Tunisie: Qalb Tounès | Souhir Askri, députée démissionnaire - «Nous revendiquons une opposition constructive et non destructive »

12 Mars 2020

« Les démissionnaires sont attachés à leur indépendance et refusent de regagner un nouveau bloc. Mais il est important de souligner que si les dirigeants du parti persistent dans le cloisonnement et la prise de décision d'une manière unilatérale, le nombre des démissionnaires pourrait augmenter »

Acculé, le président du parti Qalb Tounès, Nabil Karoui, doit faire face à la démission d'un grand nombre des membres du bloc parlementaire de son parti. Démission ? Coup de forcing ? Ou manœuvre politique qui dissimule d'autres objectifs ? Si la réponse à ces questions semble, pour le moment, difficile, les 11 membres démissionnaires parlent d'une même voix et évoquent les réelles raisons inhérentes au fonctionnement interne du parti et notamment aux positions prises par le parti en dehors de tout consensus interne.

La liste des démissionnaires a été adressée au président de l'ARP le 10 mars, mais entre-temps, la députée Emira Charfeddine s'est rétractée, ce qui réduit le nombre à dix. C'est toujours beaucoup, dans la mesure où Qalb Tounès passe de 38 membres à 28. Si le parti garde toutefois la troisième place derrière Ennahdha (54 sièges) et le bloc démocratique(41), d'autres démissions ne sont pas à exclure en raison de la grogne qui couve et du mécontentement manifesté par les membres de ce bloc.

Dans un bref entretien accordé à La Presse, la députée démissionnaire, Souhir Askri, s'arrête sur les réelles raisons qui ont poussé les 11 membres de Qalb Tounès à présenter leur démission. Il s'agit des récentes orientations du bloc, l'absence de dialogue et des mécanismes permettant ce dialogue, surtout entre le président du parti et Hatem Mliki qui préside le bloc parlementaire.

La députée a aussi mis en cause les orientations du bloc en relation avec les projets de loi soumis au parlement. «On voulait se positionner dans le camp d'une opposition constructive et non destructive, mais ceci n'a pas été le cas. Cela sans compter la position du parti à l'égard de la constitution du premier et du second gouvernement et la présidence de la République. Il y a ceux qui sont toujours là au sein du bloc parlementaire mais ne cachent pas leur insatisfaction envers les orientations et les décisions prises et autour desquelles il n'y a pas eu de consensus. On a souhaité la mise en place d'un mécanisme de concertation démocratique au sein du parti mais cette proposition a été refusée», déclare notre interlocutrice.

«Tous ces facteurs nous ont poussés à présenter notre démission du bloc parlementaire, mais la porte reste ouverte pour laisser la place au dialogue, repartir sur des bases encore plus solides et activer les mécanismes d'une démocratie permettant le dialogue et la concertation», fait savoir la députée Souhir Askri. «Cette démission ne veut pas dire qu'on n'est plus engagé dans le projet de notre parti qui est axé sur la lutte contre la pauvreté».

Suite à ces démissions, certains observateurs ont lancé des rumeurs concernant une éventuelle alliance avec d'autres partis et blocs au sein du parlement, ce qui a été formellement démenti par la députée en question. «Ce ne sont que des rumeurs saugrenues. Les démissionnaires sont attachés à leur indépendance et refusent de regagner un nouveau bloc. Mais il est important de souligner que si les dirigeants du parti persistent dans le cloisonnement et la prise de décision d'une manière unilatérale, le nombre des démissionnaires pourrait augmenter», conclut-elle.

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