Cameroun: Les corps des victimes du massacre de Ngarbuh exhumés par le régime Biya

Government troops stand accused of atrocities in the English-speaking regions.
29 Février 2020

Le 27 février dernier, le gouverneur du nord-ouest anglophone, Adolphe Lele Lafrique et le commandant de la région militaire interarmée N°5, Général Nka Valère, ont effectué une descente au lieudit Ngarbuh, dans le village Ntumbaw où le 14 février dernier, 36 civils ont été massacrés (dont 14 jeunes enfants et 3 femmes enceintes) par des soldats camerounais et une milice pro-gouvernementale, selon une coalition d'ONG camerounaises.

Ces responsables civilo-militaires ne sont pas venus les mains vides. Leurs bras étaient remplis de denrées alimentaires et du matériel de couchage pour les populations locales.

« Qu'est-ce qui peut bien expliquer une telle mansuétude vis-à-vis des populations de Ngarbuh à un moment où le chef de l'Etat, Paul Biya, vient de prescrire une enquête sur l'incident qui s'y est déroulé le 14 février ? », se sont sans doute demandés les téléspectateurs des chaînes de télé camerounaises qui ont suivi le compte-rendu de cette curieuse descente sur le terrain.

En effet, d'après des sources proches de l'armée camerounaise et qui se veulent formelles, quelques heures avant l'arrivée de Lele Lafrique et de toute sa délégation à Ntumbaw ce 27 février, des miliciens bororos encadrés par l'armée camerounaise ont procédé à l'exhumation des corps des victimes, des fosses communes dans lesquelles elles ont été ensevelies, pour effacer toute évidence.

Nos sources ignorent cependant le sort réservé aux corps exhumés. Sans doute ont-ils été incinérés ou enterrés dans un autre lieu.

La cérémonie de remise de dons aux populations organisée du 27 février 2020 à Ngarbuh n'avait donc pour but que de faire diversion. De sources locales, depuis la survenue de ce massacre et les dénonciations qui ont suivi, des soldats camerounais multiplient des descentes à Ngarbuh pour détruire des biens, intimider les populations et arrêter des civils.

Le 25 février dernier, c'est un certain Danjuma, plus connu sous le surnom de « DJ » qui a été enlevé par des soldats camerounais, pour avoir servi de guide à une mission d'enquête du système des Nations Unies, qui investiguait sur le massacre de Ngarbuh.

Des sources bien informées nous annoncent également que plusieurs villageois de Ngarbuh enlevés par l'armée camerounaise ont été reçus ce vendredi 28 février 2020 par le ministre de l'Intérieur, Atanga Paul Nji, à l'hôtel Ayaba de Bamenda.

Sans doute pour leur donner de l'argent afin de biaiser leurs témoignages sur l'incident de Ngarbuh. Ne soyons pas surpris que dans les prochains jours, des médias à la solde du régime Biya annoncent en grandes pompes sur la base des témoignages de ces villageois intimidés ou soudoyés par les hommes de Biya qu'il ne s'est presque rien passé à Ngarbuh et que les ONG ont raconté n'importe quoi.

A Ngarbuh, le gouverneur Lele Lafrique est allé annoncer ce 27 février aux populations que le président Paul Biya a décidé de l'ouverture d'une enquête sur ce massacre dit « de la St Valentin ».

Devinez déjà les conclusions : « Aucune fosse commune n'a été découverte par la mission d'enquête, contrairement à ce que certaines ONG, officine de la déstabilisation de notre cher et beau pays, ont annoncé ».

Bien entendu, parce qu'on aura déjà pris le soin d'exhumer les corps de ces fosses communes. Et si Paul Biya a annoncé l'ouverture d'une enquête pour enterrer le dossier de venu un véritable caillou dans la chaussure de son régime et une pomme de discorde avec ses amis occidentaux parmi lesquels la France.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Africa Info

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.