Sénégal: Décrispation de la situation politique via le dialogue politique - La majorité oppose son véto

26 Février 2020

Décidemment, l'Objectif spécifique 7 (OS7) du dialogue politique qui comporte les questions de l'arrêté Ousmane Ngom, l'article 80, la liberté de candidature, tout comme le cumul de fonctions de Chef de l'Etat et de chef de parti, entre autres, est une patate chaude pour la Commission cellulaire du dialogue politique.

Encore hier, mardi 25 février, les acteurs au dialogue politique n'ont pas pu trouver de consensus autour de la question de la décrispation du paysage politique, un des sous points de l'OS7.

Les plénipotentiaires de la majorité présidentielle ont tout bonnement botté en touche toutes les propositions faites par les autres pôles, notamment celui de l'opposition qui a voulu parler de l'amnistie de Karim Wade et Khalifa Sall, ou encore de la fin des poursuites pour Guy Marius Sagna et Babacar Diop. Même la proposition de la société civile consistant à mettre sur pied une commission pour parler de ces questions a été rejetée.

DJIBRIL GNINGUE, SOCIETE CIVILE : «La majorité pense que cela dépasse la commission»

«On a reçu la fédération sénégalaise des handicapés, ils voulaient rencontrer la commission exécutive pour poser un certain nombre de doléances. Suite à cette rencontre, on a abordé le menu principal qui est la décrispation et nos discussions ont tourné autour de cela. Il faut dire qu'il n'y a pas eu d'accords sur ce plan parce que la société civile a proposé la mise en place d'une commission. Il s'agit de la décrispation de la situation politique, d'apaiser et de ramener la confiance entre les acteurs politiques. C'est pour cela que l'opposition a signalé les cas de Khalifa Sall et de Karim Wade.

Au niveau de la société civile, on a proposé la mise en place d'une commission qui devrait se pencher sur ces cas pour ne pas individualiser ou personnaliser ce problème de la décrispation. Parce que pour nous, la décrispation se joue à cause de plusieurs choses. D'abord, elle pose le renforcement des droits fondamentaux des citoyens et ensuite cela pose la liberté publique. Or, sur ce plan-là, on a abordé l'article 80, l'arrêté d'Ousmane Ngom, la liberté de candidature, le cumul des mandats. Sur tout cela, il y a des désaccords. C'est pour cela que l'on a proposé une commission pour trouver une solution afin de décrisper la situation.

Cependant, ni la majorité ni l'opposition n'ont donné suite à cela. C'est un constat de désaccord même s'il y a certains qui proposent de mettre cela dans les questions à rediscuter. On l'avait proposé si au besoin on pourrait faire de la médiation parce que pour la majorité, les questions ne peuvent pas être réglées là-bas et ils ont insinué que cela pourrait se faire avec le président de la République. C'est pourquoi, on a dit que si la commission avait un mandat, elle pourrait non seulement élaborer des propositions et rencontrer tous les acteurs susceptibles d'être rencontrés pour les écouter et échanger avec eux.

Et à la fin, on pourrait soumettre à la commission des propositions concrètes pour faciliter la prise de décisions. Malheureusement les différents camps n'ont pas donné suite à cela. Les non-alignés ont développé leur position. D'après eux, le cas de Khalifa comme celui des autres ne peuvent pas être réglés isolément.

Leurs positions se rapprochent du nôtre et de celle de l'opposition aussi. Mais, il y a la majorité qui pense que cela dépasse la commission. On peut dire qu'il n'y a pas de consensus. En synthèse, le président a proposé de faire une recommandation en direction de l'Etat. Cela, en demandant de prendre toute mesure pouvant contribuer à la décrispation du climat politique. Je pense que cela vise à atténuer le désaccord».

NDIAWAR PAYE, PLENIPOTENTIAIRE DE LA MAJORITE : «Nous leur avons gentiment demandé d'utiliser d'autres canaux pour poser ces problèmes»

Nous pensons que le président Macky Sall, en appelant au dialogue national, après avoir largement gagné à un peu plus de 58%, est pour la décrispation et l'apaisement de l'espace politique. Nous aussi, ses plénipotentiaires, nous sommes mus par cette même disposition d'esprit. Il est vrai que nous défendons nos positions, mais nous le faisons dans un esprit fairplay : voir ce qui est possible de faire dans le consensus et ce qui ne l'est pas. Dialoguer ne veut pas dire avoir des consensus partout. On a des accords.

Mais, l'Objectif spécifique 7 est très difficile, très politique car c'est l'article 80, le cumul de fonctions, etc. Aujourd'hui, dans le cadre de la décrispation, ils ont parlé des cas de Karim Wade et de Khalifa Sall. Ensuite, il y a les cas Guy Marius Sagna et Dr Babacar Diop. Personnellement, je leur ai dit que c'est deux blocs de cas différents. Parce que Karim Wade et Khalifa Sall ont été jugés, condamnés et graciés par le président Macky Sall.

Pour les autres, Guy Marius Sagna et Babacar Diop, l'opposition demande qu'on arrête les poursuites. On leur a dit que c'est impossible, le président ne peut pas l'arrêter. Sinon vous allez dire que le président s'immisce dans l'action de la justice. Ce dont il n'a pas le droit. Ce que nous pouvons faire, c'est de laisser la justice faire son travail. Après le jugement, le président peut intervenir dans ses pouvoirs discrétionnaires en termes de clémence. Ce qui est valable pour Khalifa Sall et Karim Wade.

La société civile a demandé qu'on mette en place une commission pour débattre de cela. Mais, nous avons estimé que ce n'était pas du tout opportun, dès lors que même le président de séance ne l'a pas proposé. Parce qu'aller dans cette commission, c'est continuer les divergences sur cette question.

La commission politique n'a pas pu régler cette question, non plus la commission proposée par la société civile ne pourra le faire. Ce n'est pas ce cadre qui peut régler ces affaires. Cela peut se régler dans d'autres espaces de dialogue. Il y a les coulisses où les gens peuvent se parler, parler au président pour solliciter sa clémence. Nous leur avons gentiment demandé d'utiliser d'autres canaux, d'autres espaces pour poser ces problèmes. Nous ne nous sommes pas opposés, mais nous ne sommes pas mandatés pour cela et le cadre n'est pas approprié pour ça».

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