Madagascar: Un mouvement nationaliste de jeunes en pleine guerre

La situation coloniale, est le résultat de l'inégalité fondamentale entre le colon et le colonisé, le citoyen et le sujet. « C'est dans ce contexte qu'il faut étudier, avec l'évolution des évènements, la prise de conscience du nationalisme malgache», affirment les auteurs de l'ouvrage d'Histoire destiné aux lycéens des classes terminales, édité à partir de 1967.  fait, ajoutent-ils, la période 1905-1932 consacre l'échec de ce qu'on peut appeler « la politique d'assimilation » à Madagascar. Le sentiment d'appartenir à un autre monde nait de cette sujétion et « se fortifie dans l'infortune et le malheur ».

Ce nationalisme apparait avec la VVS (Vy, fer-Vato, pierre-Sakelika, ramification). C'est un mouvement de jeunes Malgaches épris d'idéal et de liberté. « Cette naissance reste obscure, mais non ses causes profondes. » Puisant dans leurs études le goût de la liberté, avides de justice comme tous les jeunes, quelques étudiants de l'École de Médecine d'Antananarivo fondent cette société secrète en 1913. « Le sigle VVS exprime symboliquement l'espoir d'une organisation solide et puissante.»

Liés par un serment, les membres affirment et confirment leur amour de la patrie. Fidèles à leurs traditions ancestrales, mais conscients de la nécessité du progrès qui affranchit les hommes, ils veulent libérer leur pays de la colonisation. Ils ne recourent pas à la violence, cependant, car ils sont peu nombreux et désarmés. Intellectuels nourris des principes de la Déclaration des droits de l'homme, ils acceptent les conseils et l'approbation de leurs aînés. Notamment le pasteur Ravelojaona, les journalistes Ratsimiseta et Andrianjafitrimo, directeur respectif du Fitarikandro-Étoile du Matin et du Loharano-Source, et Ravelohina qui ramifie le mouvement à Fianarantsoa.

La découverte de la VVS en 1915, en pleine guerre, déclenche à partir du 24 décembre de la même année, une série d'arrestations. Telles celles de jeunes étudiants comme Robin et Ravoahangy, d'hommes d'Église comme le pasteur Ravelojaona et le père Venance Manifatra, de journalistes, de fonctionnaires... Le procès qui se déroule, après une instruction rapide, pour ne pas dire à la va-vite, « connait une série de rebondissements judiciaires ». On évoque alors une insurrection prévue pour le 1er janvier 1916, mais « aucune preuve formelle n'est apportée, aucune arme n'est découverte ». Le non-lieu parait inévitable...

Selon les auteurs de l'ouvrage d'Histoire de 1967, trente quatre accusés sont condamnés aux travaux forcés (huit à perpétuité, quatre à vingt ans, neuf à quinze ans, quatre à dix ans, neuf à cinq ans). Les autorités coloniales « envisageant la possibilité de ramifications dans le clan des puissances de l'Europe centrale, des colons sont mobilisés sur place ».

Cette sentence met en exergue, « d'une manière saisissante » pour les Malgaches, l'inégalité des conditions humaines dans le système colonial. La suppression de l' Histoire dans les programmes scolaires, la diminution des effectifs de l'unique école supérieure, sont ressenties comme autant d'injustices et d'humiliations. Malgré l'amnistie de 1922, le souvenir de la VVS et de ce procès anime le patriotisme malgache, au lendemain de la Première guerre mondiale.

La guerre permet, d'ailleurs, aux soldats malgaches mobilisés de découvrir la « véritable France dont ils ne connaissent jusque-là que l'administration coloniale ». Ceux qui reviennent, rapportent dans leur pays « le souvenir de l'égalité devant la mort, sur le champ de bataille, la camaraderie sans arrière-pensée des combattants ».

C'est le cas de Jean Ralaimongo. En France après la guerre, cet instituteur betsileo qui s'est engagé pour la durée du conflit, trouve un écho profond lorsqu'il expose ses projets. Il fonde dans la Métropole la Ligue française pour l'accession des indigènes de Madagascar aux droits des citoyens français qui s'honore du patronage du grand écrivain, Anatole France.

Cette ligue se propose de promouvoir les Malgaches à la citoyenneté pleine et entière. Ralaimongo consacrera sa vie à la lutte pour l'égalité. Ses contacts avec les hommes de la gauche française, avec les mouvements opposés à la colonisation, la fondation d'un journal, La Liberté, lui confèrent une grande expérience politique.

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