Sénégal: Couvre-feu - Polémique sur le passage à tabac de passants et automobilistes

Dakar — De nombreux Sénégalais commentent, sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant les forces de l'ordre violenter des passants et des automobilistes dans la rue, durant la première nuit du couvre-feu instauré au Sénégal pour réduire les risques de propagation du Covid-19 tandis que la Police dénonce des comportements aux antipodes de la citoyenneté.

Les autorités sénégalaises ont décrété lundi l'état d'urgence et instauré un couvre-feu pour interdire aux populations de sortir de chez elles entre 20 h et 6 h.

De nombreuses personnes étaient encore dans la rue, malgré l'entrée en vigueur de la mesure d'interdiction de sortie de leur lieu d'habitation, dans la nuit de mardi à mercredi.

Certaines d'entre elles ont été l'objet d'un passage à tabac mené par les forces de l'ordre.

De nombreuses vidéos montant ces scènes de violence ont été partagées sur les réseaux sociaux.

Certains internautes saluent l'attitude des forces de l'ordre, laissant entendre que c'est le seul moyen de confiner les individus chez eux, afin de réduire les risques de propagation de la maladie à coronavirus.

"Avec ce qu'on a vu sur les vidéos, demain (mercredi soir), vous ne verrez personne violer le couvre-feu", écrit un usager de Facebook, qui semble se réjouir de l'attitude des forces de l'ordre.

"Il faut les frapper, c'est aussi simple que cela", martèle un autre internaute, laissant entendre l'usage du bâton est le seul moyen de faire entendre raison à "ces hors-la-loi", qui se promènent dans la rue pendant les heures de couvre-feu.

Un autre encore estime que le "laisser-aller" a duré trop longtemps au Sénégal, et que c'est d'une main de fer qu'il va falloir y mettre fin.

"Avec cette méthode forte, aucune personne prise en flagrant délit ne recommencera", espère un internaute.

D'autres usagers des réseaux sociaux se désolent des nombreuses violences dont ont été victimes des passants et automobilistes.

C'est le cas des responsables des organisations de défense des droits de l'homme, qui fustigent l'attitude des forces de l'ordre et les réactions de ceux qui rient des scènes de violence à travers les réseaux sociaux, sur Facebook et WhatsApp notamment.

"Les forces de sécurité (... ) ne doivent pas recourir aux pratiques illégales : torture, mauvais traitements, usage disproportionné de la force, etc., dans le cadre des opérations de mise en œuvre de l'état d'urgence. L'état d'urgence n'autorise nullement le recours aux pratiques punies par la loi", a dénoncé sur sa page Facebook un militant des droits de l'homme de premier plan, Seydi Gassama.

M. Gassama, qui dirige la section sénégalaise d'Amnesty International (AI), ajoute : "Les policiers et gendarmes qui se livrent à ces pratiques s'exposent à des poursuites judiciaires."

Alioune Tine, le patron du Think Thank Africajom center a également protesté contre les violences subies par ceux qui étaient dans la rue pendant les heures de couvre-feu. "La police sénégalaise a une bonne image internationale, qui est bien appréciée dans le cadre du maintien de la paix. Il faut protéger cette image et éviter tout ce qui la dégrade", a écrit M. Tine.

"Pour ceux qui violent le couvre-feu, on peut appliquer les textes dans le respect des droits humains. Pas de tortures, de traitements inhumains et dégradants. Pas d'usage excessif de la force. On doit avoir le minimum de consensus sur ça", a-t-on lu sur le compte Twitter de M. Tine.

"La torture est un crime international", a-t-il averti.

Un communiqué transmis à l'APS indique qu"'en application du décret présidentiel instituant l'Etat d'urgence et des mesures administratives subséquentes, la Police Nationale a déployé d'importants moyens humains et matériels sur l'ensemble du territoire national".

Selon le service des relations publiques de la Police, "le dispositif sécuritaire est visible sur les principaux carrefours, au niveau des installations stratégiques et, se traduit par des patrouilles sur l'ensemble de la zone de compétence de la Police Nationale".

"Toutefois, déplore la même source, il a été constaté, malgré l'engagement des autorités policières, des comportements aux antipodes de la citoyenneté adoptés par certaines personnes qui ne se sont pas abstenues de braver les interdictions et restrictions édictées par les mesures prises par les autorités étatiques".

Ainsi, a-t-elle ajouté, "a-t-il été noté, dans les rangs de la Police, des interventions excessives dans la nuit du 24 au 25 Mars 2020 qui ont été, d'ailleurs, punies avec toute la rigueur qui s'impose".

La Police Nationale en appelle "au sens de responsabilité de chacun afin que la loi soit respectée par tout le monde".

Mercredi matin, le ministère de la Santé et de l'Action sociale a annoncé 13 nouvelles infections au coronavirus, ce qui porte à 99 le nombre total de tests positifs depuis le 2 mars.

Neuf des patients ont recouvré la santé, selon le porte-parole de ce ministère.

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