Cote d'Ivoire: Comment entrer dans l'Histoire

Le président Alassane Ouattara
éditorial

Cela faisait plusieurs mois, voire quelques années, que le Président entretenait le suspense sur la question de sa candidature à ce scrutin. Au moment de l'adoption de la Constitution de 2016, il avait annoncé qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat.

Puis il avait semblé se raviser, pour finalement, lors de l'une de ses dernières déclarations sur le sujet, conditionner sa candidature à celle de ses opposants historiques que sont Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.

L'on comprend aujourd'hui que tout cela était de la manœuvre, et qu'il avait en fait décidé depuis longtemps d'entrer dans l'Histoire par la grande porte. Comment y entre-t-on de cette façon ? En respectant parfois tout simplement sa parole et l'ordre naturel des choses.

Et cet ordre impose, dans certaines circonstances, qu'à des moments de l'histoire, l'on passe le relais du pouvoir à une génération plus jeune.

Dans le sud de notre pays, certaines sociétés l'ont si bien compris qu'elles ont fait du passage de génération à génération leur mode d'exercice du pouvoir politique. Celui-ci s'exerce par génération, et celle qui transmet le pouvoir à la plus jeune qui lui succède en devient la conseillère.

Hier, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de Yamoussoukro, devant les députés et sénateurs réunis en congrès, le Président Alassane Ouattara a donc annoncé solennellement qu'il passera le relais à une nouvelle génération en qui il fait confiance, tout comme le Président Houphouët-Boigny, le père fondateur, avait fait confiance en sa génération.

Lui, se contenterait d'assister et de conseiller ceux qui exerceront le pouvoir après lui. Oui, dans la vie d'un homme, même lorsqu'il a été très brillant, il arrive un moment où, par la loi de la nature, ses forces, aussi bien physiques qu'intellectuelles déclinent, et l'intelligence consiste à passer le flambeau à plus jeune que soi pour perpétuer son œuvre.

A un moment de la vie, l'homme d'un certain âge doit s'abstenir de grimper lui-même sur l'arbre pour en cueillir les fruits. Il doit laisser cette tâche à ses enfants ou petits-enfants, en tous cas, à plus jeune et plus habile que lui. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent.

Et que ceux qui ont un cerveau pour comprendre comprennent. En annonçant cette décision qui pourrait paraître banale, voire insignifiante sous d'autres cieux, Alassane Ouattara est entré hier dans l'Histoire de la Côte d'Ivoire par la grande porte.

Parce que dans nos contrées, l'habitude est de changer les Constitutions afin de se donner les arguments pour se maintenir au pouvoir. La manœuvre a parfois mal tourné pour certains de nos dirigeants, mais n'a jamais dissuadé d'autres qui semblaient ne pas savoir lire l'Histoire, même la plus récente.

Jusqu'à la déclaration d'hier du Président de la République, nombreux étaient nos compatriotes qui étaient convaincus qu'il allait chercher, au travers d'une modification de la Constitution, un moyen quelconque pour éliminer ses potentiels adversaires et se maintenir au pouvoir.

On avait parlé d'une augmentation de la caution que devaient déposer les candidats à la présidence de la République, ou de la nécessité d'avoir un certain nombre de parrainages comme cela se fait dans plusieurs pays.

Il n'en a rien été. La modification concernant la vice-présidence donne simplement au président élu la possibilité de nommer lui-même son vice-président.

Les autres modifications proposées ont pour ainsi dire été éclipsées par l'annonce principale qui est pour le Président de la République de ne pas briguer de nouveau mandat.

La tension que certains partis politiques avaient voulu faire monter artificiellement, faute de pouvoir proposer un programme de gouvernement aux Ivoiriens, est retombée d'un coup.

Mais comme nous sommes dans un pays où le ridicule n'a jamais tué, il ne serait pas étonnant que certains se prévalent d'avoir obligé le Président Ouattara à prendre cette décision à la suite de leurs pressions.

Quoi qu'il en soit, la grande porte de l'Histoire est ouverte à tout le monde. Il appartient à chacun, en fonction de son niveau intellectuel, de l'emprunter ou de choisir la plus petite.

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