Cote d'Ivoire: MASA 2020/ Izabella Maya - "Comment Gohou Michel m'a foutu la honte dans l'avion un jour"

interview

Depuis 8 ans, elle est comédienne et actrice de cinéma. Elle a tourné dans des séries françaises, des films avec Gérard Depardieu, dont un film où elle était la maîtresse de celui-ci. Actuellement, elle tourne sur un film avec Catherine Deneuve.

Avant son arrivée en Côte d'Ivoire pour jouer au Masa ( du 7 au 14 Mars 2020 ), et pour la première fois dans son pays d'origine , l'IA l'a rencontrée à Paris pour un entretien à bâtons rompus.

Peux-tu nous parler du film avec Depardieu ?

Il s'agit de "Le magicien et le siamois". Avec Catherine Deneuve,on n'a pas encore fini de tourner, on est encore en train de tourner. On fait un film sur le cancer qu'on a stoppé parce que quelqu'un a fait un Avc pendant le tournage.

J'ai également tourné avec Mikayou que les gens connaissent plus sous le nom de Fatal Bazooka dans une série. J'ai tourné dans "Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu".

Je suis dans le cinéma; j'avais fait du théâtre aussi, du théâtre classique. Et il y'a un an et demi, je me suis dit il faut que j'écrive quelque chose que j'aime.

Pour que si jamais, au cinéma, on ne m'appelle pas pour aller tourner, je puisse tourner au moins avec mon idée ...

Quelle formation avant tout ça ?

Avant tout ça, je bossais dans un cabinet d'avocat. (rire). Ça n'a rien à voir.

Maitrise de droit, avocate, et puis tu as laissé tomber ça ?

Bah oui.

Pourquoi as-tu laissé tomber ?

Mais il y en a beaucoup qui le font.

Tu fais toujours les deux métiers ou non... ?

Non, pas du tout.

Donc Isabella Maya est avocate?

Non, comédienne plutôt (rire). Oui, je suis comédienne. Et non avocate ( rire ).

Pas d'école de comédie, pas d'école de cinéma, de théâtre ?

Mais si, j'ai fait.

Après le cabinet ?

Vous savez quand on commence au cabinet et qu'on finit , on doit faire un stage pour valider . Moi j'étais en stage, et je n'ai pas fini.

J'exerçais quand même déjà hein, mais je n'ai pas validé mon stage puisque je n'ai pas tenu jusqu'au bout parce qu'après, j'ai dû flirter vers le cinéma. Au départ, je ne voulais pas du tout être comédienne.

Donc j'ai fait le droit. Pour les parents, pour tout le monde, l'avenir était tout tracé, je devais ainsi aller jusqu'au bout, ouvrir mon cabinet après . Tout était clair ! Mais j'ai des amis qui étaient persuadés qu'il fallait que je sois comédienne.

Ils m'ont payé un stage pour mon anniversaire, alors que je n'étais pas au courant. Ils se sont cotisés, ils m'ont offert un stage dans une grande école de théâtre ici en France, l'une des plus grandes.

Et ils m'ont prévenue juste la veille pour être sûrs que je ne refuse pas. C'est ainsi que je me suis retrouvée à faire ce stage parce que je suis polie, parce qu'ils ont dépensé de l'argent.

Il s'est avéré que ce stage a changé finalement mon instinct parce que j'ai eu la chance de tomber sur celui qu'on appelle le maître ici, qui était quand même quelqu'un. C'est lui qui a formé tous les grands acteurs français. Guillaume Canet, Gabriel Mallet, Audrey Tautou,...

Et moi je ne le connaissais pas. Donc je n'avais pas besoin de l'impressionner en fait. Tout le monde cherchait à l'impressionner, moi non.

Peut-être que c'est ça qui a fait ma force. Je ne sais pas pourquoi , mais il s'est toute de suite intéressé à moi. Il me faisait vraiment beaucoup plus travailler que les autres.

Au début, je ne comprenais pas. Je me suis dit "mais qu'est ce qu'il me veut ? ". Je me suis dit qu'il ne m'aime pas comme j'étais la seule noire là-bas.

Certainement, il avait décelé quelque chose, et cela l'a incité à vraiment faire travailleur plus. Il était très dur avec moi.

Et puis, à la fin de la formation, il m'a dit : « écoute, ça serait bête que tu n'en fasses pas ton métier. Je me fiche de savoir le nombre de diplômes que tu as. Laisses tomber et deviens comédienne ».

Pendant toute la formation, c'est la seule fois où j'ai eu un compliment de sa part. Parce que quand je bossais, je ne savais pas que ce que je faisais lui plaisait, parce que pour moi ce n'était pas assez, ce n'était pas bon.

J'avais l'impression j'étais nulle, qu'il me fatiguait comme ça. Mais à la fin, il m'a fait ce compliment.

Et moi, pendant longtemps, ça tournait dans ma tête et puis après je me suis dit bon, dans la vie, il faut prendre des risques, j'ai pris des risques et c'est comme ça que j'ai changé.

Le stage a duré combien de temps?

Le stage en lui-même même a duré une semaine intense. Après, je me suis inscrite pour faire une formation continue là-bas. Donc c'est trois ans. La première année, je prenais les cours le soir, et j'allais au cabinet la journée.

Mais arrivé à un moment, je ne pouvais pas faire les deux parce que le soir j'arrive, je suis claquée. Il fallait faire un choix. Il se passait quelque chose au fond de moi quand j'étais au théâtre moins qu'au cabinet.

Du coup, il fallait faire un choix, je me suis dit que je vais prendre un risque. J'ai pris ce risque de laisser tomber le cabinet et de devenir comédienne. Évidemment, cela a choqué tout le monde puisque avant cela on ne m'as pas vu dire un mot que je veux devenir comédienne.

Les gens se sont demandé ce qui m'a prise . Ma mère, en tout cas ma famille a validé le fait que je sois comédienne quand j'ai tourné avec Depardieu .

Là ils se sont dit que je suis devenue quelqu'un. Sinon avant cela, je pense que c'était un peu la honte parce que le début, c'est plutôt flatteur pour une famille africaine de dire mon enfant va faire du droit, mon enfant va devenir avocat, plutôt que de dire qu'il est comédien.

Comment s'est passé le projet pour aller au Masa en Côte d'Ivoire ?

J'ai toujours rêvé de jouer dans mon pays d'origine. L'occasion ne s'est jamais vraiment présentée. J'ai chaque fois eu des propositions, mais cela n'a jamais abouti. Je n'ai pas perdu espoir.

J'ai entendu parler du Masa, j'ai postulé. Au début, quand j'ai vu la liste des choses qu'il fallait donner, j'ai dit qu'ils demandent trop de choses, c'est compliqué, je vais laisser tomber et après je me suis dit que je vais tenter. J'ai tenté, puis on m'envoie un message pour me dire que je suis sélectionnée.

Ah bon avec séjour, billets d'avion pris en charge ?

Oui, je suis dans la sélection officielle parmi les invités du Masa. Je suis très contente. J'ai besoin de la bénédiction des pairs, des Ivoiriens, même si le spectacle marche ici. Pour moi, c'est important.

C'est pour cela que je vais aller jouer en Côte d'Ivoire. Je suis plus stressée que quand j'ai joué dans le monde.

Je suis très stressée parce que ça compte. Votre bénédiction compte pour moi pour pouvoir avancer encore plus.

En dehors de cette première rencontre au Masa, est-ce qu'il y a déjà des contacts avec des comédiens, des artistes, des humoristes de Côte d'Ivoire ?

Il y a pas mal que je connais à travers le net et les médias , mais que je ne connais pas personnellement. Zongo et moi, nous nous sommes vus ici parce qu' il a entendu parler de moi.

Du coup, il a cherché à me rencontrer, donc on s'est vu. Je connais Nastou, on s'était vu aussi à un festival. Je connais Bohiri aussi. Après, les jeunes humoristes, il y a pas mal que je connais de nom.

Et Gohou Michel ?

Gohou et moi, on s'est vu plusieurs fois. Il m'a même chahutée dans l'avion un jour.

Comment ça ?

Je faisais partie des derniers passagers de l'avion. Je monte, je ne savais que Gohou pouvait me reconnaître après notre rencontre au Fespaco, où on avait bien discuté.

Je suis en retard, et alors que je cours pour rejoindre mon siège dans l'avion, Gohou me voit, et dit : "donc c'est à cause de toi que l'avion ne part pas depuis".

Du coup, les gens commencent à me regarder. Je dis : "Dieu il m'a foutu la honte ». Je vais tranquillement m'installer à mon siège. Il m'a ensuite demandé où j'étais assise.

Et puis après, il est venu causer avec moi, il m'a posé plein de questions par rapport au boulot. Il m'a demandé comment ça se passe. Il m'a même donné des conseils. Il m'a dit quand tu viendras à Abidjan, il faut plutôt faire comme ça, comme ceci !

C'était cool.

Pour terminer, peux-tu revenir sur la scène qui sera jouée au Masa, le message véhiculé et les perspectives... ?

Je vais jouer mon spectacle "Origine non contrôlée" qui parle de l'immigration. Je parle de la Côte d'Ivoire dans le spectacle.

Je tenais à parler de la Côte d'Ivoire. Pour être plus proche de la réalité, j'ai vraiment bossé pendant longtemps puisque pour les Ivoiriens, je suis blanche, européenne, je ne suis pas ivoirienne, je suis française.

Quand j'avais décidé de créer le spectacle, je ne connaissais pas encore super bien le pays. J'ai vraiment bossé. Je fais le lien entre le gbaka et le métro par exemple.

Dans le spectacle, c'est un peu cela. Quand vous lisez les critiques, il y a beaucoup qui disent que ça donne l'envie de découvrir la Côte d'Ivoire. Quelque part moi, c'était le but un peu recherché.

L'autre message est quand tu finis de voir "Origine non contrôlée", si tu n'es pas en Côte d'Ivoire, peu importe où tu sois , que tu aies envie d'aller découvrir la Côte d'Ivoire. Si tu y es, que tu sois content d'y être.

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