Congo-Brazzaville: Entrepreneuriat - Jessica Evoundou croit au made in Congo

interview

Créatrice de la marque Okasama Bamboo, marque de prêt-à-porter très cotée à Pointe Noire, Jessica Evoundou revient requinquée, après une pause maternité, avec de nouvelles résolutions. Passer de l'atelier sur mesure à la production et la distribution via internet, tel est son objectif. Zoom sur cette passionnée de mode qui croit dur comme fer à l'essor de la mode locale.

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : Pourquoi avoir dénommé votre marque Okasama Bamboo ?

Jessica Evoundou (J.E.) : Okasama Bamboo parce que c'est un hommage à ma grand-mère qui s'appelait Oka, et sama est un suffixe honorifique japonais, qu'on utilise pour des gens à qui on voue un grand respect, une grande admiration. L'ajout de bambou, parce que c'est une plante solide, symbole de force et de résilience.

L.D.B.C. : Parlez-nous de votre parcours ?

J.E. : je suis diplômée d'un master 2 en International Business and Management. J'ai d'abord travaillé cinq ans dans les achats et le développement de produits de décoration à l'étranger. J'ai toujours eu une passion pour la mode et ce côté créatif. A l'époque, quand je me suis lancée dans la mode, on parlait beaucoup du made in Africa mais, dans ce paysage, le made in Congo n'était pas très visible. D'où l'idée de créer Okasama Bamboo, une marque qui me ressemblerait et qui serait le reflet de ma culture. A ce propos, j'ai suivi une formation en ligne en parallèle de mon travail et en 2016 je me suis lancée tout en continuant à me former parce que rien n'est acquis. En outre, je suis co-fondatrice du concept « Le coin des créateur » et responsable communication de l'association EWA Network, initiative qui met en avant des femmes entreprenantes.

L.D.B.C. : Très en vogue à Pointe Noire, Okasama Bamboo n'a pas la même renommée qu'à Brazzaville. Pourquoi donc ?

J.E. : C'est absolument normal, car il y a un an et demi, j'ai fait un break. Je suis devenue maman et j'ai pris le temps de m'occuper de ma fille. Et pour l'heure, je restructure la marque, histoire de lui donner un nouvel essor, une nouvelle dynamique. C'est l'une des raisons qui expliquent que la marque n'est pas très présente à Brazzaville. Mais, au niveau de Pointe Noire, la marque Okasama Bamboo a fait ses preuves, et nous avons participé à différents défilés de mode tel que le Carrousel de la mode.

L.D.B.C. : Qu'est-ce qui vous différencie des autres marques congolaises ?

J.E. : Ce qui me différencie des autres marques, c'est notre manière de travailler le mélange de tissus. Autant on travaille le wax et d'autres tissus africains, autant on ne néglige pas le lin, le raphia... Après, il y a l'histoire qu'on raconte à travers notre marque qui a une réelle identité et que l'on va remarquer à la manière dont les modèles sont dessinés, réfléchis et fabriqués.

L.D.B.C. : Qu'est-ce qu'on trouve dans votre atelier ?

J.E. : L'atelier n'existe plus. Nous avons été en activité entre 2016 et 2018. J'ai retravaillé mon business model afin de ne plus avoir d'atelier sur mesure comme avant. On va plutôt se concentrer sur la production en série avec une distribution via un site internet, ou encore lors de ventes privées. Okasama Bamboo propose des vêtements prêt-à-porter, des accessoires, des sacs, etc.

L.D.B.C. : C'est bien de s'habiller en made in Congo, mais les prix ne sont toujours pas à la portée des bourses congolaises...

J.E. : C'est une question importante car, en tant que créatrice congolaise, c'est notre plus grand combat. Il sied cependant de savoir que la matière première est pour la plupart du temps importée et cela a un coût. Ensuite nous sommes des petits créateurs et nous n'avons pas de grosse capacité d'achat, vu qu'on ne peut malheureusement pas produire comme les grandes marques qui ont des usines.

Donc on achète en petite quantité, et forcement les prix ne sont pas abordables dans la mesure où derrière il y a encore la main d'œuvre à payer, le design et tout le tralala qui précède la création d'un article. Même s'il nous tient à cœur de voir nos produits être à la portée de toutes les bourses, on ne veut pas non plus tourner à perte. Un vrai défi qu'on espère relever dans les prochaines années, quand on sait qu'il n'est pas facile de rivaliser avec les friperies et les grandes boutiques.

L.D.B.C. : Que pouvez-vous dire aux femmes ?

J.E. : Mesdames, osons nous lancer dans ce que nous croyons être notre vocation. Il faut croire en ses rêves, ne pas se laisser démotiver par notre entourage ou par nous-mêmes, et surtout il faut travailler dur. Nous devons nous rappeler que Rome ne s'est pas construite en un jour, que la route vers le succès n'est ni linéaire ni rapide. Des échecs nous en connaitront, mais il faudra tout simplement en tirer les leçons et se relever. Enfin, je dirai qu'avoir une vision claire de là où on veut aller est très importante car peu importe les obstacles que l'on rencontrera sur notre route, on ne perdra pas le cap grâce à notre vision. C'est en persévérant et en travaillant dur que nous y arriverons.

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