Tunisie: Mohamed Ben Ghazi, fondateur de «Djerba Waves» - «Notre priorité, ce sont les talents régionaux !»

26 Février 2020
interview

Mohamed Ben Ghazi est riche d'un parcours atypique. Il lance « Djerba Waves » en ciblant artistes locaux et étrangers afin de mieux remédier à « Djerba », sa région natale.

Les projets socioculturels engagés qu'il déniche avec l'aide de collaborateurs créent depuis peu une dynamique naissante sur « l'Ile des Rêves ». Les artistes qui affluent de partout répondent à l'appel de la création et de l'engagement civique sous le slogan « Djerba : la majorité des minorités ». Entretien avec l'initiateur d'un projet qui s'annonce prometteur dans le sud du pays.

Mohamed Ben Ghazi, donnez-nous un aperçu de votre parcours estudiantin ou professionnel avant le lancement du projet « Djerba Waves» ?

Je suis diplômé en commerce à La Manouba. J'ai un background d'activistes, aussi, qui remonte à bien avant la révolution et même après. J'ai fait partie d'un bon nombre de mouvements estudiantins comme l'Union des étudiants. Je me suis orienté vers la société civile, j'ai travaillé avec les associations locales à Djerba pour élaborer entre autres des stratégies de communication, direction de projet comme «Djerba : Patrimoine mondial» en 2014... J'ai fondé ma boîte en communication qui est un mini-laboratoire de projet à caractère social dans la région : il s'agit d'un organisme non lucratif, une agence qui est orientée davantage vers les associations et leur travail.

Il s'agit d'un projet entier permanent qui vise à réunir les artistes locaux et étrangers afin de créer, de laisser une trace durable matérielle, à vocation artistique, sociale ou culturelle.

Parlez-nous de la naissance de « Djerba Waves » ?

« Djerba Waves» est né à partir de cette agence. L'initiative a vu le jour des suites d'un travail collaboratif en 2016 et la naissance de ce premier lieu de travail collaboratif dans le Sud, et en 2018, on a commencé à réfléchir et à revivifier un lieu précis à travers l'organisation d'un événement : on avait déjà organisé en 2013 « La journée culturelle de Djerba » en guise d'expérience pilote et dont j'étais l'initiateur. Ensuite, il y a eu de nombreux chamboulements d'ordre politique et le noyau organisateur s'est dissipé. En 2018, j'ai réessayé de recréer un noyau et de lancer un événement de musique alternative engagé et orienté envers les problèmes socioéconomiques de la région. Il s'agit d'un projet entier permanent qui vise à réunir les artistes locaux et étrangers afin de créer, de laisser une trace durable matérielle, à vocation artistique, sociale ou culturelle : des initiatives qui serviraient l'île sur des années et qui la marqueraient à travers des expériences immatérielles de savoir aussi. La dynamique se crée ainsi entre les artistes qui sont depuis dans la découverte de l'écosystème de l'île et des richesses de toute la région : historiques, naturelles, culturelles.

La dynamique se crée ainsi entre les artistes qui sont depuis dans la découverte de l'écosystème de l'île et des richesses de toute la région : historiques, naturelles, culturelles.

Comment s'est déroulé le processus avec les artistes participants ?

On a commencé par l'expérimental en faisant appel à des artistes français intéressés par Djerba et qui ont déjà entendu parler de Djerbahood. Ça ne nous a pas coûté beaucoup en termes de logistique ou pour le lancement des activités, ils ont besoin de leur matériel essentiellement. Leur passage peut être impactant sur place et dans le temps. «Djerba Waves » n'est pas une résidence d'artistes physique. C'est une série de résidences temporaires organisées dans des lieux différents, sur terrain. L'espace est en cours de préparation : les hôtels nous soutiennent et nous encouragent. Les artistes qui viennent, on les guide, on les prend en charge, on les aide à retrouver des repères pour créer, produire en échange. On a déjà, à notre actif, 4 résidences. D'ici mai, il y aura une résidence d'écriture avec des artistes tunisiens et ça sera interarabe.Les artistes restent compréhensifs et viennent pour l'aventure même de l'étranger.

Comment sont choisis les artistes ?

On reste très ouvert à des candidatures spontanées, mais on est davantage centré sur les artistes locaux. L'approche reste spontanée. Une fois la structure lancée, on procédera autrement. On est encore embryonnaire, on cherche à avoir des fonds, à mieux se baser. Les artistes restent compréhensifs et viennent pour l'aventure même de l'étranger : ça leur arrive de venir spontanément. De s'inviter pour travailler : ils restent engagés et sont les bienvenus.

On n'a pas de restriction, on reste ouvert à toutes les propositions qui se calquent sur notre slogan principal qui est : « Djerba : la majorité des minorités ». Historiquement, l'île était un refuge pour de nombreuses personnes, ce qui a créé une diversité unique.

Et pour la diversité du programme et du contenu des workshops, qu'est-ce qui a été déjà organisé ?

Il y a eu une résidence musicale entre un groupe venu de l'île de la Réunion : les membres de ce groupe ont fait connaître ce qu'ils appellent «La musique d'esclaves» et l'ont fusionnée à de la musique Stambali. «La musique d'esclaves africaine» a été prisée à Houmet Souk pendant un moment. Actuellement, on prépare une résidence d'écriture : slam, poésie, etc. pour le mois de mai. On programme une résidence photographique peut-être avec des associations de photographes tunisiens et la maison de l'Image. On reste ouvert sur la musique électronique. On n'a pas de restriction, on reste ouvert à toutes les propositions qui se calquent sur notre slogan principal qui est : «Djerba : la majorité des minorités ». Historiquement, l'île était un refuge pour de nombreuses personnes, ce qui a créé une diversité unique.

Leur passage peut être impactant sur place et dans le temps

Arrivez-vous jusque-là à drainer les talents locaux ?

Bien sûr ! On se focalise sur eux. On a eu du mal à les faire venir, mais on y arrive. Ils sont là, ils s'engagent et ils ont beaucoup de talents. Ils nous tendent la main. Le fait de se concentrer sur les artistes étrangers, c'est pour montrer qu'on reste ouvert sur le monde, ce qui est parfaitement le cas. Notre priorité, ce sont les talents régionaux.

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