Maroc: Une très grosse menace pèse sur l'Afrique

Les chiffres de cas annoncés ne font pas l'unanimité

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le monde est sur les dents. En l'espace d'un week-end, le coronavirus a considérablement gagné du terrain. Et fort logiquement, aux quatre coins de la planète, les autorités se préparent au pire, et notamment au cas où le Covid-19 ferait une entrée en force sur leur territoire. Enfin presque. Car si l'on en croit l'Organisation mondiale de la santé, le continent africain, où un seul cas a été recensé en Egypte, est mal préparé. L'agence de l'ONU s'inquiète sans détour de la faiblesse des systèmes de santé du continent en cas de contamination massive.

Réunis en urgence, samedi à Addis-Abeba, plusieurs ministres africains ont pris les devants pour «anticiper et prémunir le continent, en examinant les actions visant à renforcer la préparation et la riposte à cette épidémie par les Etats membres», a indiqué le président de la commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat.

La délégation marocaine composée du ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb et du directeur de l'épidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la Santé, Mohamed Youbi, est consciente des craintes de l'OMS, dont le directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé les pays de l'UA à faire front commun pour être plus agressifs dans la lutte contre ce virus. «Notre principale préoccupation continue d'être le potentiel de dissémination du Covid-19 dans les pays dont les systèmes de santé sont plus précaires», a-t-il souligné dans une liaison vidéo depuis Genève. Au moment où nous écrivions ces lignes, pas moins de 200 cas suspects ont été recensés dans les pays de la région Afrique de l'OMS, soit la plus grande partie du continent. Toutefois « presque tous se sont avérés négatifs», a déclaré samedi la directrice du bureau régional de l'Afrique, Matshidiso Rebecca Moeti.

Alors que la grande crainte autour de cette nouvelle épidémie était qu'elle atteigne l'Afrique, «aujourd'hui, personne ne comprend pourquoi elle ne s'est pas encore développée sur le continent africain», s'étonne dans une interview parue dans l'édition de lundi du quotidien français «Libération», Pierre-Marie Girard, directeur des affaires internationales à l'Institut Pasteur de Paris et à la tête du Réseau international des Instituts Pasteur, dont 10 sont situés en Afrique. Puis d'exprimer clairement ses doutes : «Nombreux sont les experts qui remettent en cause la réalité des chiffres affichés. Les plus optimistes s'en étonnent mais ils font le pari que l'épidémie s'éteindra avant que le continent africain ne soit touché. Pour les pessimistes, il existe deux possibilités : soit des cas n'ont pas encore été repérés et ce n'est plus qu'une question de temps, soit l'évolution toujours croissante de l'épidémie en Chine, les failles inéluctables des mesures d'isolement et l'ampleur de leurs contraintes entraîneront obligatoirement une extension de l'épidémie vers l'Afrique».

Toujours d'après la même source, les doutes qui planent sur l'absence de cas sur le continent africain sont également liés au fait qu'il y a «plus d'un million de ressortissants chinois qui font des allers-retours dans leur pays, et il y a eu, en plus, un fort mouvement autour du nouvel an chinois. Donc tout concourt à ce que le virus circule», a confié le directeur des affaires internationales à l'Institut Pasteur de Paris.

Par le biais d'une modélisation réalisée à l'initiative d'une équipe de l'Inserm dont la chercheuse italienne Vittoria Colizza, il a été démontré que l'Egypte, l'Algérie et l'Afrique du Sud seraient les portes d'entrée les plus probables du coronavirus sur le continent africain. Le cas identifié en Egypte tend à corroborer cette thèse. Ce résultat est le fruit de l'importance des échanges aériens avec les provinces chinoises contaminées et les trois pays précités. En revanche, il convient de souligner que ces trois nations sont aussi parmi les mieux équipées du continent aussi bien pour détecter rapidement les nouveaux cas que pour les prendre en charge. Selon l'équipe de l'Inserm, si dans d'autres pays d'Afrique, le risque d'importation est plus faible, les carences sanitaires peuvent, quant à elles, faire craindre une diffusion rapide.

Depuis quelques jours, fleurit l'espoir d'un printemps fatal pour le Covid-2019. D'où l'hypothèse d'un climat africain défavorable à l'épidémie. «Non», balaye d'un revers de la main Pierre-Marie Girard. «Le climat tropical n'est pas un frein puissant à la réplication des coronavirus même si une saisonnalité partielle est probable comme pour la plupart des virus respiratoires. Parier sur la protection climatique en Afrique ou le contrôle spontané de l'épidémie lors de la fin de l'hiver serait absurde».

Bref, vous l'aurez compris, l'inquiétude grandit à mesure que l'épidémie se répand autour du continent. Désormais, la communauté africaine n'a d'autre choix que de redoubler d'efforts pour parer à une éventuelle intrusion du coronavirus sur son sol. Même si cela s'annonce compliqué, ne serait-ce qu'au regard du déficit en termes d'infrastructures de santé dont souffre la majorité des pays.

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