Congo-Kinshasa: Thambwe et Mabunda, un œil rivé sur la mauvaise gestion des finances

La corruption sape la démocratie et l'État de droit. C'est l'entendement commun des présidents de deux Chambres du Parlement à l'ouverture de la session ordinaire de mars 2020. Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe se liguent ainsi pour faire de la lutte contre la corruption un agir politique en vue d'incarner et promouvoir la bonne gouvernance en RDC.

Au niveau de l'Assemblée nationale, l'on note parmi les priorités, l'examen de la proposition de loi modifiant et complétant le code pénal du député Pasi Zapamba ainsi que la proposition de loi organique portant création, organisation et fonctionnement de l'Agence nationale de lutte contre la corruption du député Henri-Thomas Lokondo. L'objectif visé est le renforcement des dispositifs répressifs et la mise en place d'un cadre institutionnel en amont destiné à prévenir et à lutter contre la corruption et les infractions connexes.

Les deux Chambres du Parlement ont repris, hier lundi 16 mars, le chemin de l'hémicycle du Palais du peuple. Pour les présidents de deux Chambres, c'est une ouverture de la session ordinaire de mars sur fond du renforcement des dispositifs répressifs contre la corruption. Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba entendent ainsi marquer la rupture pour consacrer dorénavant des contrôles rigoureux sur les finances publiques. Comme pour dire, les pavillons de la Prison centrale de Makala seront mis à contribution, dans tous les cas, pour rétablir l'État dans ses droits. Une rupture attendue, évidemment, pour que souffle un nouveau vent après l'alternance au sommet de l'État intervenue à la faveur de la présidentielle du 31 décembre 2018.

Rappelant l'appel du chef de l'État de décembre 2019 devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès sur l'urgence de doter le pays des lois nécessaires à la mise en œuvre du programme du gouvernement et d'assurer le contrôle en vue de l'amélioration de la gouvernance, la présidente de l'Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, a souligné que son institution va accorder la priorité à l'examen des propositions de lois jugées nécessaires au renforcement de l'autorité de l'État, à l'amélioration du climat des affaires, à la lutte contre la corruption, à la protection des droits humains et à l'exercice des libertés publiques.

« De mes tournées ou rencontres avec le Congolais ordinaire, celui-ci attend des institutions de la République, un effort incarné et réel en matière de lutte contre la corruption : ce sera une des priorités de la présente législature. Ainsi, la corruption sape la démocratie et l'État de droit, entraîne des violations des droits de l'Homme, fausse le jeu des marchés publics, prive le Congolais « du bas » de la démocratie économique au profit d'un club de puissants tandis qu'elle handicape profondément le développement de notre pays », a martelé Jeanine Mabunda.

L'Agence nationale de lutte contre la corruption de Lokondo remonte à la surface

Pour cette raison, la présidente de l'Assemblée nationale s'inscrit, sans tergiverser, dans la dynamique de faire jouer à son institution son véritable rôle de contrôle sur le gouvernement et les entreprises publiques. Il va falloir, à cet effet, éclairer tous les dossiers des détournements ayant fait l'objet de clameur publique.

Dans la même logique que le président de la République, l'Assemblée nationale fera de cette lutte son agir politique en vue d'incarner et promouvoir la bonne gouvernance en République démocratique du Congo et mieux satisfaire nos populations à ce sujet, a déclaré en substance la présidente de la Chambre basse du Parlement.

« Ainsi, notre Chambre examinera, parmi ses priorités, la proposition de loi modifiant et complétant le Code pénal relative à ce sujet émanant de l'Honorable Pasi Zapamba ainsi que la proposition de loi organique portant création, organisation et fonctionnement de l'Agence nationale de lutte contre la corruption de l'Honorable Henri-Thomas Lokondo présentée à la session antérieure. L'objectif visé est le renforcement des dispositifs répressifs et la mise en place d'un cadre institutionnel en amont destiné à prévenir et à lutter contre la corruption et les infractions connexes », a fait savoir sur un ton ferme la présidente de l'Assemblée nationale, avant de rappeler que le pays disposant d'un cadre socioéconomique fragile, significativement soutenu par la production minière, subit actuellement les effets négatifs du marché international, avec une baisse sensible de prix des métaux tels que le cobalt ou le cuivre, stratégiques pour le pays.

Le même ton avait été donné auparavant par Alexis Thambwe Mwamba en ces termes : « Nous repartons en programme avec le FMI et espérons fort bien que l'équilibre macroéconomique se rétablisse progressivement. Je ne doute pas que le gouvernement ait pris la pleine mesure de ce programme. Il s'agit, certes, d'une bonne décision, mais elle implique une discipline dans la gestion des finances publiques. En effet, dire qu'on entre en programme avec le FMI et adopter un comportement dans la gestion des finances publiques non conforme audit programme serait une attitude irresponsable ».

Les déclarations des présidents de deux Chambres du Parlement sont fermes et incisives. On verra jusqu'où ils iront dans l'exécution de leurs paroles.

Et pour Lokondo, sa proposition de loi est une inspiration internationale. Les conventions de l'Onu et de l'Union africaine sur la corruption exigent que chaque Etat partie mette en place une structure appropriée qui doit avoir une autonomie et une indépendance totale à répondre à l'organigramme des services publics d'un Etat dont les cadres et agents peuvent être soumis aux pressions de ceux qui les nomment et les gèrent, lesquels sont souvent à la base des méfaits de la corruption et autres infractions connexes.

Coronavirus, le gouvernement appelé à s'assumer

Dans le domaine de la santé, le Parlement reste préoccupé par la menace de la contamination et de la propagation rapide de la pandémie de Coronavirus (COVID19) qui, à ce jour, compte près de cent cinquante mille personnes infectées et plus de cinq mille morts dans près de 130 pays. La RDC, qui compte déjà trois cas déclarés, devra redoubler de vigilance.

C'est pourquoi l'Assemblée nationale et le Sénat exhortent le gouvernement à prendre, de toute urgence, les mesures nécessaires pour préserver la santé de la population. Et, face aux inquiétudes des conséquences sanitaires, économiques et financières, des suites de la propagation rapide du virus à l'échelle mondiale, la population est invitée à observer scrupuleusement les mesures sanitaires recommandées par le ministère de la Santé.

À ce sujet d'ailleurs, le bureau de la Chambre basse du Parlement a invité, dès ce mardi 17 mars, le Dr Muyembe Tamfum pour une séance académique sur la pandémie de Coronavirus et le cas Ebola dont la riposte menée par le Comité national multisectoriel amorce la dernière ligne droite en vue de l'éradication de cette grave épidémie dans l'Est du pays.

Cette question est prise très au sérieux à la Chambre haute du Parlement où s'est tenue une réunion du bureau avant la plénière. A l'issue de laquelle, à en croire Alexis Thambwe Mwamba, son bureau a décidé que les prochaines rencontres ne se feront que lorsque les sénateurs auront la certitude, qu'en se réunissant, ils ne s'exposeront pas au Coronavirus. Ce qui veut dire en clair que la tenue de prochaines plénières du Sénat est conditionnée la certitude du risque zéro de contamination au Coronavirus.

Au plan sécuritaire, l'Assemblée nationale salue l'accord de paix signé entre le gouvernement, sous l'autorité du président de la République, avec le FRPI, un des groupes armés qui opéraient dans la province de l'Ituri. Dans cet élan, la représentation nationale invite le gouvernement à tout mettre en œuvre pour qu'une paix durable règne dans la partie orientale de la République où ces atrocités ont assez duré. En même temps, l'exécutif national est appelé à poursuivre l'offensive militaire pour mettre définitivement un terme aux conflits armés.

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