Tunisie: Ne pas se défausser

26 Mars 2020

Les excès sont courants. Certains peuvent se comprendre. Cependant, l'épidémie est là et c'est tout un pays qui est menacé.

Les réseaux sociaux, avec tout ce qu'ils véhiculent de rumeurs et fake news, mais aussi d'indifférence et d'insensibilité, deviennent le lieu de comportement plus que jamais indécent. Certes, il y a eu des manquements. Il y en aura encore dans la manière avec laquelle la Tunisie fait face au coronavirus. Et c'est à ce titre que nous devrons combattre des pratiques qui sont la négation même de l'honnêteté, de l'obéissance au devoir et de l'esprit de solidarité. Des plus banales aux plus graves à une époque où la société semblait en perte de repères et où elle s'interrogeait sur les valeurs qu'elle souhaite voir prévaloir.

Est-ce si grave de faillir à sa tâche, notamment quand cela vient de personnes qui sont censées montrer la voie et servir d'exemple ? Aussi grave, sommes-nous tentés d'affirmer, qu'un manquement à son devoir.

Triste banalité : tromper l'opinion publique, c'est enclencher les susceptibilités entre les citoyens. Cela commence par une parole bafouée, un commentaire déplacé, une information non vérifiée. Et cela finit, tout au bout de cette chaîne, par tout ce qui rend aussi illégitime un manquement moral qu'une erreur caractérisée.

Il y a sur les réseaux sociaux une éducation différente qui engendre la dérive, qui étale au grand jour un malaise longtemps refoulé. L'intransigeance fait froid dans le dos. On se livre « une guerre » sans merci usant de tout. C'est tout simplement regrettable que des gens censés se montrer solidaires se laissent entraîner dans des considérations qu'on a du mal à cerner.

La conscience, le sens de la responsabilité, la bienveillance, la retenue sont autant de repères que les Tunisiens et les Tunisiennes devraient préserver, et même consacrer, surtout lorsque s'y installe la forfaiture avec tous les manquements qui en découlent. Et dire que face à la pandémie, chacun de nous est appelé à jouer un rôle essentiel dans l'affirmation d'une société plus humaine, plus solidaire.

Le ton est donné. Après l'inquiétude, le soutien et la solidarité. C'est aussi l'heure de combattre l'épidémie dans la sérénité et la confiance. On ne se défausse pas. La responsabilité de ce qui arrivera sera partagée. Personne n'est et ne sera à l'abri. Il faut montrer un autre visage. Après tout, il est des épreuves porteuses d'espoir... Et tant pis pour les contrariétés, les désappointements.

Les épreuves difficiles pourraient avoir quelque chose de bon lorsqu'on prend son mal en patience face à tous les tracas qui peuvent surgir à tout moment. Mais aussi lorsque les souffrances s'apaisent et que l'amertume se dissipe.

De la frustration, les personnes placées au premier rang pour combattre la pandémie en ruminent à chaque instant. Mais elles ne fuient jamais leurs responsabilités. Et si plutôt cela pouvait être ... bon signe ? Au-delà d'une situation qui fait mal, l'on devrait y avoir la certitude que la Tunisie peut être meilleure, qu'elle mérite encore plus, encore mieux. Et c'est bien ce sentiment qui devrait habiter tout un chacun.

Le combat que la Tunisie mène face au coronavirus pourrait faire un grand pas quand les différentes parties concernées assument le rôle qui leur incombe. Il ne faut pas, bien entendu, généraliser ce constat amer, mais il faut en prendre conscience et accepter de se regarder dans un miroir. Quoi qu'on en dise, nous sommes condamnés à travailler ensemble. Cette crise, si nous n'y prenons garde, pourrait céder à la confusion et l'imbroglio.

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