Burkina Faso: Bilan de Roch / Simon Compaoré - «Nous vendrons quelque chose qui soit achetable»

interview

Simon Compaoré est un homme politique qu'on ne présente plus aux Burkinabè. Depuis une trentaine d'années au moins, de l'ODP/MT au MPP en passant par le CDP, il a occupé de hautes fonctions à la direction de ces partis, dans l'administration publique et le gouvernement.

On retient surtout les 17 années, de 1995 à 2012, pendant lesquelles il dirigea la commune de Ouagadougou, et les deux années, 2016 à 2018, pendant lesquelles il occupa les fonctions de ministre d'Etat, ministre de l'Administration territoriale et de la Sécurité.

L'homme, qui se présente aujourd'hui comme un retraité de la fonction publique «responsable des affaires» du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), est un lève-tôt et un couche-tard à l'énergie débordante malgré ses 67 ans passés.

Il nous a accordé un entretien exclusif en prélude au 3e congrès ordinaire du MPP, prévu pour les 6 et 7 mars prochain, et y parle de la vie du parti, de la gestion du pouvoir par l'actuelle majorité et des perspectives dans sa carrière politique.

Le thème du congrès à venir est, faut-il le rappeler : « Consolider le leadership national du MPP pour une victoire éclatante dans la paix et la cohésion ».

A la lecture du thème de ce 3e congrès ordinaire, on déduit qu'il est dédié à la préparation des échéances électorales à venir. N'est-ce pas l'objectif premier de ces assises ?

Pas spécialement. En réalité, d'ici le 10 mars prochain, le bureau actuel du MPP aura bouclé les trois ans que durent le mandat du bureau politique national et celui du bureau exécutif national.

Conformément donc à nos textes et aux exigences de l'administration qui veut que les formations politiques respectent leurs textes internes, nous nous devons d'organiser un congrès pour procéder à la revue générale du fonctionnement du parti.

Le bureau sortant va présenter son rapport moral après quoi nous allons procéder au renouvellement des instances afin de donner une légalité à nos actions ; autrement, nous serions en porte-à-faux avec un bureau qui n'a plus de légalité au regard de nos textes.

Le thème parle de victoire éclatante dans la paix et la cohésion ; est-ce en rapport avec la situation nationale ou bien vous faites référence à des dissensions internes au MPP ?

Il va paraître un peu bizarre que, dans le contexte actuel, un parti, quel qu'il soit, tienne son congrès ordinaire ou extraordinaire sans tenir compte de la situation dans laquelle nous vivons aujourd'hui, à savoir la question sécuritaire qui nous préoccupe tous.

En même temps, nous ne pouvons pas oublier que le gouvernement a fixé au 22 novembre les prochaines consultations électorales portant sur les élections du président du Faso et des députés à l'Assemblée nationale.

C'est pourquoi, tout en nous mettant dans la légalité, nous voulons effectivement profiter de cette occasion pour faire un examen du contexte national dans lequel se déroule ce congrès.

Il est donc nécessaire d'aborder le sujet de la cohésion entre les différentes communautés qui vivent depuis des centaines d'années ensemble, qui partagent les mêmes réalités et devraient continuer à le faire.

On a tous vu les conflits communautaires causés par certaines attaques terroristes dans une partie du pays. Cela commande que l'ensemble de la classe politique et toutes les composantes de notre société fassent de la cohésion, de l'entente et de la paix leur credo.

Dans nos sorties, nous parlons aux populations de la nécessité de cultiver chaque jour la cohésion sociale pour que nous puissions vivre en frères et sœurs dans notre pays.

Au niveau du parti, nous appelons aussi à la cohésion parce que nous avons besoin d'impliquer l'ensemble des camarades pour avoir des résultats probants. A cet effet, nous cultivons en notre sein l'unité, la discipline et la cohésion.

Sans cela, on ne peut gagner aucune bataille. Chaque fois que nous nous réunissons, nous mettons l'accent sur cette éthique. Nous sensibilisons à ce sujet nos camarades qui animent les structures du parti, où qu'ils soient, dans les régions, les provinces, les communes, les villages et les secteurs.

Nous en reparlerons à l'occasion de ces assises, et nous rendrons compte de nos actions pour plus de cohésion dans nos rangs. Je pense donc qu'il n'y a rien de surprenant dans le choix du thème de ce congrès.

Vous nous affirmez donc que ce congrès se prépare dans une bonne cohésion des cadres du parti ?

S'il y a quelqu'un qui a le souci de faire en sorte que ce congrès nous apporte un plus, c'est bien moi, même si je ne suis que le président par intérim. Nous le faisons en ayant la conviction que cela doit nous renforcer.

Si ça doit nous desservir, on ne voit pas comment on va se mettre dans une entreprise de démolition interne.

Je peux vous assurer que les militants du MPP sont conscients du rôle historique qu'ils jouent à ce moment précis de notre histoire et des défis importants que nous devons travailler à relever.

A ce titre, on ne fait pas les zigotos, on se met au sérieux et, croyez-moi, nous le sommes à tous les niveaux, que ce soient les structures de base ou du côté de la direction.

Nous sommes conscients de nos responsabilités actuelles et travaillons à ce que notre champion, le président du Faso, puisse, à l'heure du bilan, être présent sur le terrain la tête haute parce qu'on aura bien géré le pays pendant cinq ans.

Vous attendez combien de délégués, et qui seront les invités de marque ?

Près de 4000 congressistes vont venir des quarante-cinq provinces du Burkina mais aussi d'une vingtaine de pays, car nous avons des structures à l'étranger.

Conformément aux textes, nous avons permis à tous ceux qui peuvent effectuer le déplacement de le faire. Nous sommes conscients que cela a un coût, mais nous nous préparons à y faire face.

Les assises à venir vont-elles investir Roch Marc Christian Kaboré comme le candidat du MPP à la présidentielle, et n'a-t-il pas d'adversaires en interne ?

Vous vous trompez. Si vous avez bien suivi, lors de la première session du bureau politique du MPP de l'année qui s'est tenue il y a une dizaine de jours de cela (l'interview a eu lieu le mercredi 19 février), le samedi 8 février exactement, nous avons décidé de tenir deux congrès qui vont se suivre : le premier, c'est celui des 6 et 7 mars prochain pour rendre compte de notre gestion du parti durant les trois dernières années.

Il est conforme à nos statuts. Nous en profiterons pour parler de la dernière action que le bureau politique a eu à mener, à savoir la rédaction et l'adoption d'une stratégie électorale pour les élections du 22 novembre prochain. Plus tard, nous organiserons le congrès d'investiture de notre candidat.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette question ne nous pose pas de difficultés, ce qui n'est pas le cas dans certains partis qui ont des problèmes de leadership.

Ils ne savent pas qui va être candidat, qui ne va pas l'être ou qui a la légitimité pour l'être. Chez nous, ce genre de questions ne se pose pas. Nous avons un candidat naturel. Tous les militants le savent, et le congrès d'investiture ne sera qu'une formalité.

Pour le renouvellement des instances dirigeantes du parti, la concurrence est-elle ouverte, ou bien la bonne vieille méthode du centralisme démocratique va prévaloir ?

Ça, c'est le dernier de nos soucis. Vous savez, je suis à l'aise pour parler de la question. Quand il y a trop d'ambitieux ou quand les ambitions sont mal cadrées, on ne peut pas éviter les problèmes. On ne dit pas non plus que c'est mauvais d'en avoir, car quelqu'un qui n'a pas d'ambition peut aussi poser problème.

C'est donc aux anciens comme nous de préparer le terrain pour permettre à nos jeunes frères et même à nos enfants d'assurer la relève. Mais parfois, certains qui sont plus jeunes que nous ont pour ambition d'assumer plus de responsabilité au niveau du parti. Les aspirations ne sont pas de même nature.

C'est pourquoi je dois simplement dire qu'à ce congrès, nous allons peut-être nous garder de tout chambouler parce que, comme disent les Mossi, ce n'est pas à la veille de la course qu'on donne du mil au cheval.

Donc on ne va pas amener nos militants à perdre le fil des évènements, surtout que nous avons aussi décidé, après les élections, de tenir un congrès extraordinaire qui nous permettra de revisiter nos textes : les statuts, le règlement intérieur et de fond en comble toute la structure de la direction politique.

Si vous pensez qu'il va y avoir des déchirements tout de suite parce qu'on parle de renouvellement du bureau, vous serez déçu.

Il y a tellement de tâches au niveau du MPP, et nous sommes conscients, que si nous ne restons pas dans l'axe de la cohésion, de la discipline et de l'unité, nous donnerons l'occasion à nos adversaires politiques de nous battre à plate couture.

Malgré les ambitions et les guerres de positionnement des uns et des autres, comment faites-vous pour conserver une certaine cohésion ?

Il faut que ceux qui doivent s'élever au-dessus de la mêlée s'élèvent. Moi, par exemple, je ne peux pas me comporter comme un militant qui a adhéré il y a un mois ou trois ans.

C'est ça qui amène les problèmes, et c'est pourquoi nous avons un centre de formation pour que ceux qui ont la capacité d'analyse tirent vers le haut les autres, les amènent à leur niveau et leur permettent de ne pas faire de confusion entre l'accessoire et le principal. C'est un travail de tous les jours.

Après le décès de Salif Diallo, on s'attendait à un congrès extraordinaire pour désigner son remplaçant à la présidence du parti, mais vous assurez l'intérim depuis plus de 2 ans. Pourquoi cet intérim finalement définitif ?

Il y a des gens qui voient des problèmes partout ; pourtant, nous sommes en phase avec les statuts du parti. Parler de congrès qui devait constater illico presto la vacance du poste de président, c'est ignorer le grand deuil qui a affecté le parti à la disparition de Salif Diallo.

Personne ne s'attendait à ce qu'il nous quitte de sitôt qui plus est nous venions de sortir d'un congrès qui avait décidé d'un certain nombre d'actions pour implanter plus encore le parti sur le terrain.

D'ailleurs, avant d'aller se soigner, il avait présidé une réunion à cet effet. Malheureusement, il est parti, n'est pas revenu vivant et, rappelez-vous, à la même période le pays était l'objet d'attaques éprouvantes de la part des terroristes qui redoublaient d'ingéniosité dans l'agression du pays.

Cela imposait une redéfinition des priorités aussi bien au niveau du gouvernement qu'au niveau de notre parti.

Connaissant les tendances d'une partie de l'opinion publique, imaginez le tollé si nous nous étions préoccupés de convoquer un congrès rien que pour organiser la succession à la tête du parti.

Au demeurant, nos statuts n'imposent pas de délai pour pourvoir à la vacance du poste, et l'intérim est assuré en conformité avec leurs dispositions.

J'ajoute que, d'un point de vue moral, il était malsain que, le président aussitôt disparu, nous nous précipitions pour le remplacer comme si nous n'attendions que cela. Ceci explique cela. Il n'y a aucune illégalité, aucun calcul dans la durée de cet intérim.

Ceux qui disent que nous ne nous entendons pas, que nous allons nous déchirer pour trouver un successeur à Salif Diallo, c'est du pipeau.

Ils prêchent le faux pour connaître le vrai. Vous-même, au niveau de la presse, vous alliez nous critiquer en disant que, pendant que les terroristes nous attaquent, ils trouvent moyen d'organiser des grands rendez-vous du parti avec de la bamboula.

Voilà pourquoi nous n'avons pas organisé de congrès dans les mois qui ont suivi la disparition de notre président.

Nous nous préoccupions de voir dans quelle mesure nous pouvions donner des idées au gouvernement pour faire face au défi sécuritaire tout en poursuivant la mise en œuvre du programme présidentiel, car son échec serait aussi le nôtre comme son succès.

Plus d'un analyste de la scène politique burkinabè dit qu'avec la disparition de Salif Diallo, le MPP a perdu son éminence grise ; d'où des tâtonnements pour développer un véritable leadership dans la gestion du pouvoir d'Etat. Que répondez-vous à ces critiques ?

(Léger rire) Vous avez raison. Beaucoup de personnes ignorent comment fonctionne un parti. Dans le MPP, nous n'encourageons pas le culte de la personnalité.

En notre sein, les militants, y compris à la direction, ont des compétences et des qualités humaines différentes. De ces qualités et compétences nous essayons de tirer la substantifique moelle, base de notre succès.

Prenons l'exemple de vous trois qui me posez les questions pendant cet entretien. Je ne vous connais pas bien, mais celui qui est en face de moi peut être fort en rédaction.

Disons que c'est une plume, pour rester dans votre jargon. Mais quand il est devant un micro, il bégaie. Il a des difficultés à l'oral.

A l'inverse, son voisin de droite sait très bien parler, mais ne s'exprime pas bien à l'écrit. Ils ont donc des aptitudes différentes. Le monde est ainsi fait, et même si certaines personnes ont trois, quatre, voire cinq qualités différentes, en général, nous sommes faits pour nous compléter.

Cette complémentarité des compétences, c'est cela qui fait la qualité d'un groupe, d'un parti. Quand nous nous réunissons à la direction du MPP, nous échangeons, et de ces discussions se dégage le chemin à suivre qui fait avancer le parti.

Ainsi, du vivant de Salif Diallo, il nous est arrivé de discuter chaudement sur certaines questions avec des points de vue contraires au sien.

Ne pensez pas qu'au MPP, du vivant de Salif Diallo et aujourd'hui encore, il n'y a qu'une, deux ou trois personnes qui en imposent au reste. Non. Les gens s'expriment en toute liberté et il en ressort de bonnes propositions à la direction.

Cela dit, il faut reconnaître que notre défunt président avait des qualités indéniables pour conduire nos réunions. Il savait introduire les débats pour que les avis n'aillent pas dans tous les sens. Il faisait toujours des propositions intéressantes, mais il n'était pas le seul à avoir des idées lumineuses.

Sinon depuis plus de deux ans qu'il a disparu nous allions fermer boutique. Alors évitez de reprendre à votre compte des thèses infondées.

Au MPP nous avons des camarades qui ont des compétences indéniables, savent les transmettre aux autres et en leur absence ce partage se poursuit, continuant de produire des résultats au bénéfice du parti.

Pourtant, devant les difficultés de la crise sécuritaire et de la fronde sociale que connaît le pays, on n'a pas senti la force de proposition du parti majoritaire pour épauler l'Exécutif. Qu'est-ce qui explique cela, et comment y remédier ?

On entend effectivement des propos du genre. Mais nous, qui avons travaillé sur cette question, pouvons dire que quelque chose est fait : prenons l'exemple de la question sécuritaire qui est d'actualité et intéresse tout le monde.

La direction politique du parti s'est penchée sur ce problème. Coup sur coup, nous avons organisé des rencontres avec les membres de la direction avec pour objectif de dégager une stratégie à même de permettre à l'Etat de résoudre le problème.

Nous avons produit un rapport que nous n'avons pas vendu dans la rue. Ce rapport, qui est extrêmement confidentiel, nous l'avons transmis à qui de droit, et nous avons été très heureux de voir qu'il y a des propositions qui ont été prises en compte.

Nous n'avons pas besoin de prendre une trompette pour dire : "Ecoutez, nous avons envoyé un rapport de tant de pages sur la manière dont nous voyons la question sécuritaire ou son approche sur le terrain".

Nous avons d'ailleurs discuté de ces propositions faites au gouvernement avec nos camarades avertis du sujet qui ont approuvé cette façon de voir. Mais nous n'avons pas fait de publicité autour.

Sur la fronde sociale également, nous avons eu à faire passer des ministres ici au siège de notre parti pour exposer sur des crises dans les secteurs de leur compétence.

Nous avons analysé les faits, nous avons donné notre point de vue. Cela nous a permis aussi de disposer d'éléments pour parcourir les 302 communes rurales et les 49 communes urbaines que compte le Burkina.

Nous avons fait la même chose pour appuyer le gouvernement dans la résorption des différentes crises sociales qui créaient un certain blocage dans des secteurs d'activités comme l'éducation et les finances.

Nous avons fait un travail remarquable avec nos camarades qui sont dans ces services : il y a eu, par exemple, des séminaires, des tournées, des assemblées générales sans oublier que nous avons participé à l'information juste des populations dans les grandes villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso à travers de grandes assemblées générales où nous avons expliqué par exemple les difficultés que nous avions avec certains syndicats.

Je peux vous citer beaucoup de cas où la direction du parti n'est pas restée passive, sans pour autant faire de la publicité.

Tous ceux qui suivent nos actions au jour le jour savent qu'il ne se passe pas un mois sans que nous ayons un rassemblement dans tel secteur, tel arrondissement, telle commune ou telle province pour rencontrer des enseignants, des agents de santé ou des finances, etc., pour expliquer et défendre les positions que nous estimons justes et rechercher leur adhésion.

Pour sûr, les attaques terroristes sont considérées comme une entrave à la mise en œuvre du programme présidentiel. A moins d'un an de la fin du mandat de Roch Kaboré, quel bilan le MPP fait-il de sa gestion de l'Etat ?

Lorsque notre premier responsable a été élu, nous n'avions pas su que nous subirions des attaques répétées et de cette ampleur, venant de la part de terroristes. Cela est une donne qui n'était pas prévue dans la programmation de nos actions déclinées dans le programme présidentiel.

Et j'avoue que les actions subites des terroristes à Ouagadougou et plus tard ailleurs ont été dans un premier temps une déstabilisation certaine de nos bases de départ.

Il a fallu recentrer les choses, mais cela continue d'ailleurs de constituer une difficulté pour nous. Mais il n'est pas question pour nous de dire qu'il y a une situation sécuritaire préoccupante, donc, c'est le tout sécuritaire dans notre action.

Si l'on convient que sans sécurité il n'y a pas de développement, à l'inverse, sans développement, il n'y a pas non plus de sécurité.

C'est dialectique. Si vous ne faites qu'investir dans la sécurité, vous transformez tout le budget d'investissement de l'Etat en un budget de sécurité, et vous dites que vous ne pouvez plus construire de dispensaires, d'écoles, de routes ou des points d'eau, c'est encore une insécurité que vous cultivez et qui peut aussi créer la déstabilisation du pays.

Pour parler du bilan, on ne va pas devancer l'iguane dans l'eau. Mais si pour certains il n'y a pas de bilan à défendre, en ce qui nous concerne nous disons que nous avons géré le pouvoir d'Etat, bientôt pendant cinq ans, et de ce fait le devoir de rendre compte s'impose à nous. Nous en sommes conscients.

Comment voulez-vous d'ailleurs qu'on puisse faire campagne si on n'a pas de bilan ? Nous allons vendre ce que nous avons pu faire, et c'est ça qui va nous permettre de convaincre les gens. En l'espace de quelques minutes, comme c'est le cas ici, vous conviendrez, on ne peut pas faire le bilan de cinq ans de gestion d'un Etat.

Mais ce qu'il est important de retenir, c'est que nous avons su cultiver la résilience. La résilience qui fait que pendant tout ce temps que les terroristes n'ont fait que tuer et fait couler le sang, nous avons été sur le terrain, nous avons fait des réalisations, aussi bien dans le domaine de la santé que dans celui de l'éducation, ceux de l'eau et des infrastructures structurantes. J'en veux pour preuves les inaugurations d'infrastructures.

Je ne fais pas preuve de suffisance, mais c'est pour dire que cela est une première victoire pour nous. Dans d'autres contrées, on aurait pu baisser les bras en disant qu'on ne peut plus rien faire dans ces zones.

Mais tant qu'il y a des populations dans les localités où l'insécurité est la plus prégnante, il est de notre devoir impérieux de continuer à faire en sorte que la vie y soit possible.

Nous sommes également conscients qu'il est de notre devoir de faire en sorte que les déplacés retournent dans leurs localités de résidence habituelle.

Et je pense qu'avec le concours de tous, nous allons y arriver. On y a d'ailleurs tous intérêt, pas seulement ceux qui gèrent le pouvoir d'Etat. Même ceux qui sont dans l'opposition ont intérêt à ce que la quiétude et la paix reviennent.

Pour le bilan de notre gestion, au congrès d'investiture, on ne va pas se contenter de dire que telle personne est le candidat du parti, et on applaudit. Ce sera l'occasion pour nous de faire le bilan, le point des réalisations du programme présidentiel, devoir de « redevabilité » oblige.

On parlera de l'eau, de la santé, de l'éducation, des routes, de l'aide aux paysans, de comment nous avons géré le monde universitaire, du développement du commerce et des industries, etc. Et tout cela va faire l'objet d'un point global sur notre feuille de route.

Lorsque nous serons sur le terrain afin de convaincre les populations que nous travaillons au développement du pays, ça ne va pas être du bavardage que nous allons leur servir. Nous vendrons quelque chose qui soit achetable.

Pour certains le pouvoir MPP traîne les scories de l'ère Compaoré comme la mal gouvernance, la corruption, etc. Vous allez nous dire que c'est un mauvais procès qu'on vous fait ?

Je veux simplement être juste. Les Mossi disent "bé yè n ka yè ?" (Ndlr : littéralement "Où est-ce qu'on n'en trouve pas ?").

Pouvez-vous me dire, la main sur le cœur, qu'au Burkina ce n'est qu'au gouvernement qu'on rencontre la mauvaise gestion ? Partout il y a des espaces où il y a encore de mauvais garnements qui continuent de faire que l'image du pays soit écornée quelque part.

Prenez chaque secteur, faites une lecture et vous trouverez qu'il y a quelque chose à faire par ci et par là pour endiguer la corruption. Ce sont des efforts constants que nous faisons pour y remédier.

Que ce soit dans le reste de l'Afrique, en Europe ou en Amérique, vous ne trouverez pas de pays où il n'y a pas de détournements ou de la tricherie. Et pas à de petits niveaux, c'est parfois même du high level (Ndlr : haut niveau).

Ces maux que nous rencontrons dans nos sociétés ne sont pas propres à l'Afrique et aux Burkinabè. Ce sont des fléaux mondiaux qu'il faut continuer à combattre chaque jour. Si vous me demandez par contre s'il faut renforcer la lutte, je dirai oui. Parce que c'est une lutte au quotidien, constante.

Et nous n'avons pas honte de dire qu'à ce niveau il reste encore beaucoup d'efforts à développer, et il ne faut pas se dire fatigué de le faire. Mais pour être honnête, ceux qui pensent que ce sont des éléments sur lesquels ils peuvent gagner les élections se trompent éperdument. Ils se moquent du peuple.

Les populations, qui vivent surtout dans les campagnes, on pense que parce qu'elles n'ont pas fait l'école, l'université, elles sont par conséquent dans l'incapacité de faire des analyses qui les amènent à des choix stratégiques.

Ce n'est pas vrai. Moi je l'ai appris à mes dépens en pensant que des cotonculteurs étaient incapables de faire des calculs économiques.

J'ai été ébahi un jour de voir un cotonculteur qui nous a démontré par A plus B l'impact du coût des engrais sur la rentabilité de son exploitation, ce qui finit par déterminer sa décision d'augmenter ou non sa surface cultivée.

On s'est dit mais tiens ! Voilà un illettré qui fait des calculs économiques pour prendre des décisions.

Et j'ai compris que nos paysans dans les campagnes sont aussi des gens qui ont accès à la science et à la rationalité, qui n'est pas l'apanage des grands intellectuels. C'est dire que ceux qui pensent qu'on peut facilement faire avaler des choses à nos populations doivent se raviser.

Quand certains disent par exemple qu'on ne mange pas les routes, ils ne réalisent pas que l'absence de routes a créé l'insécurité, a causé des marches, des manifestations de grande ampleur.

Pour certaines populations, la route est un élément décisif. Allez demander par exemple aux gens de Titao si la route qui les relie à Djibo n'est pas une priorité. Pas plus tard qu'il y a quelques jours nous y étions en conférence provinciale. Toutes les interventions tournaient autour de ce sujet.

Allez à Solenzo et dites que la route n'est pas une priorité. Les gens vont vous bouffer. C'est pour vous dire qu'il y a des choses qu'on réalise qui sont appréciées par les populations.

Puisque chaque parti fait son calcul, nous, nous allons vendre tout cela comme des efforts d'investissement pour le développement. Il y en a qui vont tirer à boulets rouges sur nos insuffisances, mais nous allons surfer sur ce que nous avons pu faire dans un contexte difficile.

Est-ce que vous allez briguer le poste de président du MPP ?

Voyez-vous, on n'est pas sur les mêmes longueurs d'ondes. Etre responsable, ce n'est pas une sinécure. Ce n'est pas à un singe qu'il faut apprendre à faire des grimaces. Si vous faites un tour dans l'histoire, vous verrez que ce n'est pas la première fois que je suis responsable d'un parti.

Et s'il y a une liste de gens qui savent que gérer un parti n'est pas une sinécure, je crois que je dois avoir mon nom sur cette liste. Mon objectif n'est donc pas de chercher à être forcément président du parti.

La question à poser, c'est plutôt comment Simon à ce stade de sa vie peut être utile en cette période où nous traversons des turbulences.

Je ne me prends pas pour quelqu'un d'indispensable, et c'est d'ailleurs pourquoi je suis à l'aise. Il y en a qui pense qu'une fois que tu occupes tel poste ou tel autre, c'est ad vitam aeternam.

Et quand tu apprends qu'on veut t'enlever, c'est comme si tout s'écroulait autour de toi ; c'est la panique à mort. On court partout, on consulte partout. Il y en a même qui maigrissent quand ils apprennent qu'ils seront évincés.

Quand je regarde cela, ça me fait sourire. Heureusement que je suis à la retraite, car moi, ce que je préfère, c'est quand on vient me tirer d'un trou en me disant, « Simon, on veut que tu fasses ça » parce qu'on sait que je peux le faire et l'on veut me faire confiance.

A ce moment, je fais tout pour relever le défi, et montrer à la personne qu'elle n'a pas eu tort. C'est cette attitude qui doit faire l'objet de fierté et pas le poste en tant que tel. Si tu prends un poste et tu ne peux pas l'assumer, où en est le bénéfice moral, même pour toi ?

Donc, Simon ne brigue rien, il est un militant au service de son parti. De tous les partis où j'ai eu à militer, depuis que je fais la politique, vous n'en trouverez pas un seul où on vous dira que j'ai joué des coudes pour être à tel ou tel poste. Jamais. Je n'ai pas non plus cherché à être nommé quelque part dans l'administration publique. La seule chose que j'ai demandée, c'est, quand je suis rentré après la fin de mes études, un emploi, par écrit que j'ai adressé à l'Aménagement des vallées de la Volta (AVV).

Le reste des fonctions exercées l'a été par des nominations, jusqu'à ce que je parte à la retraite après trente-trois ans de service. C'est vous dire que ce n'est pas maintenant, pendant que j'ai pris de l'âge que je vais vouloir briguer des postes. Je suis au service de mon parti. Si on estime que je dois faire ceci ou cela, et que je me sens encore un peu d'énergie pour le faire, je le fais, sinon je m'abstiens. Il faut savoir laisser des traces dans l'histoire. Quand vous faites beaucoup de choses et au soir de votre vie, vous ne faites que des gaffes, ce sont ces clichés qui brouillent l'histoire passée. C'est pourquoi, quand arrivent des moments où il faut prendre des décisions, il ne faut pas hésiter. L'hésitation est dangereuse. C'est comme quand vous êtes en circulation, vous arrivez à une intersection, vous ne savez pas si vous allez à gauche ou à droite, vous tanguez, immédiatement c'est un accident parce que ceux qui vous suivent ne connaissent pas votre intention.

Vous allez nous dire alors que vous ne visez même pas de fauteuil de maire ou de députés aux prochaines élections ?

Etes-vous pressés ? Vous verrez les listes. Avez-vous vu mon nom sur une liste il y a cinq ans ? Quel intérêt pour quelqu'un qui a été pendant 17 ans maire de la capitale de revoir son nom sur une liste de candidats aux élections municipales ? Qu'est-ce que je chercherais ? Compliquer les choses, ou prendre part à la compétition avec des enfants qui ont l'âge des miens ? Et pour démontrer quoi ? C'est simplement déraisonnable. Concernant le poste de député aussi, j'y ai été élu plusieurs fois et je n'ai jamais siégé. Pensez-vous que je n'en ai pas la capacité ? Je sais une chose, je ne suis pas intelligent, mais je ne suis pas bête non plus. Il est plus facile d'ailleurs d'être député que d'être maire. Ces fonctions n'impliquent pas les mêmes exigences. Etre maire, c'est être responsable devant des milliers de gens et tous les jours.

Simon Compaoré pense-t-il alors à prendre sa retraite politique ?

Ça c'est une obligation. C'est ceux qui pensent qu'ils sont nés pour être à tel niveau ou à tel autre qui nous donnent à voir de la misère morale. Quand je sortais du ventre de ma maman, est-ce qu'il était écrit sur mon front : « Simon Compaoré, président de ceci ou maire de cela ? » Non. A chaque jour suffit sa peine. Quand dans la vie vous arrivez à poser un certain nombre d'actes et que vous pensez avoir accompli ce que vous pouviez faire, remerciez-en Dieu et circulez dans la dignité. Si vous insistez, au lieu de passer par la porte, vous passerez par la fenêtre. Ce qui est dangereux.

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