Congo-Kinshasa: Coronavirus - La RDC face aux défis de l'auto-prise en charge

Des milliers de morts sont comptabilisés jusqu'ici en Chine, Iran, Italie, France, Allemagne, Etats-Unis et Espagne, et pendant qu'il continue à opérer davantage des ravages dans le secteur de la santé dans le monde, le coronavirus affecte désormais tous les autres secteurs, notamment l'économie, les sports, le tourisme, la culture, les arts, l'éducation.

Qu'en RDC, il y ait des gens qui doutent de l'existence de cette pandémie et des dégâts causés dans bon nombre des pays, on a la nette impression que de nombreuses personnes sous-informées minimisent la maladie, la considérant à tort, comme une invention des gouvernants pour pouvoir bénéficier de certaines contributions des organisations internationales. La réalité nous rattrape et désillusionne les plus incrédules de nos compatriotes. Comme pour les ramener à l'évidence, les événements se précipitent en RDC. Tenez !

Les premiers signaux viennent d'être donnés par deux grandes sociétés de transport aérien, à savoir Air France et SN Brussels Airlines. En effet, Air France a annoncé la suspension de ses navettes avec Kinshasa. Son dernier vol en date a été hier mardi à 22 heures. Et le matin du 17 mars, avant la mi-journée, au check-in, le plein des sièges atteint, les autres voyageurs étaient renvoyés jusqu'à la date de la reprise de vols entre Paris et Kinshasa, en principe dans un mois.

Deuxième transporteur aérien à emboiter le pas à Air France, c'est SN Brussels Airlines. Son dernier vol à partir de Kinshasa est programmé le vendredi 20 mars 2020. La reprise de la desserte est prévue, sauf imprévue, le 20 avril. Mais déjà, les nombreux passagers se disputent les places. Le trop plein des demandes entraînera nécessairement l'arrêt de vente de billets, avant terme vers Bruxelles. L'on comprend les raisons de la bousculade enregistrée ces derniers jours aux guichets du bureau de SN Brussels Airlines de Kinshasa, pour arracher une place dans le dernier vol.

Pendant que les compatriotes résidents en France ou en Belgique, en séjour à Kinshasa, dans le cadre de visites familiales, s'apprêtent à regagner leurs pays d'adoption, cette suspension de vols causera de perturbations préjudiciables pour ceux qui devaient reprendre leur travail. Il en est de même pour les compatriotes atteints des maladies graves pour qui les médecins en RDC ont recommandé le transfert rapide vers des hôpitaux spécialisés en Europe, en Inde ou en Afrique du sud. Nous venons d'enregistrer depuis hier, de nouvelles alarmantes venant d'un pays voisin de la RDC. Il s'agit de la Zambie qui menace de fermer ses frontières avec le Congo démocratique.

De son côté, l'ambassadeur des USA a suspendu, jusqu'au 10 avril, la délivrance des visas d'entrée sur le territoire américain. Les écoles belge et française sont fermées.

Pour un plan agricole d'urgence

Devant cette sorte de confinement pouvant se renforcer prochainement, les autorités congolaises se retrouvent face à de nombreux défis. Défi de mieux gérer les stocks des denrées alimentaires et produits pharmaceutiques. Le second défi est celui de garantir l'autosuffisance alimentaire, c'est-à-dire la capacité du gouvernement congolais à assurer l'approvisionnement régulier des populations de grandes villes en produits agricoles de première nécessité. Et pour ce faire, l'exécutif congolais devrait revisiter toutes affaires cessantes, tous les projets de routes de desserte agricole. Etant donné que la plupart des centres de production agricole sont débordés, ne sachant pas comment évacuer leur production, les projets d'entretien routier et de construction des routes de desserte agricole méritent d'être relancés, grâce à un financement spécial.

Car, si les importations de denrées alimentaires font défaut dans les semaines et les mois à venir, notre pays connaîtra la disette, la spéculation des denrées alimentaires. C'est pourquoi il doit être en mesure d'organiser rapidement l'évacuation des produits agricoles des centres de commercialisation et les centres de consommation.

Pour ce faire, le gouvernement devrait songer à mobiliser des avions cargo, des camions de transport, et des unités fluviales pour desservir le fleuve Congo, de manière à connecter les villages aux grandes villes. Ainsi, ces dernières seront ravitaillées régulièrement, enrayant le spectre de la famine qui menace notre pays à très court terme. Le train pourrait jouer un rôle majeur dans l'évacuation des tonnes de riz de Maniema, Equateur, des poissons salés de Tanganyika, des sacs de maïs, des sacs de cossettes de maniocs de Bandundu et Kongo Central, des pommes de terre et haricots du Nord-Kivu. L'heure est grave et il ne faudrait pas que la crise alimentaire survienne sans que les mesures préventives ne soient envisagées et mises en œuvre.

L'on sait que la RDC possède 80 millions d'hectares de terres arables. Des décennies durant, l'agriculture prônée jadis la priorité des priorités, a été reléguée à la dernière place. Pourtant, en mettant en valeur ces vastes étendues de terres, notre pays peut augmenter sa production et être capable de nourrir près de deux milliards d'êtres humains à travers le monde. L'heure est grave, au point qu'il faut parer au plus pressé, en relançant le secteur agricole avec l'appui des investisseurs locaux qui n'attendent que le signal du gouvernement pour monter des petites et moyennes entreprises agricoles. Le coronavirus devrait donc servir de détonateur pour remettre le secteur agricole sur les rails. Surtout que l'agriculture dans notre pays ne requiert pas l'utilisation des engrais chimiques nuisibles à la santé humaine et animale. J.R.T.

Plus de: Le Phare

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.