Cameroun: Musique - Kris Badd répond toujours

interview

Le danseur et chanteur camerounais était devenu célèbre dans les années 90 grâce à ses interprétations des titres de Michael Jackson. Il revient avec de nouvelles propositions.

En 2019, quand le clip de « Kossa » est lancé par le réseau Trace Distribution, certains mélomanes camerounais n'avaient plus eu de nouvelles de Kris Badd depuis des années. D'ailleurs, la dernière fois qu'on l'a vu glisser sur une scène aux pas de Michael Jackson, c'était il y a 10 ans. L'artiste lui-même a fait les calculs, tellement le temps lui a semblé long loin du Cameroun. Son grand retour le 25 décembre dernier sur le plateau de la foire Yaoundé en fête (Ya-Fé) a ravivé les bons souvenirs de l'époque, celle du début des années 90 et l'avènement de « Délire ».

Des talents en danse et en musique poussent de partout dans le pays, et viennent germer dans cette émission de variétés présentée par Foly Dirane sur la Crtv. Kris Badd est l'un de ces artistes en herbe. Au fil des passages, il se forge une réputation, et par la même, une carrière. Dans son rôle de doublure du Roi de la pop, il devient la référence nationale. D'autres passionnés des chorégraphies millimétrées de Michael se mettent à suivre ses traces. Les spectateurs de Ya-Fé en décembre 2019, membres de la nouvelle génération, celle des X-Maleya, découvraient peut-être Kris Badd ce soir-là, sans soupçonner une seule minute qu'il est le premier à avoir introduit le célèbre trio dans l'univers du showbiz.

L'artiste, par son combat, veut faire triompher son style fait de pop-rock et d'inspiration makossa. Ses albums « Action » (1998) et « Za'ane » (2002), comme les singles sortis plus tard, ont tracé son couloir et peint ses batailles humanitaires, à l'instar de celle qu'il livre depuis des décennies contre le sida. Comment s'est-il battu pour se séparer de cette image de copie de Michael et se créer son propre univers ? Kris Badd raconte tout à CT, de sa vie en France à sa vie d'acteur, sans langue de bois.

Vous revenez sur le devant de la scène avec une nouvelle chanson « Kossa ». La suite logique serait-elle la sortie d'un album ?

« Kossa » est une chanson co-écrite avec le jeune artiste camerounais Anjalo. C'est une invitation à la fusion universelle par le vecteur de la danse et des sonorités africaines. J'ai développé le concept hip hop-makossa depuis plusieurs années déjà. Il a évolué en Afrobeat-hip hop-makossa pour fédérer encore plus de sonorités. C'est un single qui suit le maxi-single « Mollo Mollo » sorti en 2018 et distribué sur toutes les plateformes digitales par Keyzit France). Il annonce effectivement un nouvel album en préparation, dont la sortie est prévue très prochainement.

Comment comptez-vous en assurer la promotion auprès du public camerounais ?

Le vidéo clip de ce nouveau single a été réalisé par un réalisateur de la scène urbaine française, Wandji/Nope Usual. Il tourne actuellement sur beaucoup de chaînes de télévision internationales et camerounaises. D'ailleurs, j'ai eu le plaisir de le présenter en live le 25 décembre 2019 lors de Yaoundé en Fête (YA-FE) devant près de 10.000 personnes qui ont répondu présent à ce grand rendez-vous que j'ai pu honorer grâce à la Best Cam Compagny Dance dirigée par l'artiste Kriss Lady. Ce fut une réelle émotion de monter sur la grande scène de YA-FE, car ça faisait plus de 10 ans que je ne m'étais plus produit au Cameroun. L'engouement a été au-delà de mes attentes. J'avais préparé un répertoire avec les nouveaux titres de mon projet musical déjà disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légales à travers le monde. Le public venu très nombreux, à qui je profite pour dire merci, a donc pu découvrir mon nouveau répertoire en exclusivité. D'autres concerts, spectacles et showcases sont en préparation pour cette année 2020.

Comment décririez-vous la nouvelle vie de Kris Badd sous le ciel français ?

Ma nouvelle vie s'est enrichie d'ateliers de danse et de chant que j'ai le plaisir de donner à des enfants d'horizons divers. A leur contact, j'apprends autant que je leur apporte. Ma société de production KB Association PROD est basée et s'est développée à Paris. Je coproduis d'ailleurs le jeune artiste camerounais Anjalo, avec lequel nous venons de produire et réaliser un nouveau vidéo clip « Beauté africaine », réalisé par le magicien Dave Luck de AV Industry, sous le soleil de Yaoundé, qui est déjà disponible sur toutes les plateformes légales de téléchargement.

Michael Jackson est l'artiste qui vous a révélé au public si on peut le dire ainsi, car vous interprétiez nombre de ses chansons à l'émission « Délire » sur la Crtv. Comment avez-vous vécu la disparition du Roi de la pop ?

Michael Jackson m'a permis de me révéler au grand public grâce à Foly Dirane et son émission à succès « Délire ». Mais par ailleurs, j'ai toujours été influencé par des artistes comme Manu Dibango , Elvis Kemayo, Ekambi Brillant, Le Star System, pour ne citer que ceux-là, sans oublier le génial Nkembe Pesauk qui a d'ailleurs produit mon premier album « Action » et m'a appris toutes les ficelles du métier. Mais je suis toujours honoré d'interpréter les titres en hommage au King of pop, à la demande du public. Je le ferai aussi longtemps que les pas suivront... Et que dire de Foly Dirane ? Je garde de lui un souvenir reconnaissant et très attendrissant. C'est lui le premier à avoir cru en moi au point de me manager pour me mettre en lumière. C'est un grand professionnel qui a formé une pléiade de jeunes artistes et contribué ainsi à dynamiser la culture camerounaise avec de nombreux nouveaux talents. Lors de mon prochain séjour, le rencontrer pour lui témoigner ma reconnaissance sera une priorité.

A travers votre passion, de nombreux jeunes artistes ont pu se dévoiler. Il y a notamment les X-Maleya qui étaient vos danseurs. Quelle appréciation faites-vous de leur carrière ?

Je suis très fier de la carrière de mes amis et ex-danseurs, les X-Maleya, qui sont devenus les dignes ambassadeurs de la culture camerounaise à travers leur musique. Je suis d'autant plus fier que partout où je passe à travers le monde, on me rappelle qu'ils ont toujours eu l'honnêteté et l'humilité qui fait la marque des grands artistes, de reconnaître que j'ai contribué à leur formation et à leur développement artistique. C'est mon plus grand cadeau. Je leur souhaite encore pleins de bonnes choses.

L'une de vos grandes révélations a été « No Sida », cette chanson écrite pour lutter contre le sida. Continuez-vous ce combat socio-humanitaire contre le VIH ?

En effet, j'ai toujours mis un point d'honneur à faire de mon art un vecteur des causes sociales. Car la musique sert aussi à passer des messages importants. Force est de constater qu'après toutes ces années, le sida reste encore une pandémie d'actualité. C'est la raison pour laquelle j'ai composé une nouvelle version inédite et acoustique piano-voix de « No Sida », à retrouver dans mon nouvel album. Le combat et la sensibilisation doivent continuer.

Beaucoup ignorent que vous avez également fait l'acteur, par exemple dans « Les Saignantes » de Jean-Pierre Bekolo. Peut-on dire que la musique et la danse vous ont aidé à améliorer votre jeu d'acteur ?

En parallèle de ma carrière musicale, j'ai eu la chance de tourner dans deux films primés par des festivals internationaux. Il s'agit de « Par ignorance » de Hervé Harding Guiffo et « Les Saignantes », film avant-gardiste de Jean-Pierre Bekolo. J'ai reçu d'autres propositions mais je n'étais pas prêt. Aujourd'hui, je serais ravi de participer à un nouveau projet cinématographique également, car en effet, ces expériences dans ces différents univers artistiques ont contribué à développer et à enrichir mon aisance et mon jeu devant les caméras.

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