Congo-Kinshasa: Effet boomerang

Le communiqué du chef de la police de Kinshasa est repris en boucle sur les radios et télévisions de la capitale : il sera procédé à un "contrôle forcé" des véhicules dès le 16 mars prochain. Il ne s'agit pas, précise la police, de s'enquérir de la conformité de la motorisation ou des freins défectueux. Non. La police s'attèlera exclusivement, laisse-t-on entendre, à l'apparence extérieure des engins roulants.

Comprendre, si le pare-brise n'est pas étoilé, si les feux sont fonctionnels, si les rétroviseurs ne sont pas de simples accessoires inopérants etc. La question ne se pose pas pour les détenteurs des grosses cylindrées aux vitres fumées qui descendent triomphalement le matin de Ma Campagne, de Mont-Fleuri ou de ceux qui encombrent les parkings au pied des immeubles abritant les institutions publiques, ambassades et banques.

Pour l'opinion, cette décision viserait en premier, les véhicules des transports en commun. Ainsi, seraient particulièrement dans sa ligne de mire, les bons vieux 207 et leurs banquettes en bois, les minibus Hi-Ace (prononcez Yas) et leurs convoyeurs perchés sur les pare-chocs arrière, les petites japonaises affectueusement surnommées "Ketch", sans omettre les ancêtres des voitures aux marques indéfinissables qui desservent Mokali, et les non moins célèbres camions d'un autre âge qui vont, ahanant, sur la route de "Ndolo Libongo". En un mot comme en mille, le moins que l'on puisse dire est que la décision ne passe pas. Et il ne faut pas être visionnaire pour prédire l'effet boomerang : ce 16 mars, les taxis et bus et minibus auront vite fait de déserter les voies publiques.

Car, le moment est mal choisi. Déjà, ce sont des milliers de piétons qui battent le pavé matin et soir du fait de la rareté des transports en commun causée par les travaux des sauts-de-mouton inachevés ; les habitants de la Tshangu étant particulièrement frappés. Les exposer par-dessus tout à la dictature des taxis-motos serait la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Or, l'urgence n'es pas tant d'exiger des véhicules qu'ils se mettent sur leur trente-et-un, mais de réglementer justement la profession de taxi-moto qui a bouleversé le visage de la capitale et rendu la circulation des plus anarchiques.

Il suffit de regarder des documentaires sur les grandes capitales du monde pour se rendre compte que depuis longtemps, il n'y a que dans cette ville que les motocyclistes sont exemptés du port obligatoire du casque. Mais, on ne touche pas au Wewa, comme on n'ose pas déguerpir les "combattants" qui paralysent les bureaux de la commune de Ngaliema, pour des raisons connues de qui ?

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