Guinée: Législatives et référendum - Un double scrutin sur fond de deux virus

Violente manifestation à Pita
analyse

Les Guinéens et les Guinéennes ont été appelés aux urnes le 22 mars dernier pour un double scrutin rassemblant les législatives et un référendum constitutionnel.

Pour un scrutin de tous les dangers, c'en est un puisqu'il intervient non seulement dans un contexte de tensions et de violences qui dure depuis six mois, mais aussi sur fond de deux virus. Le premier est le COVID-19 qui est un train d'étendre son emprise sur bien des pays africains dont justement la Guinée.

Et pendant que l'heure est aux confinements et autres mesures interdisant les regroupements sur presque toute l'étendue du continent, Alpha Condé s'est arc-bouté sur son double scrutin, en dépit du fait que la tenue du vote, par ces moments, peut exposer son peuple au coronavirus. Mais cette éventualité laisse de marbre, Alpha Condé et ses partisans.

Pour eux, en effet, le COVID-19 n'est pas un argument suffisant pour reporter le vote. Et le cas de la France, qui vient d'organiser le premier tour des élections municipales alors que le pays était en proie au virus, a été brandi comme preuve pour justifier le maintien du scrutin d'hier.

Alpha Condé s'apparente à un virus pour la démocratie

Encore que l'Elysée a dû revoir sa copie. La vérité est que rien ne peut arrêter Alpha Condé dans sa volonté de réaliser son rêve fou de troisième mandat. Face à cette obsession, le COVID-19 ne fait pas le poids et représente donc aux yeux du Pr. Alpha Condé, un épiphénomène.

De ce point de vue, l'on peut prendre le risque de dire que les législatives et le reférendum du dimanche 22 mars en Guinée, se sont tenus sur fond de deux virus : le COVID-19 et le Pr. Alpha Condé. Et la métaphore n'est pas exagérée. Alpha Condé s'apparente à un virus pour la démocratie et pour l'intérêt supérieur de la Guinée.

En effet, depuis qu'il a pris les rênes du pouvoir, en 2010, tel un virus, l'homme a connu des mutations. Ainsi, il a renoncé d'abord à tous les nobles idéaux qui ont caractérisé sa longue et riche vie militante d'opposant. Un des idéaux qu'il a sacrifiés sur l'autel de la conquête et de la conservation du pouvoir, est l'édification de la nation guinéenne.

En lieu et place, il a dressé les ethnies et les régions les unes contre les autres au point qu'en Guinée, aujourd'hui, on est d'abord peul, soussou ou malinké avant d'être Guinéen. Sékou Touré en avait semé les germes mais l'on peut affirmer sans grand risque de se tromper que le professeur n'a posé aucun acte allant dans le sens d'empêcher la mauvaise herbe de grandir.

Aujourd'hui, Alpha Condé s'est mué pratiquement en un anti-démocrate forcené et hystérique au point d'être allergique à tous les conseils, même ceux venant de personnalités avec lesquelles il a tissé de solides relations d'amitié de par le passé. Le président nigérien, Mahamoudou Issoufou, peut en dire davantage sur cette dimension de la personnalité de l'homme.

Et comme tout virus, l'on peut dire qu'Alpha Condé n'a pas d'antidote. En effet, l'homme a un mépris souverain pour son opposition et pour les organisations de la société civile. C'est pourquoi il n'hésite pas à réprimer, très souvent dans le sang, toutes les manifestations tendant à le contrarier dans sa volonté de s'accrocher au pouvoir.

La communauté internationale ne sait plus quel pédagogue utiliser pour faire entendre raison à Alpha Condé

Son antidote ne peut pas non plus venir de l'extérieur. Car, personne ne veut prendre le risque de suggérer à Alpha Condé de renoncer à son plan; chacun craignant sans doute d'être traîné dans la boue par le forcené. Bref, Alpha Condé est devenu, aujourd'hui, un cas, une situation-problème pour l'Afrique et pour la Guinée.

Et le traitement de son cas est rendu davantage difficile que l'homme a la certitude qu'il est le seul sur cette planète à savoir ce qui est bon pour la Guinée. Et le souverainiste qu'il prétend être le conforte dans l'idéologie selon laquelle son pays, en matière de démocratie, n'a de leçon à recevoir de personne.

C'est pourquoi la communauté internationale ne sait plus quel pédagogue utiliser pour faire entendre raison à Alpha Condé. De guerre lasse, l'Union européenne (UE), l'Union africaine (UA), l'OIF (Organisation internationale de la francophonie, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) ont renoncé tout simplement à accompagner Alpha Condé dans sa volonté affichée de conduire la Guinée à l'abattoir.

A cela, l'on peut ajouter que même le boycott actif préconisé par l'opposition et la société civile et la menace que représente le COVID-19 n'y auront rien fait. L'un dans l'autre, l'on peut se poser la question de savoir si oui ou non les Guinéens feront le déplacement des urnes et à quelle proportion.

En tout cas, c'est l'enjeu principal de ce double scrutin. Mais pour Alpha Condé, cela n'est pas une préoccupation. L'essentiel pour lui, est de tenir son double scrutin pour in fine remettre les compteurs à zéro.

Et puis, il ne faut pas oublier que les choses se sont passées à huis clos. Pour un pouvoir qui est passé maître dans l'art de manipuler les chiffres, le huis clos est une véritable aubaine.

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