hôtel ou un campement qui a des chambres avec une toiture en paille.

Des artistes, à l'instar du jeune Ibrahima Touré, en ont fait leur gagne-pain.

«J'en tisse beaucoup pour présenter aux acheteurs un produit fini. Ils l'achètent pour aller la mettre directement sur la toiture», précise le jeune trentenaire originaire d'un village du secteur de Ziguinchor.

Sous les palmiers de la route du Cap Skirring, le jeune Touré écoule sa production auprès des acheteurs qui sont souvent des propriétaires d'établissements d'accueil. Ce qui fait de la paille un créneau porteur dans le Kassa aujourd'hui, sans compter l'attrait touristique qu'elle suscite.

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