Burkina Faso: Mesures preventives du president du Faso contre le coronavirus

C'est une opération déminage grandeur nature que le président du Faso a décrétée vendredi dernier afin de stopper la propagation de la pandémie du coronavirus au Burkina Faso. C'est vrai que nous sommes encore loin de la fulgurance avec laquelle le Covid-19 s'est répandue dans des pays comme la Chine, l'Italie, l'Espagne ou l'Iran, mais c'est un devoir pour le commandant en chef de prendre des mesures d'urgence pour, dans un premier temps, casser la chaîne de transmission du virus, et dans un deuxième temps « le bouter hors du Burkina ».

Ainsi, tous les rassemblements sociaux, culturels ou politiques de plus de 50 personnes, seront bannis pour compter du 21 mars, qu'ils soient prévus dans des espaces fermés ou en plein air et ce, en attendant l'évaluation prochaine de la situation en vue d'éventuels réajustements. Il a également appelé les Burkinabè à se calfeutrer chez eux et pour deux semaines durant, de 7 h du soir à 5 h du matin. Dans le même temps, le pays sera coupé du reste du monde, et nos compatriotes ont été invités à limiter les déplacements autant que possible d'une ville à une autre, d'une région à une autre.

Des mesures véritablement préventives pour les uns, cosmétiques pour les autres ; ces derniers estimant à tort ou à raison que tant que les marchés et yaars resteront achalandés, et les transports en commun ne seront pas interdits, le Covid-19 aura de beaux jours devant lui au Burkina Faso. Selon eux, il eût fallu décréter rien moins que l'Etat d'urgence sanitaire et donner des pouvoirs additionnels aux forces de sécurité intérieure (Police, Gendarmerie) pour faire respecter les mesures de distanciation sociale requise dans le cas d'espèce.

Ce raisonnement n'est pas dénué de sens, surtout dans un pays comme le nôtre où la capacité de prise en charge des patients en soins critiques, est très limitée. Mais n'oublions pas que la plupart de nos compatriotes tirent leurs revenus de l'économie informelle et que, de ce fait, des mesures trop restrictives entraîneraient à moyen, peut-être même à court terme, de sérieux problèmes de survie.Espérons que nous ferons tous preuve de civisme et de responsabilité en évitant de jouer à la roulette russe avec la santé de chacun

Certes, des dizaines de Burkinabè, et sans doute bien davantage, ont déjà contracté l'insidieux virus, mais ce serait énormément risqué pour le président du Faso de mettre le pays en quarantaine généralisée, car les conséquences économiques et sociales seront terribles : beaucoup d'employeurs mettront la clé sous la porte, les hôtels et les grands magasins vont subir de plein fouet la fermeture des frontières, bref le pays plongera à coup sûr dans une récession avec des pans entiers de notre économie qui seront sinistrés.

Mais comme de deux maux, il faut choisir le moindre, le gouvernement burkinabè, à l'instar des autres, a opté pour le confinement des populations autant que faire se peut en raison de l'absence de traitement fiable contre le mal, de son mode de contamination et de la mutation génétique possible qui conférerait une dangerosité accrue au virus. Mais une chose est de prendre une batterie de mesures censées être salvatrices, une autre plus difficile dans ce pays de grognards, est de les faire respecter. Espérons que pour cette fois-ci, nous ferons tous preuve de civisme et de responsabilité en évitant de jouer à la roulette russe avec la santé de chacun. Il faut noter d'ailleurs que ce n'est pas la première fois que des populations ont été appelées à la claustration pour éviter la propagation massive de maladies potentiellement endémiques.

On l'avait vu au lendemain de la Première Guerre mondiale quand, dans une Europe dévastée par le conflit et au système de santé moribond, les différents gouvernements n'avaient pas eu d'autre choix que de confiner les survivants de la guerre afin de stopper l'épidémie de grippe dite espagnole qui s'y était répandue comme une traînée de poudre à la faveur des gigantesques manifestations de rue organisées pour célébrer la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie. Plus récemment et cette fois-ci en Afrique de l'Ouest, c'est par ce même moyen de confinement que les pays du golfe de Guinée ont réussi à circonscrire avec succès un autre virus autrement plus létal : Ebola. Quoi qu'on dise donc, l'adresse à la Nation du président du Faso en fin de semaine dernière, a déjà le mérite de faire prendre conscience à tous ces Burkinabè incrédules, que l'heure est grave comme on dit.

Mais ce discours aurait été mieux compris et apprécié s'il avait annoncé dans la foulée des dispositions prises pour éviter les risques de faillite auquel seront livrés certains acteurs du monde économique, des mesures d'accompagnement en faveur de nos compatriotes aux revenus modestes, si la situation restait en l'état des semaines ou des mois durant. Qu'à cela ne tienne, nous devons, face à cette nouvelle adversité, nous serrer les coudes et respecter scrupuleusement ces mesures restrictives de liberté inédites, si nous ne voulons pas voir se réaliser les prophéties apocalyptiques de ceux qui annonçaient l'ouverture « des portes de l'enfer » dans notre pays.

Une chose est sûre, ce Covid-19 laissera des traces au Burkina Faso sur le plan sanitaire, mais aussi sur le plan politique, à un an de l'élection présidentielle. Car, en plus de la gestion du phénomène du terrorisme et de la fronde sociale qui sont, du reste, passés ces derniers temps au second plan dans les conversations, la manière dont nous sortirons de cette nouvelle crise sera forcément scrutée à la loupe par nos compatriotes afin d'évaluer objectivement, le moment venu, la capacité du président Kaboré à tenir la barque et à faire face à l'épreuve, comme il l'avait promis aux Burkinabè à l'entame de ce premier mandat particulièrement mouvementé, le 29 décembre 2015.

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