Cameroun: Calvin Djapa Djiki - « Un faux milliardaire veut tromper le roi des Bangangté »

27 Février 2020

Le village Babou, situé dans l'arrondissement de Bangangté, département du Ndé, dans la région de l'Ouest du Cameroun, est sans chef. Deux frères, fils du défunt guide traditionnel, se disputent le trône, et ce, depuis près d'un an.

L'affaire fait de gorges chaudes. Le village est divisé. Les deux frères deviennent des ennemis intimes. L'un ne voulant voir l'autre. Le roi des Bangangté est cité dans l'affaire. Les autorités administratives, en vertu de leurs pouvoirs, entendent arbitrer. Les deux camps mettent en perspective, l'éventualité d'aller jusqu'où besoin se fera ressentir. Un confident du défunt chef, Calvin Djapa, répond aux questions de Camer.be.

Le village Babou 1, une chefferie de 3ème degré où l'on fait allégeance à 2 chefs. L'un bombant le torse et traitant l'autre d'usurpateur. Comment analysez-vous cette situation qui dure déjà des mois?

A ce que je sache, il n'y a pas 2 chefs à Babou 1. Sa majesté Merlin Djeumen a hérité du trône de son défunt père. Il est passé par tous les rites y afférents. Les notables qui l'ont arrêté, se sont rassurés de ce que tout se passe dans le respect des us et coutumes Bamiléké. Son arrestation s'est déroulée lors des cérémonies d'obsèques officielles du défunt chef. Le Sous-préfet de l'arrondissement de Bangangté, aujourd'hui muté à Bafousam III, le roi des Bangangté, les forces vives du département du Ndé, les populations de tout bord, sont témoins de ce qui s'est passé ce jour. Après cette phase d'arrestation, il a passé 72 jours au laagkam et au laagkwa. C'est à sa sortie de cette initiation que le village entend qu'un autre chef est arrêté nuitamment, par son frère ainé et mis dans l'autre laagkam. Alertées, les autorités administratives se sont saisies de l'affaire et ont conduit le fauteur de trouble à la brigade où il y a passé des jours. Simplement parce qu'il fallait préserver l'ordre public.

Les proches du roi des Bangangté, déclarent que le roi s'offusque contre le fait que le testament ait été tronqué en faveur de Merlin Djeumen?

Le testament n'a jamais été tronqué. Le testament existe. L'officier de la gendarmerie à la retraite qui l'a écrit est vivant. Les 2 notables qui sont allés le remettre au chef Babou 3 sont vivants. On tourne autour du pot alors que les témoins sont là et connus. Le camp contestataire a brandi un faux testament attestant que c'est celui dont détient Merlin Djeumen. A la vérité, l'on ne sait plus où ils l'ont caché. Ils disent que Merlin Djeumen a marchandé pour être chef. Il a quel salaire pour se lancer dans de tels artifices ? Il peut me payer moi ? Mon témoignage est la manifestation de la vérité.

A un mois de son décès, le chef m'a appelé et m'a dit ceci : « ne lâche pas Djeumen. Je sais que ça ne sera pas facile pour lui. Reste dans la vérité ». Pour cette vérité, j'ai décidé de tout sacrifier pour la préserver, au point de perdre l'amitié même des hautes personnalités de ce pays, simplement parce que je respecte la volonté d'un père, de surcroit un chef traditionnel. On dit chez nous, les morts ne sont pas morts. Je suis un traditionnaliste, menkam Djiki. Si demain je laisse un testament et des gens le change ? Ou si l'on truque le testament de ceux qui veulent truquer pour celui du chef Babou 1 demain, que fera leur progéniture ?

L'on évoque un milliardaire qui dit défenestrer Merlin Djeumen et imposé son frère cadet par tous les moyens. Sa première opération vise à convaincre le roi des Bangangté?

L'on devrait chercher le courant où il y a la vérité. Un faux milliardaire veut tromper le roi des Bangangté. J'attends que le roi m'auditionne pour que je lui dise ce qui s'est réellement passé. A quelques semaines du décès de son père, Merlin Djeumen lui a dit : « papa je te sens fatigué. Qu'est ce qui y a réellement entre toi et le chef Bangangté. Ça fait 50 ans que Babou 1 et Bangangté se regardent en chien de faïence. Reconnais que Babou 1 est dans le groupement Bangangté. Je voudrais que nous allions voir le roi des Bangangté et sceller la paix des braves ». Il est parvenu à réconcilier ses 2 pères. Aux obsèques, le roi des Bangangté a reconnu que « c'est grâce à Djeumen » qu'il assiste aux cérémoniales.

Si non, il ne serait pas venu. Il l'a dit au vu et au su de tous. Voila celui que l'on conteste aujourd'hui. Pendant un mois, le roi n'a pas contesté l'arrestation de Djeumen. Il attendait qu'il sorte de ses rites initiatiques et venir lui faire allégeance du haut de son autorité de chef supérieur du groupement. Celui que le frère-ainé arrête a fait 6 ans sans assister son père fatigué par le poids de la maladie. Le frère-ainé lui-même a dit pendant les obsèques, « laissez les notables faire leur travail ». Les images sont là et parlent d'elles-mêmes. Ce frère-ainé a fait 25 ans hors de la chefferie parce que sa mère avait divorcé. A la mort de son père, il vient semer le désordre. En pleine maladie, il est venu au village et a donné 15 000 Fcfa à son père. Dès qu'il a tourné le dos, le père même agonisant, s'est moqué et a remis cet argent aux enfants d'aller en faire ce qu'ils veulent.

L'affaire se trouve désormais sur la table des autorités administratives ?

Ces autorités maitrisent aussi bien l'administration que les us et coutumes. Elles sont originaires d'un village du Cameroun, dont la chefferie est régit par la loi de 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. Babou n'est pas un quartier. Si c'était un quartier, on devait appeler les populations venir élire le chef. Dans le cas dont nous parlons, Babou est un village. Entant que tel, dès que le chef meurt, il y a un ensemble de règles que l'on ne devrait pas enfreindre.

Les Sous-préfet de l'arrondissement de Bangangté a convoqué une réunion ce 28 février à Bangangté. Il s'agira d'écouter des gens. Nous serons là pour nous rassurer de ce qu'il n'y ait pas de manipulation des personnes tapies dans l'ombre. L'administration est continue. Qu'il se réfère au procès verbal dressé par son prédécesseur. C'est un jeune administrateur. Il a de l'avenir et nous sommes prêts à l'accompagner. Surtout que Bangangté c'est son tout premier poste de commandement.

Une fête des jumeaux est organisée en janvier dernier par vos soins à Babou. Cela avait l'impression d'une couche de défiance aussi bien de l'autorité administrative que celle du roi Bangangté ?

Je suis qui monsieur le journaliste ? Qui suis-je pour défier l'autorité de ces personnalités que vous avez cité ? Je ne suis que Menkam Djiki de Bandiangseu. C'est l'histoire des jumeaux dont vous faites allusion, qu'il faut questionner. Ils sont nés le 4 septembre 2019, commémorant le décès de leur grand-père jour pour jour, dont le 4 septembre 2018. Leur mère conçoit pendant que Sa majesté Djeumen est au laagkam. Dès sa sortie, ces étoiles poussent le cri annonçant leur arrivée dans un monde où l'on ne respecte même plus le testament de leur grand-père.

Pour magnifier ma relation avec le défunt chef, un des jumeaux s'appelle Njami, dont Djapa. Le père des jumeaux, dont Sa majesté Djeumen m'a accordé une grâce incommensurable. Il n'y a rien d'autre qui soit au dessus de cette marque d'attention. Je lui dit merci par cette tribune que m'offrez. Pour retourner l'ascenseur à Sa majesté, j'ai initié et organisé cette modeste fête. Tout le village était là. Les deux grands groupes des notables étaient présents. C'était un moyen pour moi de dire au défunt : je sais que tu n'es pas mort. Retourne-toi dans ta forêt sacrée et observe que je respecte scrupuleusement ta dernière volonté.

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