Sénégal: Covid-19 enfonce les «petits» metiers - Vendeurs, chauffeurs, apprentis et coxeurs dans le désarroi

Pour éviter la propagation du Corona virus au Sénégal, l'Etat a pris un certain nombre de mesures notamment dans les secteurs du commerce et du transport. Au niveau des gares routières, ces restrictions ont plongé dans un désarroi total les petits commerçants qui sont obligés de fermer boutiques ou de rester une journée entière sans vendre grande chose car, les lieux sont vidés de leur monde. Du coté des chauffeurs, apprentis et coxeurs, c'est le «chômage forcé». Parce qu'ils préfèrent stationnés les voitures plutôt que de réduire le nombre de passagers.

La mine triste, les mains sur le menton, elle guette avec désespoir un potentiel client. Installée depuis 8 heures dans ce garage qui d'habitude grouillait de monde à ces heures de la matinée, cette vendeuse de jus et de beignets ne sait plus à quel saint se vouer. Pas l'ombre d'un seul client. Elle se met à méditer sur son devenir et celui de sa famille si toutefois cette pandémie du Corona Virus perdure au Sénégal. Son commerce ne marche plus depuis un certain temps. Pire encore, avec les restrictions faites par le ministre du transport et son homologue de l'intérieur. Le garage qui se situe à la Patte d'oie faisant face au stade Léopold Sédar Senghor s'est complétement vidé de son monde. C'est pour cette raison que cette dame âgée de 45 ans a les yeux rivés sur sa bassine de beignets qu'elle sera obligée de ramener à la maison. Faute de clients.

«La situation qu'on est en train de vivre est très dure. Car, nous donnons la dépense quotidienne avec le peu que nous gagnons ici. Nous n'avons personne pour acheter nos produits. Vraiment, nous sommes très fatiguées. Rien ne marche actuellement alors que la location et les factures d'eau et d'électricité nous attendent», se désole-t-elle.

Selon cette habitante de Khaar Yalla, l'Etat devait trouver une autre alternative pour que les «Goorgoolu» s'en sortent. «Si on pouvait trouver une autre solution ça serait mieux. D'habitude, je descendais avec 30 mille ou 35 mille francs maintenant, on peut même ne pas descendre avec 10 mille francs. Je paye 1000 francs chaque jour un taxi pour le transport de mes bagages», confie-t-elle.

Tout comme cette dame, ce jeune homme qui tient une gargote à Colobane vit les plus durs moments de sa vie. Ne savant plus sur quel pied danser, il est assis, le dos au mur face à ses tables vides de leurs contenus.

«Les policiers nous ont sommé de fermer les boutiques. Désormais, ils interdisent tout ce qui est commerce au niveau des garages », nous informe Saliou Diallo. Très tendu, il ajoute : «si on ne travaille pas, on ne disposera pas de quoi se nourrir. J'ai investi tout mon argent sur les denrées que je dois utiliser pour préparer les mets que je vende. Maintenant, il ne me reste plus rien».

Plus loin, Ibrahima Diallo tient son tablier. Lui, il ne s'est pas plié à la mesure. Aussitôt après le départ des forces de l'ordre, il revient encore et étale sa marchandise. «Mon commerce ne marche plus. Je passe la journée à me tourner les pouces tout en se remettant au bon Dieu. On voit plus les clients.

Pire, on nous interdit de vendre au niveau du garage. Maintenant, nous allons laisser tout entre les mains de Dieu et prier pour que cette maudite maladie disparaisse le plus rapidement possible», soutient-il.

Trouvé dans l'enceinte de la gare routière de Colobane où le calme règne, Saer Sène en pleine conversation avec ses camarades chauffeurs et coxeurs confie : «c'est vraiment dur pour nous. Toutes les voitures sont stationnées. Parce qu'avec le nombre de personnes recommandées par le ministre, il nous est impossible de gagner quelque chose surtout avec la cherté du carburant. Face à cet état de fait, il n'y a rien à faire jusqu'à nouvel ordre puisque c'est la volonté du chef de l'Etat».

Ousseynou Cissé voit les choses autrement. Pour ce vieux chauffeur, il faut respecter à la lettre les décisions prises par les autorités dans le sens de combattre le Coronavirus au Sénégal. «Comme le ministère du transport et celui de l'intérieur se sont mis d'accord sur certains principes que nous devons respecter, nous ne pouvons que se soumettre à cette mesure. Nous allons surmonter cette étape car, la vie ainsi faite», indique-t-il.

A la gare routière de la Patte d'Oie, les chauffeurs et rabatteurs, sous un arbre, jouent à la belotte. Au même moment, les apprentis sont en train de dormir dans leurs cars. Eux aussi, sont en chômage à cause des restrictions prises par les autorités. «La situation est très critique. Nous n'avons plus rien à manger. Nous avons stationné les voitures alors qu'on a dépensé toutes nos économies. Maintenant, la seule solution c'est de trouver du crédit. Nous prions que ce fléau disparaisse une bonne fois partout dans le monde», prie, Ibrahima Séne.

Abondant dans le même sens, Mbaye Badiane lance : «Nous vivons une situation très difficile actuellement. Si à la place de 40 passagers, on nous recommande de prendre 20, nous perdons, car le gasoil est cher. Nous préférons ne pas travailler même si cela ne nous arrange guère !».

Plus de: Sud Quotidien

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