Sénégal: «L'aventure ambiguë» et «Les gardiens du temple» - La synthèse réussie de Cheikh Hamidou Kane

26 Février 2020

Démarche haletante, bonnet rouge enveloppant des cheveux blanchis par le poids des années, Cheikh Hamidou Kane a été invité, hier, par l'Institut français de Dakar, dans le cadre de son concept «Carte blanche», pour évoquer son œuvre littéraire multidimensionnelle.

Deux classiques portés par les cuirasses de l'éternité. Les deux romans de Cheikh Hamidou Kane, «L'aventure ambiguë» et «Les gardiens du temple» sont des œuvres qui traversent les époques. Construites avec l'humanisme de leur auteur pour être un fanal au service de l'humanité.

Mais la force de ces deux créations littéraires, c'est aussi les thématiques abordées se conjuguant à tous les temps. Un style inimitable qui inspire. Des personnages singuliers et parfois iconoclastes.

Avec ces deux livres, l'écrivain a réussi une belle synthèse littéraire. Car, rappelle-t-il, la plupart des questions qui ont été soulevées dans «L'aventure ambiguë» trouvent leurs réponses dans «Les gardiens du temple».

Si le premier roman a été publié en 1961, il faudra attendra 34 ans plus tard, c'est-à-dire en 1995, pour que paraisse le second. Mais ce décalage temporaire n'annihile pas la cohérence dans la démarche de Cheikh Hamidou Kane, qui a même fini de ressusciter Samba Diallo à travers le personnage de Salif Ba, fils du chef des Diallobé dans son seconde livre, et la grande royale par la figure de la griotte Daba Mbaye. Il les a faits surgir d'outre-tombe pour la continuité de l'histoire.

S'ils se différencient par leur cursus, la façon de voir et d'accepter les choses, ils appartiennent néanmoins à la même origine géographique et culturelle. Salif et Samba sont tous les deux pétris des valeurs de la culture peule.

«À la différence de Samba Diallo qui a fait des études philosophiques, Salif Ba est un ingénieur agronome», explique l'auteur, pour qui son personnage appartient à la lignée d'élites africaines responsables d'une Afrique «indépendante».

Autrement dit, les responsables politiques qui eurent en charge l'administration de leur pays. Contrairement à Samba Diallo, cette figure majeure de «Les gardiens du temple» devait s'acquitter de la gouvernance de son peuple. Toutefois, soutient Cheikh Hamidou Kane, il appartenait aux griots de sa même génération, Farba Mâri et Daba Mbaye, de lui rappeler la nécessité de s'appuyer sur l'identité et la culture des populations du pays diallobé.

Daba Mbaye est venue rappeler l'importance de la femme dans les sociétés africaines. Originaire de «Sessene», elle est celle qui aide à résoudre les conflits bâtis autour de coutumes néfastes qui constituaient à enterrer des griots debout.

Avec «Les gardiens du temple», il est question d'une invite aux gouvernements africains afin d'examiner leur culture, de combattre les traditions, encourageant les mauvaises pratiques. Dans son œuvre, l'auteur fait apparaître des personnages modèles comme il en existe en vrai dans les sociétés traditionnelles.

Empreinte nostalgique

Pour ceux qui ne le savent pas, Cheikh Hamidou Kane n'a pas tué Samba Diallo pour justifier la synthèse impossible entre culture de l'Afrique et celle de l'Occident.

Avec la mort de ce personnage, il a voulu simplement dire que «cette rencontre n'était pas sans risque». Selon lui, il y a le risque qu'on perde son identité, ses valeurs.

Pour avoir fréquenté à la fois l'école coranique et occidentale, l'écrivain reste fortement marqué par la dualité entre tradition et modernité. D'ailleurs, celle-ci semble solidement nourrir l'ensemble de son œuvre.

L'écriture de Cheikh Hamidou Kane porte l'empreinte nostalgique de la culture peule qui a rythmé, dans le passé, la vie entre le fleuve Sénégal et ses affluents dans le nord du pays. Son travail est une thérapie profonde qui guérit.

Il invite, souligne l'écrivaine Mariama Samba Baldé, à poser la lucidité et à oser l'humilité et la sobriété. En lieu et place de dire ce qu'est l'homme, Cheikh Hamidou Kane fait ressortir ce qui fait l'homme.

Dans sa vision, il n'encourage pas à arrêter le progrès, mais il en appelle au discernement. Dans une époque marquée par la violence de l'extrémisme religieux, sa production est une sorte d'antidote contre les identités mortuaires.

Parlant de l'auteur, le philosophe et écrivain Abdoulaye Élimane Kane rappelle que l'image que renvoyait Cheikh Hamidou Kane constitue un repère «inoubliable». Parmi ses thématiques, ajoute-t-il, il y a celui du savoir qui est fondateur d'ordres sociaux différents.

«Carte blanche» de l'Institut français de Dakar a vu la participation de plusieurs établissements scolaires de Dakar et la présence d'éminents intellectuels dont les professeurs Abdoulaye Ly, Souleymane Bachir Diagne et l'ambassadeur de France au Sénégal, Philippe Lalliot.

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