Congo-Kinshasa: Face à face Tshisekedi-Kabila pour sauver la coalition

Les deux têtes d'affiche de la coalition CACH-FCC se sont rencontrées hier. Dans leur entretien, Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ont abordé des dossiers qui fâchent. À la veille de l'ouverture de la session parlementaire de mars, ces deux leaders ont convenu d'aplanir leurs différends afin d'apaiser les esprits lorsqu'il faudra traiter des dossiers brûlants à l'hémicycle du Palais du peuple.

L'enjeu, c'est de faire baisser les tensions au sein de la coalition gouvernementale qui peine à répondre à son rendez-vous social avec le peuple.

Entre le président de la République et son prédécesseur, il y a des sujets qui fâchent. Avancer, tout en faisant semblant de ne pas les reconnaître, c'est faire la politique de l'autruche. Même si, dernièrement depuis l'Est de la République où il séjourne, le coordonnateur du Front commun pour le Congo (FCC), Néhémie Mwilanya, a tenté de colmater les brèches en dédramatisant les choses, l'évidence est qu'une crise latente couve sous la cendre. Certains faits et gestes l'ont démontré plus d'une fois.

Afin d'aplanir le terrain et permettre aux deux camps de regarder dans la même direction, le chef de l'État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a reçu, hier jeudi 12 mars, dans sa résidence de la N'Sele (Est de Kinshasa), son prédécesseur, le président honoraire Joseph Kabila Kabange.

Lorsque l'on sait que la dernière rencontre entre Tshisekedi et Kabila remonte à plus de deux mois, il y a lieu de parier qu'il s'est passé des histoires sensibles sous la table durant ce temps. Il faut les placer sur la table, en discuter et y apporter des solutions idoines dans l'intérêt supérieur de la nation.

La rencontre d'hier dans la banlieue Est de la ville devrait donc avoir beaucoup d'enjeux, au vu des escarmouches et autres provocations des militants de deux alliés. De quoi les deux personnalités ont-elles discuté ?

Les dossiers qui fâchent

Même si rien n'a filtré de cette rencontre de la N'Sele, des sources proches de deux camps politiques ont indiqué que le chef de l'État et son hôte ont échangé autour des sujets sensibles. Et il y en a qui méritent qu'on s'y penche, notamment la menace présidentielle de dissoudre l'Assemblée nationale ; le partage des responsabilités au sein des entreprises publiques ; la mort de Delphin Kahimbi, proche de Kabila et chef d'État-major adjoint de l'armée chargé du renseignement militaire ; les pressions américaines sur le camp Kabila ; les menaces du FCC contre ses ministres accusés de collusion avec le président de la République ; l'espionnage de l'entourage du président Tshisekedi par des proches de Joseph Kabila. La liste n'est pas exhaustive.

Il s'agira donc, sans doute pour les deux personnalités, de faire baisser la tension au sein de la coalition gouvernementale. Car, il faut le reconnaître, depuis qu'elles ont décidé de gérer le pays ensemble à l'issue des élections de décembre 2018, les deux plateformes politiques coalisées (FCC et CACH) se regardent en chiens de faïence au lieu de travailler pour le bien-être de la population. Les querelles intestines leur prennent trop de temps, au point que certains gouvernants oublient même l'essentiel de leur mission.

À ce propos, plusieurs voix se sont élevées, dont celle de l'Église catholique, pour fustiger ces tensions qui paralysent la bonne marche des institutions de l'État. Dans leur message rendu public le 2 mars 2020, les prélats catholiques sont même allés plus loin jusqu'à s'interroger : « Coalition pour quel but ? ».

Dans ce message, les évêques estiment que les alliés au pouvoir semblent plus préoccupés par leur positionnement politique que par le service à rendre au peuple.

Malgré les tensions entre FCC et CACH, aucun de deux camps n'a appelé à la fin de l'alliance. Au contraire, plusieurs leaders politiques appellent à l'apaisement et à la consolidation de ladite alliance politique.

Pour ne pas arrêter la bonne marche des institutions de la République, les deux têtes d'affiche de la coalition au pouvoir ont tout intérêt à sauver ce qui mérite d'être sauvé. Ceci est le seul acquis qu'ils doivent capitaliser s'ils veulent finir ne serait-ce que ce premier mandat dans l'harmonie.

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