Guinée: Nouveau report du double scrutin - Condé n'a fait que déplacer le problème

Le président Alpha Condé

Le président guinéen, Alpha Condé, a annoncé, le vendredi 28 février dernier, à la télévision nationale, le report de deux semaines, des élections législatives et du référendum sur la nouvelle Constitution, initialement prévus pour le 1er mars.

Pour rassurer ses partisans et surtout ceux d'entre eux qui pensent qu'en dehors de lui, la Guinée n'existerait pas, il a laissé entendre ceci : « Ce n'est ni une capitulation, ni une reculade ». Toujours pour la consommation de ses partisans, il souligne que sa décision de reporter le double scrutin, est motivée par son souci de ne pas « s'isoler de ses frères africains ».

Ce dernier développement fait surtout allusion à la médiation avortée de ses pairs de la Commission économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Alpha Condé n'a donc pas agi pour faire plaisir à son opposition politique et à la société civile réunies au sein du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) qui, on le sait, est vent debout contre un éventuel troisième mandat du chef de l'Etat. Loin de là. Alpha Condé lie sa décision de reporter le double scrutin au fait que la Guinée est « la patrie du panafricanisme ».

Le disque du panafricanisme est rayé

Ce lien s'apparente à un véritable hors-sujet. En effet, personne ne lui demande de s'asseoir pour discuter eutour de cette qualité de la Guinée. On lui demande simplement de ne pas travailler, comme il le fait actuellement, à brûler la Guinée. L'Union africaine et surtout la CEDEAO sont porteuses de ce message.

Comme Alpha Condé est allergique à ce genre de discours qui invitent à la raison, il préfère sauter du coq à l'âne, en parlant de l'attachement de la Guinée au panafricanisme. Et puis, ce qu'Alpha Condé oublie ou feint d'oublier, est que le disque du panafricanisme est rayé.

En tout cas, bien de ses compatriotes qui battent le macadam pour s'opposer à son éventuel troisième mandat et sur lesquels sa soldatesque n'hésite pas à tirer, ont d'autres chats à fouetter que de s'arc-bouter sur le riche passé panafricaniste et nationaliste de la Guinée.

Leur préoccupation, c'est l'arrimage de leur pays à la démocratie, la vraie, c'est-à-dire celle qui leur garantit la liberté et le développement intégral de la Guinée. Tout autre discours qui tend à occulter cette légitime aspiration des Guinéens, s'apparente à l'art de tricher pour avoir raison et à celui de se chatouiller pour rire.

Quand on pense que les jeunes gens qui sont en train de tomber sous les balles assassines de ses sbires, ont l'âge de ses petits-fils voire de ses arrières petits-enfants, on peut prendre le risque de demander ceci à Condé : quelle image voudra-t-il que l'histoire retienne de lui ?

Celle d'un homme qui a mené une vie utile pour tous ou celle d'un homme qui, pour s'accrocher au pouvoir, n'a eu aucun scrupule à marcher sur les cadavres de ses enfants, de ses petits-enfants voire de ses arrières petits-enfants.

En tout cas, son attitude actuelle laisse croire qu'il a consciemment fait le choix de la deuxième hypothèse. La preuve, si l'on en avait encore besoin, c'est qu'en reportant de deux semaines le double scrutin, il n'a fait que déplacer le problème.

Alpha Condé n'a fait que reculer pour mieux sauter

C'est, du moins, la perception de l'opposition et de la société civile. Et on peut partager ce point de vue. Déjà, le FNDC appelle à une manifestation, cette semaine, pour exiger, ici et maintenant, le renoncement au double scrutin.

Connaissant l'ego surdimensionné d'Alpha Condé et sa conviction qu'il est le seul Guinéen infaillible, l'on peut parier, sans risque de se tromper, qu'il ne reculera pas.

D'ailleurs, dans son discours annonçant le report du double scrutin, il a pris le soin de marteler : « Le peuple de Guinée exprimera librement son choix à travers le référendum et choisira librement ses députés ».

Il a, en outre, précisé, dans son adresse, que ne seront concernés par le scrutin à venir, que les partis qui sont déjà en compétition. Les choses sont donc claires : Alpha Condé n'a fait que reculer pour mieux sauter. Le renoncement de sa part n'est donc pas à l'ordre du jour.

De ce point de vue, tous les scénarii sont désormais possibles en Guinée. Avant Alpha Condé, d'autres hommes forts africains, à force de s'entêter à s'accrocher au pouvoir, l'ont appris à leurs dépens.

Les cas de Blaise Compaoré et de Mamadou Tandja sont illustratifs de cet attachement morbide au pouvoir. Si seulement Alpha Condé pouvait analyser les choses avec un minimum de lucidité, il saurait que l'OIF, l'UA, la CEDEAO ne sont pas ses ennemis.

Bien au contraire. Ces structures voient se profiler ce que lui, du fait de son aveuglement, ne peut pas voir. L'autre signe avant-coureur du drame qu'il a programmé pour la Guinée, est la démission de certains ministres, de son gouvernement, en relation avec la situation actuelle en Guinée.

La dernière en date est celle de son ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Tous ces faits sont des épiphénomènes pour Alpha Condé qui reste convaincu qu'il est l'Alpha et l'Oméga de la Guinée.

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