Burkina Faso: Confirmation de Simon Compaoré à la tête du MPP - Un commando pour sauver le soldat Roch

analyse

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a refermé son troisième congrès ordinaire samedi dernier sous le signe de la mobilisation et de la cohésion du parti, dans la cuvette du Palais des sports de Ouaga 2000, drapée aux couleurs orange et blanc.

C'est dans cette antre sportive que des milliers de militants du parti au pouvoir, gonflés à bloc, en apparence en tout cas, ont procédé à la mise en place d'un nouveau Bureau exécutif national chargé de défendre vaillamment le programme de leur candidat dont l'investiture est prévue dans les semaines à venir, afin qu'il remporte l'élection présidentielle de novembre prochain.

Comme on pouvait s'y attendre, le parti présidentiel n'a pas pris le risque de créer des frustrations en son sein à l'orée de cette échéance à l'issue incertaine, en procédant à une valse des étiquettes. Il s'est contenté, pour ainsi dire, de confirmer, sans surprise, son président par intérim, Simon Compaoré, au poste de président du parti, de plein exercice, et de supprimer le poste de 5e vice-président.

En propulsant à cette fonction ce briscard de la politique connu pour son sens de l'humour, son don de la rhétorique et son art de la répartie dont ses militants sont si friands, le MPP espère gagner encore une fois l'attachement des électeurs face à une pléthore de partis politiques dont beaucoup, il faut bien le reconnaître, n'ont qu'une existence nominale.

Pour autant, on est en droit de se demander si, malgré la réalisation d'infrastructures tangiblement bénéfiques pour les populations, conjuguée avec une fragmentation si ce n'est un manque de crédibilité chez certains partis de l'opposition, le MPP pourra boire tranquillement son petit lait jusqu'aux prochaines élections gagnées d'avance selon ses propres brasseurs de vent.

Le doute est permis, surtout quand on sait que notre pays est marqué depuis le début du mandat du président Roch Marc Christian Kaboré, par un contexte sécuritaire plus que difficile et un climat social explosif, en réaction aux inégalités économiques et sociales durablement ancrées chez nous.

La tâche risque d'être ardue, tant que le pays restera entre le marteau des terroristes et l'enclume des syndicats

Si l'héritage de l'ancien régime de Blaise Compaoré ne peut être écarté pour expliquer l'état de délitement ou de désagrégation sociale et sécuritaire actuel du Burkina, le parti du "soleil levant" comme on l'appelle, et ses alliés, sont mis face à leurs responsabilités, d'autant plus que de nombreuses affaires de corruption ou de gestion scandaleuse des ressources publiques ont été mises à jour depuis leur arrivée au pouvoir en 2015.

De toute apparence, les congressistes du week-end dernier ont pris la mesure de la situation, en déclarant par la voix de leur président, que « le terrorisme est une guerre de 5e génération dont certains hors-la-loi se servent pour tracer de nouvelles routes de la criminalité transfrontalière et des trafics de toute nature dans la bande Sahélo-saharienne », et en invitant l'ONU « à utiliser son influence politique dans le but d'amener toutes les parties en conflits au Sahel à entamer des dialogues pour mettre fin à cette situation chaotique et à instaurer la paix ».

Manifestement, les lignes ont bougé car, il n'est plus question de faire porter le chapeau du malheur actuel du Burkina uniquement à l'ancien régime comme c'était encore le cas il y a seulement quelques mois. Cela dit, pendant que le parti présidentiel qui veut aller sereinement aux élections, tenait son conclave à Ouaga 2000, le pays était en proie à des "frappes" au propre comme au figuré, avec d'une part les décors apocalyptiques de film d'épouvante plantés dans des villages de l'Est et du Centre-Nord par des individus aux desseins funestes, et d'autre part les dizaines de milliers de manifestants charriés dans les principales villes du pays par la vague du "Général" Bassolma pour réclamer plus « de pain et de liberté pour le peuple ».

Pour sauver le soldat Roch d'une éventuelle bourrasque, et en l'absence définitive du maestro et très charismatique Salifou Diallo de regrettée mémoire, c'est "Tonton Tranquilos" dont on connaît la témérité, la fougue et l'ardeur au travail malgré ses nombreux hivernages, que les "Orangers" ont, pour ainsi dire, plébiscité pour diriger le commando dont la mission principale est de faire réélire leur champion en novembre prochain, en rééditant possiblement le coup de 2015.

Mais la tâche risque d'être ardue, car tant que le pays restera entre le marteau des terroristes et l'enclume des syndicats, les propos lénifiants de Simon Compaoré ou le béton bitumineux de "Eric-Bulldozer" ne suffiront pas à convaincre les électeurs dont beaucoup n'ont plus le cœur ... au vote, de renouveler leur confiance à l'actuelle équipe dirigeante. Mais n'allons pas plus vite que la musique car nous sommes en Afrique où la prime au sortant ou le vote légitimiste pèse bien plus lourd dans les urnes que n'importe quel programme politique.

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