Tunisie: Immigration clandestine - L'effet dissuasif du... coronavirus !

27 Février 2020

Face à la flambée épidémique de ce virus, les «harragas» hésitent de plus en plus à mettre le cap sur Lampedusa. Ce n'est sûrement que partie remise.

Revers de la médaille pour «l'Eden européen» qui a tant fait rêver les migrants tunisiens. Atterrir dans l'île paradisiaque de Lampedusa n'est plus, du moins à l'heure actuelle, cette obsession maladive qui les habitait. Comment ce changement miraculeux s'est-il produit? Réponse: ce n'est ni par lassitude, ni par manque de moyens financiers, ni encore par peur de se faire prendre dans l'étau qui se resserre de plus en plus autour d'eux dans les eaux de la Méditerranée. Non, la raison principale, c'est bien le... coronavirus ! Oui, c'est lui, ce visiteur indésirable, dont la propagation rapide continue de semer la panique et la terreur un peu partout dans le monde. Inévitablement, cette épidémie s'est installée dans le Vieux continent, destination privilégiée des migrants affluant des pays africains, dont évidemment la Tunisie. Plus concrètement, le coronavirus a frappé de plein fouet la France et surtout l'Italie, refuges incontournables de nos «harragas» dont la présence y est, d'ailleurs, la plus importante en termes de nationalités, indiquent des médias dans ces deux pays.

Le coronavirus a durement ébranlé les affaires des organisateurs de traversées clandestines dont les recettes ont chuté, le nombre des migrants clandestins s'étant, il est vrai, réduit comme peau de chagrin. Si cette «morosité» a fait la joie de nos gardes-côtes dont le calvaire quotidien a, du coup, beaucoup perdu de son acuité, il faut tout de même admettre que cette trêve sera sûrement provisoire.

La trêve de toutes les pertes

Pour saisir l'ampleur de ce revers de la médaille, il suffit d'une tournée dans nos quartiers populaires connus, de tradition, pour être les plus grands ..formateurs et exportateurs de harragas. En effet, de la Cité Ettadhamen à Jbel Lahmar, en passant par Mellassine, Kabaria, Ariana, Ben Arous, Mnihla, jusqu'au reste des régions du pays caractérisées par leur forte densité de population de chômeurs, le sujet de l'immigration clandestine ne semble plus d'actualité et ne revient quasiment plus sur les bouches. «C'est tant mieux», s'écrie un père de famille résidant à Raoued. «Le coronavirus est pour moi un cadeau du ciel, dans la mesure où il a eu un effet dissuasif auprès des jeunes tentés par l'aventure de la mer. Mon fils qui en était obnubilé a finalement compris, ces jours-ci, qu'il vaut mieux mourir ici que d'aller attraper le virus macabre en Europe». Même son de cloche, selon des sources policières, chez les repris de justice qui constituent, on le sait, l'épine dorsale de l'ensemble de nos harragas. «Ils se sont subitement assagis, en adoptant -- sans doute la mort dans l'âme --un profil bas, tout en se cramponnant à l'espoir de jours meilleurs».

Revers de la médaille : en renonçant à prendre le large, ils sont obligés de... jouer les prolongations dans nos murs et, par conséquent, s'adonnent au vol et à divers types de trafics.

En parallèle, le coronavirus a durement ébranlé les affaires des organisateurs de traversées clandestines, dont les recettes ont chuté, le nombre des migrants clandestins s'étant, il est vrai, réduit comme peau de chagrin. Si cette «morosité» a fait la joie de nos gardes-côtes dont le calvaire quotidien a, du coup, beaucoup perdu de son acuité, il faut tout de même admettre que cette trêve sera sûrement provisoire. Car il n'est pas exclu que nos harragas reviennent un jour à la charge, une fois ce redoutable virus vaincu.

L'accalmie est-elle partie pour tenir la route, ou... ce n'est que partie remise ?

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