Guinée: Nouveau report du double scrutin au pays

(Photo d'archives) - La Céni proclame les résultats des élections communales (au centre son président Me Salif Kébé), le 23 février 2018.

Les élections législatives et le référendum constitutionnel n'auront pas lieu le 15 mars comme l'avait annoncé le président guinéen, Alpha Condé. Le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Amadou Salifou Kébé, a été, on ne peut plus explicite sur le sujet.

La CENI attend avec impatience, le rapport d'audit du fichier électoral des experts de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour fixer une nouvelle date, a-t-il déclaré mardi dernier. Faut-il le souligner, le fichier électoral truffé d'anomalies, notamment de millions de doublons et de noms de personnes décédées, constitue l'une des raisons qui poussent l'opposition à boycotter le scrutin dont la date avait été initialement fixée au 28 décembre 2019. Si le rapport de la CEDEAO est très attendu, il n'en demeure pas moins que d'aucuns craignent un glissement du calendrier électoral.

En effet, si, pour le référendum, le corps électoral doit être convoqué 15 jours avant le vote, pour les législatives, ce délai passe à 70 jours. C'est dire si le risque de glissement du calendrier électoral est grand. Mais si cela peut permettre d'éviter le chaos qui se profile à l'horizon en Guinée, il faudrait en payer le prix. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce nouveau report du double scrutin aura permis à la Guinée de souffler un peu. Et il faut souhaiter que le rapport de la CEDEAO puisse permettre au pays de Hamed Sékou Touré, d'éteindre le brasier qui menace de se transformer en un véritable bûcher susceptible de consumer tout le pays. En tout cas, ce n'est un secret pour personne que la Guinée Conakry danse sur un volcan. En effet, depuis que le Pr. Alpha Condé a commencé à nourrir un projet de révision de la Constitution pour s'offrir un troisième mandat, l'opposition et la société civile sont vent debout pour faire échec à ce projet qu'elles qualifient de machiavélique.

Le président guinéen n'est pas encore prêt à travailler dans la transparence

Et n'eût été cette forte résistance, Condé aurait déjà tordu le cou à la Constitution pour assouvir ses ambitions « pouvoiristes ». Maintenant que ce nouveau report est consommé, il serait bien que chaque camp mette de l'eau dans son vin afin de trouver un modus vivendi capable d'épargner le pays de lendemains troubles. On ne le sait que trop bien, le régime d'Alpha Condé a versé trop de sang d'innocents citoyens. Plus de 140 Guinéens ont été envoyés ad patres au cours des différentes manifestations contre sa gouvernance depuis son arrivée au pouvoir en 2010. Il est donc temps de mettre fin à cette hécatombe qui n'honore ni le régime Condé, ni la Guinée Conakry encore moins l'Afrique.

Cela dit, Condé saura-t-il se montrer raisonnable et faire comme son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, en annonçant publiquement qu'il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle ? Rien n'est moins sûr. On est d'autant plus fondé à le penser que l'homme vient de rejeter la participation de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) à l'opération de toilettage du fichier électoral. Signe que le président guinéen n'est pas encore prêt à travailler dans la transparence. Un autre signe qui montre que le Professeur n'a pas encore enterré son projet, c'est son refus d'intégrer les ténors de l'opposition après toilettage du fichier électoral, dans la course aux sièges à l'hémicycle.

A cela, il faut ajouter ses sorties médiatiques belliqueuses contre l'Occident et son opposition. C'est dire s'il faut plus de pression sur cet octogénaire pour qu'il largue définitivement les amarres de son funeste projet.

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