Afrique de l'Ouest: Au Sahel, la fin du djihadisme passera aussi par la lutte contre la pauvreté et les inégalités

27 Février 2020

La seule réponse militaire seule ne suffit pas résoudre les conflits au Sahel qui ont pour terreau les inégalités, a déclaré jeudi, la Cheffe des droits de l'homme de l'ONU devant le Conseil des droits de l'homme à Genève.

Devant faire face à des défis socio-économiques et environnementaux, plusieurs pays du Sahel sont en proie à des violences impliquant divers groupes armés, dont des groupes djihadistes.

Pour la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, il est clair qu'il faut adopter « une approche » qui dépasse le seul « cadre militaire pour s'attaquer aux causes profondes de l'extrémisme violent ».

Dans les pays du Sahel, en particulier au Burkina Faso, au Mali et au Niger, il faut notamment s'attaquer à « l'extrême pauvreté, les inégalités, l'exclusion, ainsi que la responsabilité et la protection inadéquates des droits de l'homme ».

En plus de s'engager avec la Force conjointe du G5 pour le Sahel afin d'établir un cadre de conformité aux droits de l'homme, les services de Mme Bachelet intensifient leur travail dans toute la région sur les questions de gouvernance, de migration, de changement climatique, de justice, de développement et de droits des populations déplacées.

L'Agence onusienne prévoit même d'ouvrir cette année un nouveau bureau national au Niger, et espère renforcer également sa présence au Burkina Faso.

Les attaques de groupes extrémistes violents ont causé plus de 4.000 morts dans ces trois pays en 2019 - soit 500 % de plus qu'en 2016, selon le Chef du Bureau de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel.

« Cela a des conséquences humanitaires alarmantes, notamment des déplacements massifs et des revers pour le développement », a fait valoir Mme Bachelet qui s'est surtout préoccupée de la situation au Mali où il y a eu « des attaques intercommunautaires ».

Multiplication des attaques des djihadistes, heurts entre agriculteurs et éleveurs au Nigéria

Dans le Bassin du Lac Tchad, les attaques portent la signature de Boko Haram, de l'État islamique en Afrique de l'Ouest et d'autres groupes djihadistes. Selon le Bureau des droits de l'homme de l'ONU, la multiplication des attaques par ces groupes fait des « ravages parmi les civils » au Nigéria. Une situation d'autant plus préoccupante qu'en plus de ces violences, il y a également ces « affrontements entre agriculteurs et éleveurs ».

« Les enlèvements contre rançon et les violences sexuelles et sexistes contribuent également à l'insécurité, alors que la polarisation ethnique, régionale et religieuse s'accentue dans tout le pays », a ajouté Mme Bachelet. Pour l'ONU, il est donc essentiel que les forces de sécurité mènent toutes leurs opérations dans le respect total des normes en matière de droits de l'homme.

Comme au Sahel, elle encourage vivement les mesures visant à lutter contre le changement climatique et à contrôler l'utilisation des terres, ainsi qu'une action plus large de défense des droits économiques, sociaux et politiques. Des mesures qui pourraient aider à « résoudre certaines des causes profondes de ces cycles de violence ».

Au Cameroun voisin, l'attaque signalée d'un village il y a deux semaines, qui a fait de nombreux morts parmi les civils, y compris des enfants, souligne l'importance d'une action rapide pour garantir que les enquêtes sur tout incident de ce type soient indépendantes, impartiales et approfondies.

Selon la Cheffe des droits de l'homme, de telles investigations doivent déboucher « sur des poursuites ».

Mme Bachelet réclame un processus électoral transparent en Guinée

Une mission d'évaluation effectuée par le Bureau dans les régions du Nord et du Sud-Ouest du Cameroun en septembre y a « constaté de graves violations des droits de l'homme et des abus commis par les forces de sécurité, ainsi que par des éléments des groupes armés séparatistes ». Mme Bachelet indique avoir noté les mesures prises par le gouvernement à la suite du Dialogue national d'octobre, notamment la libération de plus de 400 détenus, ainsi que la nouvelle législation sur le bilinguisme et la décentralisation, qui accorde un « statut spécial » aux régions anglophones.

S'agissant de la situation en Guinée, la Haut-Commissaire aux droits de l'homme s'est alarmée du bilan de « dizaines de morts » lors des récentes manifestations exigeant que les prochaines élections soient justes et transparentes, et protestant contre un « référendum constitutionnel controversé ». « Des rapports indiquent également que les divisions ethniques s'aggravent, avec une incitation croissante à la haine et à la violence dans les médias sociaux et lors des rassemblements politiques », a-t-elle fait valoir.

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