Guinée: L'état d'urgence entre en vigueur dans le pays

Toutes les frontières terrestres sont fermées, ainsi que les églises et les mosquées. L'opposition accuse Alpha Condé de profiter de la situation pour faire oublier les élections contestées

A l'instar de plusieurs pays d'Afrique, les autorités guinéennes ont aussi décrété l'état d'urgence pour contrer la propagation du coronavirus. Cette décision intervient au lendemain des violences qui ont fait plusieurs morts à l'occasion du déroulement des élections législatives et du référendum constitutionnel.

Ces deux scrutins ont été boycottés par l'opposition et leur crédibilité est mise en cause par l'Union européenne.

Selon le décret présidentiel diffusé sur les médias d'Etat, à partir de ce vendredi (27.03), toutes les frontières terrestres seront fermées, ainsi que les églises et les mosquées.

Seuls les transports de marchandises sont autorisés. Quant aux transports en commun, ils sont désormais limités à trois passagers par voiture et de sept à dix personnes par minibus.

Calcul politique ?

Les dispositions interdisent également tout rassemblement dans le pays. Mais l'opposition y voit une manière pour le président Alpha Condé de brider l'action Front national pour la défense de la Constitution.

Faya Milimono dirige le parti de l'opposition "Bloc Libéral" membre du Front.

"Nous savons que le coronavirus était déjà en Guinée quand il a fait courir un risque à l'ensemble des Guinéens en laissant le double scrutin se dérouler. Aujourd'hui, au pied du mur, il décrète cet état d'urgence non pas pour des raisons sanitaires mais pour des raisons politiques. Cela peut lui permettre de museler d'avantage l'opposition, le FNDC et surtout de cacher les preuves des crimes odieux qui sont en train d'être commis sur le territoire guinéen."

Depuis plusieurs mois, la Guinée est secouée par des manifestations contre un possible troisième mandat du président Alpha Condé.

Pour Sanso Barry, analyste politique du site ledjeli.com, la décision d'avoir recours à l'Etat d'urgence peut être une manœuvre visant à casser l'élan de l'opposition contre un probable troisième mandat du président Condé :

"Il est bien possible que derrière la décision du président il y ait cette envie, cette volonté de nuire aux activités de contestation de l'opposition. Mais en même temps, il reste à savoir si l'opposition, maintenant que les élections sont passées, n'est pas en train s'organiser, de réfléchir et de bâtir d'autres stratégies."

L'état d'urgence pendant au moins un mois

Pour sa part, Macka Baldé, vice-président des Nouvelles forces démocratiques, allié du pouvoir, estime qu'il est du devoir du président de protéger la vie des Guinéens face à la propagation du coronavirus :

"Je ne comprends pas qu'il y ait des opposants qui nous disent que ces mesures sont liées à une crise politique. Je pense qu'il faut être responsable car ce sont les mêmes mesures qui sont prises partout dans le monde."

La décision des autorités guinéennes d'interdire tout rassemblement dans le pays intervient au lendemain des violences post-électorales qui ont fait plusieurs blessées à Nzérékoré dans le sud du pays alors que selon la FIDH, les forces armées guinéennes, ont tiré à balles réelles sur les manifestants faisant plusieurs morts.

Ces actes ont été dénoncés par l'Union européenne qui estime par ailleurs que l'absence d'observation régionale et internationale reconnue remet en question la validité du processus.

C'est dans ces conditions que l'état d'urgence entre en vigueur pour un mois et pourrait être reconduit par la suite.

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