Congo-Brazzaville: Coronavirus - Joseph Kignoumbi Kia Mboungou s'explique sur le fonctionnement de l'Assemblée nationale

interview

Le deuxième secrétaire de l'Assemblée nationale parle, dans cette interview exclusive, de la huitième session ordinaire en cours, des mesures prises par le gouvernement dans la prévention de la pandémie du Coronavirus et la possibilité pour la chambre basse du Parlement de recueillir l'avis de la Cour constitutionnelle.

Depuis l'ouverture de la session le 1er février, vous êtes à peine à une séance plénière. Ne craignez-vous pas une huitième session ordinaire administrative blanche ?

Je ne crois pas à une session blanche puisque, outre le vote des lois, le Parlement a aussi pour mission le contrôle de l'action du gouvernement. Nous avons, bien sûr, arrêté un ordre du jour, mais vous savez très bien que l'examen des projets ou des propositions de loi passent d'abord par les commissions avant la remise des rapports au bureau de l'Assemblée nationale.

Aujourd'hui, le problème qui se pose à nous est relatif à la pandémie de Covid-19. En effet, le gouvernement a pris un certain nombre de dispositions dont celle de ne plus tenir une réunion de plus de cinquante personnes. Alors que l'alinéa 2 de l'article 69 du règlement intérieur de l'Assemblée nationale dispose qu'on ne peut adopter une loi que lorsque la majorité absolue de ses membres se trouvent réunis. Nous sommes actuellement 151 députés, pour avoir la majorité absolue il faut 76 élus. Donc, nous sommes confrontés à cette difficulté, notamment, pour adopter les projets ou les propositions de lois.

S'agissant de nos missions de contrôle, nous avons la possibilité d'appeler à une séance de questions d'actualité ou de questions orales tout en respectant les mesures prises dans le cadre de la prévention du Coronavirus, notamment ne pas réunir plus de cinquante personnes dans une même salle. Cela n'appelle pas forcément l'obtention d'un quorum tel que mentionné dans le règlement intérieur.

Un avis de la Cour constitutionnelle ne serait-il pas nécessaire pour la conduite à tenir ?

Oui, nous pouvons-nous conforter de l'avis de la Cour constitutionnelle que nous pouvons saisir parce que nous sommes en situation exceptionnelle. S'il y a urgence, notamment un projet de loi qui demande à ce qu'il soit adopté, nous pouvons saisir la Cour constitutionnelle qui donnera son avis.

En attendant qu'une loi vous parvienne en urgence, est-ce qu'il n'est pas possible de recueillir déjà l'avis de la Cour constitutionnelle ?

C'est une possibilité qui nous est offerte de saisir la Cour constitutionnelle pour voir éventuellement si nous sommes confrontés à un problème réel. Dans tous les cas, il n'est pas impossible, nous n'avons pas forcément besoin d'avoir une loi qu'il faut voter en urgence. Même pour nous éclairer nous-mêmes, nous sommes en situation urgente.

Dans les conditions actuelles, la clôture peut-elle intervenir le 10 avril prochain comme prévu ?

Sur le plan constitutionnel, nous savons qu'une session s'ouvre et se clôture. Dans le cas d'espèce, nous avons ouvert la session le 1er février et allons la clôturer le 10 avril. Donc, le 10 avril, il nous faudra la clôturer, maintenant après la clôture s'il y a urgence des projets à adopter, le président de la République peut demander à ce que nous organisions une session extraordinaire.

Quelles sont les mesures internes prises par l'Assemblée nationale sur le Covid-19, en sus de celles déjà annoncées par le gouvernement ?

Nous sommes des législateurs, ce que nous devons faire c'est aider le gouvernement à faire appliquer ces mesures. En notre qualité de représentants du peuple, nous avons également l'obligation d'accompagner le gouvernement pour que la majorité de la population congolaise soit sensibilisée à cette pandémie qui peut décimer une population comme dans certains pays où l'on a voulu sous-estimer le Covid-19. Nous avons également l'obligation d'être bien informés, d'avoir des séances de travail avec le gouvernement pour savoir un peu de manière concrète les mesures prises ou qui vont être prises pour que la pandémie n'évolue pas, que le nombre de cas ne se développe pas de manière exponentielle.

Avez-vous un appel à lancer à l'endroit des députés ?

Nous demandons à nos collègues députés d'être attentifs, de respecter les consignes données par le gouvernement et de l'accompagner dans la vulgarisation ces mesures. Ils devraient également montrer à la population que la situation est réelle. Si hier on pensait que l'Afrique était épargnée du Coronavirus parce qu'il faisait chaud, aujourd'hui la réalité est tout autre. Au Burkina Faso où il fait plus chaud qu'au Congo, le virus a déjà emporté la vice-présidente de l'Assemblée nationale. Il y a aussi des cas déclarés au Gabon, en Côte d'Ivoire, au Sénégal... Donc, que les Africains ne pensent pas que nous sommes épargnés. Concernant le Congo, nous remercions le bon Dieu qui nous épargne jusque-là du drame. Dans l'état actuel de nos structures sanitaires, il faut que nous prenions le temps de prévenir la population, de l'éduquer et de lui montrer que le danger existe, qu'il faut mieux prévenir que guérir.

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