Congo-Kinshasa: Après « Sauvons le Congo » de Kutino, Mukuna ravive la flamme patriotique

27 Février 2020

Les Congolais à la recherche d'une nouvelle voie de libération « Citoyens pour l'éveil patriotique », c'est le mouvement que vient de lancer l'évêque Pascal Mukuna de l'Église Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK). Concrètement, cet « homme de Dieu » veut répondre à un déficit d'engagement des acteurs politiques en faveur des préoccupations du peuple.

Étant donné que l'alternance politique couronnée par le transfert pacifique du pouvoir le 24 janvier 2019 s'avère, une année après, un trompe-l'œil, des citoyens se lèvent pour réveiller et éveiller la conscience du peuple afin qu'il rappelle aux gouvernants leur devoir de redevabilité.

Aux grands maux, de grands remèdes. Cette sagesse s'applique chaque fois que la République démocratique du Congo amorce le tournant décisif de sa destinée historique. En effet, comme le mouvement « Sauvons le Congo » du pasteur Kutino Fernando de l'Église Armée de victoire, en 2004, l'évêque Pascal Mukuna, chef spirituel de l'Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK), élève la voix et dénonce. Il choisit la même voie, en créant le mouvement « Citoyens pour l'éveil patriotique » (CEP).

Devant un petit carré de fidèles et la presse réunis, le mardi 25 février 2020, dans la salle Mbumba de la commune de Bandalungwa, le président de l'ASADHO et vice-président du CEP, Me Jean-Claude Katende, a, au nom du président Pascal Mukuna empêché, présidé la cérémonie de lancement officiel de ce mouvement voulu apolitique.

« Citoyens pour l'Éveil Patriotique» est un mouvement initié par l'évêque Mukuna, vite rejoint par plusieurs autres Congolais. Le mouvement appelle tout le peuple à se mobiliser contre la paralysie de la vie du pays par les politiciens.

« Le CEP est un cadre pour programmer, orienter et annoncer toutes les actions qui vont être menées pour répondre aux préoccupations de la population, dont les politiciens ignorent les souffrances », a précisé Me Katende. Concrètement, pour Mukuna et ses proches, l'alternance politique annoncée par le transfert pacifique du pouvoir le 24 janvier 2019 s'avère, une année après, une alternance en trompe-l'œil. Il fait, à cet effet, deux constats.

Le premier, c'est que la coalition entre le camp de la majorité parlementaire, l'ancien pouvoir FCC, et celui du président de la République, le CACH, se révèle plus une coalition de blocage que de gouvernement. Le second constat est que les anciennes pratiques de corruption, détournement ainsi que l'insécurité sont parmi les fléaux qui hypothèquent la reprise ou, mieux l'émergence d'un État de droit.

Dans cette situation de quasi non-gouvernement, les souffrances du peuple vont croissant: massacres à répétition à l'Est, situation sociale toujours alarmante, dépréciation continue de la monnaie nationale face aux devises étrangères, etc.

Sur les traces de Kutino

Ce chapelet macabre de la misère du peuple, le pasteur Kutino Fernando l'avait récité en son temps, en lançant « Sauvons le Congo ». Un message qui lui avait valu, croit-on savoir, des ennuis politiques et judiciaires qui l'ont conduit en prison. Ce cri de cœur, le pasteur de l'Armée de victoire l'avait scandé avec force et conviction, au regard de la situation de guerre qui prévalait dans l'Est du pays et de graves violations des droits de l'homme qui continuent de se commettre sur l'ensemble du territoire national.

«L'heure est grave. Sauvons le Congo ! », martelait Kutino Fernando, face aux velléités de balkanisation du pays, aux pillages de ses ressources naturelles, aux viols massifs des femmes et filles à l'Est, aux tentatives d'assassinat des patriotes qui se sacrifient pour soulager les souffrances des déshérités ou défendre la cause des « Sans voix »...

De 2004 à ce jour, la situation n'a pas du tout évolué. Les mêmes maux continuent encore de ronger la vie socioéconomique et politique des Congolais. C'est le même combat dont l'évêque Mukuna entend reprendre le bâton de commandement. Bien avant lui, pour réclamer les élections et l'alternance au sommet de l'État, le Comité laïc de coordination (CLC) a mené le même combat, hors des velléités politiciennes. Un an après l'alternance, la situation a-t-elle vraiment changé ?

Un peuple debout et patriote

« Non », dit l'évêque Mukuna. « Face à cette crise manifeste qui refuse de dire son nom, et à propos de laquelle aucun signal de la part des politiciens ne peut donner lieu à un espoir raisonnable de solution, les citoyens sont appelés à se mobiliser pour exiger des politiciens, c'est-à-dire du chef de l'État et des parlementaires, une sortie sans délai ».

Par toutes voies constitutionnelles et légales, le peuple, souverain primaire, entend obliger les responsables politiques concernés à mettre fin à la crise qui paralyse le pays. Pour ce faire, les initiateurs se sont dotés d'un cadre organisationnel minimal dénommé « le CEP », présidé par l'Évêque Pascal Mukuna, secondé de M. JeanClaude Katende, président de l'ASADHO, et M. Daniel Kanika.

Les Congolais du pays comme de l'étranger sont invités à rejoindre cet éveil patriotique pour sauver ce qui mérite d'être sauvé. Au-delà de l'effet événementiel de la sortie médiatique de l'évêque, par ailleurs président de l'équipe de football Renaissance du Congo, une certaine opinion s'interroge sur l'opportunité d'un mouvement citoyen en ce début de pouvoir du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Mukuna n'a-t-il pas soutenu, avec énergie, le pouvoir de Joseph Kabila ? Pourquoi a-t-il changé de langage ? Les maux qu'il dénonce aujourd'hui, ne les a-t-il pas vus hier sous le régime qui a duré dix-huit ans ? Qu'est-ce qui a changé dans le vécu quotidien du Congolais pour que Mukuna change d'avis ? Autant d'interrogations et bien d'autres semblables ont trouvé des réponses au cours de la sortie officielle du mouvement.

« Mukuna véhicule un message qui est celui de tous les Congolais de bonne foi qui voient la crise au sommet de l'État et le blocage des institutions (... ). Il a fait un bon choix comme les 13 parlementaires qui avaient opté de quitter le président Mobutu à l'époque », a martelé Me Katende lors du point de presse inaugural.

À ceux qui l'accusent de trahir celui qu'il a soutenu hier (le président Joseph Kabila), l'évêque Mukuna répond, en paraphrasant l'ancien président français, Jacques Chirac : « Seuls les imbéciles ne changent pas ». Il persiste et signe : « Levez-vous, citoyens, pour l'éveil patriotique!

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