Ile Maurice: Béton vs nature - La Vigie vient relancer le débat

27 Février 2020

Apres la promenade Roland Armand, d'autres espaces verts entiers à La Vigie devraient être rasés pour faire place à des bâtiments. Mais certains habitants, habitués et écologistes s'élèvent contre ces projets.

Le gouvernement entend reprendre possession de terres offertes à des organisations socio-culturelles afin d'y lancer plusieurs projets infrastructurels publics. Cette dizaine d'arpents était laissée à l'abandon, dans la région de la Vigie, à Curepipe. Déjà, un National Wholesale Market y a été construit. Un nouvel abattoir de la Mauritius Meat Authority et un nouveau local abritant le Forensic Science Laboratory devraient suivre.

Mais La Vigie est-elle l'endroit idéal pour ce genre de développement? D'aucuns se demandent si ce lieu ne devrait pas plutôt être préservé de toute construction, pour des raisons écologiques et dans l'intérêt de tout le pays.

Selon Solange Jauffret, ancienne conseillère municipale de la ville de Curepipe, il n'y a aucun respect envers la nature. «Il y a un manque de vision, de planification et de personnes qui défendent l'environnement dans ce gouvernement», dit-elle. «Il n'y a aucun plan d'aménagement du territoire, on construit de tout partout. Des usines, des maisons et des bureaux...»

Pour Clifford, un Curepipien qui aime faire de la marche dans la forêt de La Vigie, «on saccage le peu de nature qu'il nous reste et là, c'est le gouvernement qui y participe. Ce lieu, je le connais depuis plus de 30 ans. Mais en l'espace de cinq ans, on l'a massacré.» L'architecte Jean François Koenig avait, d'ailleurs,déjàmis en garde la population contre les dangers de l'étalement urbain, surtout pour une petite île comme la nôtre.Dans l'étude «Threats to environmentally sensitive areas from periurban expansion in Mauritius» parue en 2015, le professeur David Hammon et trois autres chercheurs internationaux avaient également tiré la sonnette d'alarme sur le grignotage de nos forêts et paysages au profit de l'urbanisation rampante, nous rappelle Vincent Florens, Associate Professor d'Écologie à l'université de Maurice. Pour lui, il faut faire attention à ne pas trop bétonner ou asphalter le pays car cela empêchera l'infiltration d'eau de pluie dans les nappes phréatiques et donc diminuera nos réserves en eau.

Les constructions dans les régions des hautes Plaines-Wilhems sont à éviter encore plus, dit-il, étant donné que c'est un «catchment area» ou zone de captage d'eau. «Ce faisant, non seulement on dévie l'eau de pluie des nappes aquifères mais on organise des inondations en aval. Cependant, il y a certains sites à la Vigie qui ne captent pas l'eau. Ce n'est également pas une région riche en biodiversité.»

Pour, Shiv, un autre Curepipien, «la beauté du paysage doit être préservée. J'ai vu des touristes s'arrêter au bord de la route pour prendre des photos tellement de fois». Le fait que le gouvernement souhaite construire sur ces espaces verts fait bondir Sébastien Sauvage, l'animateur du mouvement Eco-Sud.

Pour lui, à la place, il aurait fallu utiliser des terrains en friche et, pourquoi pas, des bâtiments inutilisés. «Il y en a beaucoup, pourquoi détruire des zones sensibles?» se demande-t-il. Il regrette d'ailleurs que l'Environmentally Sensible Areas Bill ne soit jamais devenu une loi. «Cela aurait délimité clairement les terrains constructibles et ceux à préserver», conclut-il.

À la Mauritius Cane Industry Authority, on nous explique que la région aurait dû soit être reboisée avec des espèces endémiques ou mise sous culture de thé, qui se développe bien sur ces terres grandement érodées par les pluies continuelles.

Contacté, un haut cadre du ministère de l'Environnement laisse, lui, entendre que les terrains de l'État où l'on peut lancer des projets sont rares et que la Vigie constitue une réserve importante.

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