Tunisie: Prévenir et éviter le débordement des hôpitaux - Avant qu'il ne soit trop tard !

16 Mars 2020

Alors que le pays fait face à un énorme risque de propagation du coronavirus, les efforts fournis contre ce virus mortel se poursuivent. Si le nombre de cas confirmés ne cessent d'augmenter de jour en jour, pour les autorités, la menace n'existe pas à ce niveau, mais réside plutôt dans le manque de civisme et la non-application des mesures préventives.

Hier, le ministre de la Santé, Abdelatif Mekki, qui n'a pas écarté l'intensification des mesures et procédures de lutte contre le coronavirus, a annoncé que la Tunisie n'est qu'au début de sa guerre contre ce virus qui se propage à grande vitesse, notamment dans des pays voisins comme l'Italie, la France, l'Espagne ou encore l'Allemagne. En effet, il semble que face ces grands risques et compte tenu de certains comportements citoyens irresponsables observés notamment chez des personnes de retour de l'étranger, la Tunisie reste fortement exposée à une grande propagation de ce virus, même si jusqu'à présent la situation reste maîtrisable d'autant plus qu'aucun foyer de contamination n'a été, heureusement, identifié.

Et malgré la prise de mesures drastiques par le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh allant jusqu'à la fermeture de l'espace maritime tunisien aux voyageurs et la suspension de la majorité des vols avec les pays à haut risque, certains citoyens n'ont pas positivement réagi à ces dispositions, et continuaient de mener leur vie normalement. Hier, les gens continuaient, en effet, d'affluer vers les marchés et grandes surfaces, d'autres, défiant l'Etat et les mesures préventives fixées, ont organisé des prières collectives à l'extérieur des mosquées et des cafés et restaurants ont enfreint les restrictions imposées. Dans ce contexte marqué par l'insouciance et le manque de civisme et de responsabilité, les autorités continuent à multiplier les réunions et les cellules de crise pour répondre aux exigences de l'actuelle situation qui risque, malheureusement, de s'aggraver.

Les ministres de l'Intérieur et de la Santé, se sont réunis, hier, avec les gouverneurs pour revenir sur les difficultés de terrain pouvant entraver l'exécution de la stratégie nationale de lutte contre la prolifération du coronavirus. Le ministre de la Santé, Abdellatif Mekki, a indiqué avoir pris l'autorisation du chef du gouvernement pour poursuivre la conférence des gouverneurs sur la stratégie nationale de lutte contre ce virus. Cette séance de travail, a-t-il dit, était l'occasion pour mener ce qu'il a appelé une «séance de discussion approfondie entre les autorités centrales et régionales dont la première étape est de garantir l'engagement des citoyens à respecter l'auto-isolement». En effet, pour le ministre de la Santé, il est nécessaire d'appliquer la loi sur les personnes défiant les décisions d'auto-isolement en tant que moyen de prévention parmi d'autres.

Ce n'est que le début !

Abdellatif Mekki a déclaré aux médias, en marge de cette réunion, qu'il ne s'agit que de la première phase de la lutte contre la propagation de ce virus mortel en Tunisie, assurant que son département ainsi que toutes les autorités concernées n'épargnent aucun effort pour limiter l'évolution de l'épidémie, évoquant la possibilité d'interdire les rassemblements en tous genres.

Pour sa part, le ministre de l'Intérieur, Hichem Mechichi, a indiqué que cette conférence vise à inciter les gouverneurs à suivre de près les mesures prises dans ce sens et à encadrer les citoyens, tout en leur rappelant la nécessité de respecter les procédures en vigueur. Mechichi a fait savoir que les mesures de précaution à prendre seront présentées aux gouverneurs qui doivent veiller à leur suivi, évoquant la possibilité de prendre de nouvelles mesures afin de limiter la propagation du virus et soulignant qu'il est impératif de se prémunir contre ce virus avant sa propagation.

Notons que le ministre de la Santé a également présidé, hier, avec le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Slim Choura, une réunion avec les doyens des universités tunisiennes qui a porté notamment sur les modalités de prévenir la propagation du virus dans le milieu universitaire. L'accent a été mis sur la possibilité de généraliser l'enseignement à distance pour les établissements y afférents, en utilisant les moyens de l'Université virtuelle, en tant que mesure préventive et de protection contre la propagation du coronavirus.

L'infrastructure sanitaire mise à nu !

Tous ces efforts vont dans le même sens : épargner au pays le pire scénario envisageable relatif à la propagation à grande échelle de ce virus sur le sol tunisien comme cela est le cas en Italie, en France ou en Espagne, et éviter une forte pression sur l'infrastructure sanitaire et hospitalière déjà défaillante.

En effet, certains médecins issus de différents hôpitaux tunisiens ont mis en garde contre le risque d'une grande pression sur les structures hospitalières tunisiennes en cas de contamination généralisée nécessitant la prise en charge d'un grand nombre de cas infectés, notamment pour une assistance respiratoire. C'est dans ce sens que la pneumologue à l'hôpital La Rabta et ancienne ministre de la Santé Samira Marai avait rappelé que «la Tunisie compte seulement 240 lits de réanimation dans le secteur public et certains d'entre eux ne fonctionnent pas par manque de personnel, et si on compte les cliniques privées, on arrive à près de 500 lits».

Avec une telle infrastructure sanitaire, la Tunisie ne pourra en aucun cas faire face à la dégradation de la situation, ce que nécessite forcément l'intensification des mesures préventives pour éviter le pire. Il s'agit en effet d'anticiper et éviter que notre système de santé ne soit débordé et mis a mal et à nu par un afflux massif qui dépasserait ses capacités d'accueil.

Conscient de la fébrilité du système hospitalier et du manque de ressources humaines et logistiques, le ministère des Finances a annoncé, dans un communiqué publié hier, la création d'un fonds dédié à la lutte contre le coronavirus et à limiter ses impacts économiques et sociaux. Pour faire un don au profit de ce fonds, le ministère a mis à la disposition des citoyens plusieurs méthodes dont notamment le transfert de montants sur un compte postal ou par le biais des services téléphoniques.

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