Guinée: Report élections - C'est bon mais c'est pas arrivé

Le président Alpha Condé

Ce n'est « ni une capitulation ni une reculade mais par responsabilité sous-régionale que nous avons accepté un report, léger, de la date des élections ».

Alors qu'il ne restait que 48 heures pour le rendez-vous de tous les dangers ; alors que chaque camp fourbissait ses armes au propre comme au figuré, les uns pour donner à Alpha Condé l'onction populaire tant désirée les autres pour les en empêcher quel qu'en soit le prix ;

alors que l'armée avait sonné la mobilisation des soldats pour parer à toute éventualité, le président guinéen a décidé vendredi nuit de différer les législatives couplées au référendum constitutionnel qui devaient se tenir hier dimanche. Un report de plus.

L'Assemblée nationale actuelle guinéenne, faut-il le rappeler, a été élue en... janvier 2014. Les législatives devaient donc se tenir dans un premier temps fin 2018 ou début 2019 pour la renouveler.

Elles seront finalement fixées au 28 décembre 2019, puis reportées au 16 février dernier avant d'être renvoyées à hier 1er mars et subitement couplées à la consultation référendaire.

A la surprise générale, y compris celle du président de la CENI qui avoue avoir été mis devant le fait accompli mais qui n'a, hélas, pas eu le courage de rendre le tablier ainsi que le commandait le minimum d'honneur et de dignité qui lui restait. Nouveau rendez-vous donc dans deux semaines - sans date précise pour l'instant.

Il faut dire que le locataire de Sékhoutouréya, si on excepte l'armée de zélotes qui poussent souvent nos dirigeants dans le trou mais qui ne peuvent l'en sortir, était - presque - seul contre tous.

A la fronde intérieure menée par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) est venue en effet se greffer une hostilité extérieure.

Celle d'abord de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) qui, en 2018 et à la demande de Conakry, avait audité le fichier électoral, conjointement avec l'UE et les Nations unies. Alors, l'examen avait conclu à l'existence de quelque 2,5 millions d'électeurs « problématiques ».

Du 10 novembre 2019 au 7 février 2020, la mission d'assistance électorale de l'OIF était de nouveau sur place et a fini par se démarquer d'un processus vicié parce que ses observations et recommandations n'ont pas été prises en compte pour expurger le document des nombreux doublons avec inscription de mineurs et mêmes de cadavres.

Hostilité ensuite de la CEDEAO dont une mission de haut niveau composée de Muhamadu Buhari, Mahamadou Issoufou, Nanna Akufo Addo et Roch Marc Christian Kaboré devait se rendre vendredi à Conakry pour demander ... le report de l'échéance.

« Je ne veux pas vous voir » leur a pratiquement répondu l'irascible Condé. Du coup, la CEDEAO et l'UA avaient estimé qu'il n'était plus utile d'envoyer des observateurs dans ce pays qui sentait le roussi.

Voici donc Alpha, plutôt contraint devant le tollé général, qui accède finalement à la requête de ses pairs, ce qui permet à la tension de retomber même si ce « léger report » ne règle rien au fond.

L'idéal est d'arrêter cette fuite en avant car, comme auraient dit les petits commerçants de Ouagadougou, quand le prix proposé par le chaland ne fait pas leur affaire, « c'est bon mais c'est pas arrivé ».

A quoi peuvent en effet bien servir deux petites semaines pour régler des problèmes aussi matriciels que le fichier électoral dont la corruption entraîne ipso facto des élections corrompues ?

Et que dire du couplage improvisé du référendum et des législatives (avec deux modes de scrutin pour ces dernières) qui auraient inévitablement conduit à un véritable bordel électoral ?

Report pour report donc, il aurait fallu le faire franchement pour permettre une remise à plat du système, le temps de « dévirusser » sérieusement le logiciel électoral avant d'aller aux urnes.

Après tout, si le pays a pu fonctionner depuis un an que le mandat de la précédente législature a expiré, les Guinéens peuvent bien attendre encore quelques mois de plus.

Le hic, c'est que plus on repousse, moins le professeur pourra fourguer son machin constitutionnel, la CEDEAO ayant proscrit tout tripatouillage des textes majeurs (code électoral, loi fondamentale) six mois avant la tenue des scrutins.

Or, plus que le choix des élus nationaux, la véritable pomme de discorde, c'est la tentation du troisième mandat qui habite Alpha Condé à 82 ans et qui, pour tout argument, sérine à tout- va que bien d'autres de ses homologues africains ont malmené leur Constitution pour pousser des racines sur le fauteuil présidentiel mais il ne s'est pas toujours trouvé grand monde pour s'en plaindre.

Le pauvre, il est vraiment tombé bien bas, lui l'opposant historique qui se compare aussi au pire, aux Déby, Sassou, Biya, Museveni... Ou bien fait-il allusion à son voisin ivoirien Alassane Ouattara qui s'est, lui aussi, emménagé une porte... pour rester au cas où ?

Quoi qu'il en soit, ce n'est vraiment pas raisonnable pour quelqu'un de son âge, qui a l'occasion d'entrer « cadeau » dans l'histoire guinéenne en devenant le premier président démocratiquement élu à passer la main à son successeur élu à l'issue d'élections démocratiques et incontestées.

Se souvient-il seulement que c'est pour avoir refusé de quitter la scène par la grande porte que certains comme Blaise Compaoré ou Mamadou Tandja ont été défenestrés ?

Plus de: L'Observateur Paalga

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