Guinée: Refus du président de recevoir une délégation de chefs d'etat de la CEDEAO - Pour qui Alpha Condé se prend-il ?

27 Février 2020

A deux jours des législatives et du référendum couplés et contestés, c'est la veillée d'armes en Guinée où l'opposition est depuis plusieurs mois sur le pied de guerre contre le projet de nouvelle Constitution pouvant ouvrir les portes d'un troisième mandat au chef de l'Etat, et le vote des députés dont elle a appelé au boycott et qu'elle a même promis d'empêcher.

C'est dans ce contexte de tension que la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a entrepris une mission de bons offices qui devait se rendre ce 28 février dans la capitale guinéenne, pour essayer de désamorcer la crise.

Mais devant le refus catégorique du maître de Conakry de recevoir la délégation de l'institution régionale, Mahamadou Issoufou qui en assure la présidence tournante et qui devait conduire ladite délégation, n'avait d'autre choix que de surseoir, avec ses pairs nigérian, Muhammadu Buhari, ghanéen, Nana Akuffo Ado, burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, à ce déplacement d'intermédiation qui s'annonçait, à bien des égards, comme celui de la dernière chance.

Professeur, vos pairs ne sont pas vos étudiants !

Mais dans cette affaire, c'est moins l'obtusion manifeste du locataire du palais Sékoutouréya au dialogue avec son opposition, que la manière inélégante à la limite humiliante, de récuser cette mission de haut niveau de l'institution sous-régionale, qui ne manque pas de choquer. Mais pour qui se prend donc Alpha Condé ?

Pourquoi tant de mépris envers une institution qu'il a pourtant eu à représenter en tant que facilitateur dans certaines crises ? Professeur, vos pairs ne sont pas vos étudiants que vous pouvez éconduire comme bon vous semble !

Du reste, que vous coûtait-il, ne serait-ce que par convenances diplomatiques, de les recevoir, quitte à rester sur votre position et pourquoi pas, les convaincre de la justesse de votre décision, si tant est que vous soyez vous-même convaincu d'agir dans l'intérêt du peuple guinéen ?

Quoi qu'il en soit, en manquant autant de modestie voire de courtoisie et d'égards vis-à-vis de pairs qu'il a snobés, Alpha Condé tombe le masque d'un dictateur boulimique du pouvoir et prêt à tout pour s'accrocher à son fauteuil.

Dût-il pour cela dresser le bûcher contre son peuple. La vérité est que le chef de l'Etat guinéen n'a pas le courage de se regarder dans une glace. Car, conscient qu'il n'est pas animé de nobles intentions, en voulant opérer un passage en force.

Autrement, pourquoi réquisitionner des forces de 3ème degré comme l'armée pour la sécurisation du scrutin, pour une opération qui relève généralement de la seule compétence des forces de sécurité intérieure ?

C'est dire que l'heure est grave et que le président guinéen est dans la logique irréversible de faire adopter son référendum querellé qui va lui profiter, pour ensuite, toute honte bue, se porter candidat à sa propre succession.

Et tout porte à croire que la fin de non- recevoir qu'il a réservée à la mission de haut niveau de la CEDEAO vise, entre autres, à ne plus avoir à différer un scrutin qui se présente pour lui comme celui de la rédemption et qu'il n'a jamais été aussi proche d'obtenir pour se remettre dans le jeu électoral dont il est constitutionnellement disqualifié.

Il y a des raisons de croire que le bras de fer va se prolonger au-delà de ce dimanche électoral

Mais il faut craindre le pire pour la Guinée qui danse visiblement sur un volcan. Déjà, on annonce des heurts dans des quartiers de la capitale et, par endroits, le saccage du matériel électoral, au moment où les incendies mystérieux de marchés se multiplient dans le pays. Que nous réserve la journée du dimanche 1er mars prochain, jour des scrutins ? Bien malin qui saurait répondre à cette question.

Et rien ne dit que la tension retombera d'elle-même au lendemain de ce scrutin sous haute tension.

Au contraire, il y a des raisons de croire que le bras de fer va se prolonger au-delà de ce dimanche électoral, s'il ne conduit pas à une radicalisation des positions. Surtout si le « oui », comme le président Condé est parti pour l'imposer, venait à l'emporter.

C'est dire que de la résistance permanente à la désobéissance civile, il y a un pas que l'opposition guinéenne pourrait être amenée à franchir pour tailler des croupières au régime en place, en tentant de rendre le pays ingouvernable.

Ce qui pourrait donner des idées à la Grande muette, de jouer les troisièmes larrons dans un pays où les bruits de bottes n'ont jamais vraiment cessé de résonner près du palais présidentiel.

En tout état de cause, à 80 ans révolus, on se demande ce que l'opposant historique devenu président, veut encore prouver en cinq ans à ses compatriotes, qu'il n'a pu faire en une décennie au pouvoir.

En attendant, en fermant définitivement la porte au dialogue et à toute médiation, même si le pouvoir dément en soulignant qu'il n'a jamais été tenu informé d'une mission de bons offices de la CEDEAO, Alpha Condé n'offre pas d'autre possibilité à son peuple que de prendre ses responsabilités.

Cela est dommage pour une haute personnalité de son rang, qui devrait pourtant se montrer sage à son âge.

C'est à se demander s'il aime vraiment son pays et si les morts et autres dégâts causés par son obstination du 3ème mandat, lui posent un cas de conscience. Ne dit-on pas que le pouvoir révèle l'homme ? Alpha Condé en est une parfaite illustration.

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