Madagascar: La faim ou le risque de contagion, le dilemme des populations vulnérables

Etal de légumes.

La hausse subite des denrées de base, couplée au confinement instauré depuis lundi, ont poussé bon nombre d'habitants de la capitale à se ruer vers les marchés subventionnés par l'Etat.

A chaque distribution, trois fois par semaine, l'ensemble des 49 « Tsena Mora » (« marchés pas chers » en français) disséminés dans la capitale (156 points sur tout le territoire), attirent près de 50 000 personnes. Une aide quasi-vitale pour des milliers de foyers, mais contradictoire avec les mesures de distanciation prônées pour éviter la propagation du virus : des centaines de personnes, collées les unes aux autres, patientent des heures durant pour accéder à la distribution de riz.

Des distances de sécurité pour l'instant impossibles à faire respecter

1 000 ariary le kilo de riz stock (trois kilos maximum par personne) et 2000 ariary le litre d'huile (un litre maximum par personne) : dans les Tsena Mora, les prix défient toute concurrence. Aussi, dès 5h du matin, des foules compactes se forment devant les grilles des écoles publiques, qui accueillent ces marchés particuliers.

Mercredi, dès 11h, les stocks de ce Tsena Mora du centre-ville étaient épuisés. Positionné à l'entrée de l'école, ce militaire en charge de la sécurité a vu défiler plus de 800 personnes en moins de 4h. « Les gens sont calmes, mais c'est difficile à gérer à cause des foules. Ils veulent tous avoir [de la nourriture] en même temps. Le dispositif, c'est qu'on prenne leur température à l'entrée et qu'ils se lavent les mains avant d'accéder aux étals. Il doit aussi y avoir un écartement d'un mètre entre chaque personne. Mais ça, c'est pas possible à l'extérieur. Dans l'enceinte, ici, oui. Mais sur le trottoir, c'est impossible. »

Une faille dans les mesures de prévention que Dera Zafindravaka, le coordonnateur national des Tsena Mora à la Présidence, reconnaît complètement. « On a réquisitionné les forces de l'ordre pour faire respecter la distance. Ce n'est pas encore au point mais je pense que dès vendredi, ce sera le cas. Il faut qu'on les briefe un peu plus. Il faut qu'ils arrivent plus tôt pour que ce soit efficace. Parce que si la population arrive avant eux, c'est difficile de mettre de l'ordre autour des points de vente. A partir de vendredi, chaque Tsena Mora aura quatre forces de l'ordre qui lui seront affectées exclusivement. Ils ne feront plus de navettes entre différents points de vente. Nous espérons avec cette mesure qu'on pourra gérer les personnes et surtout faire respecter la distance adéquate. Il en va de notre responsabilité. »

300 tonnes de riz distribuées cette semaine

D'après Dera Zafindravaka, d'autres points de distribution pourraient être créés ces prochains jours pour limiter au maximum les déplacements des habitants et les attroupements massifs.

Un système de carnets doit aussi être mis en place pour éviter que des membres d'une même famille ne viennent acheter plusieurs fois des denrées dans un ou plusieurs Tsena Mora, quand certains n'arrivent même pas à acheter un kilo, faute de stock.

Cette semaine, ce sont 300 tonnes de riz et 90 000 litres d'huile qui auront été distribués dans la capitale.

Plus de: RFI

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.