Tunisie: GAFSA /SAMU 06 - « Il faut sauver le soldat Rayan ... . »

27 Mars 2020

Dans une guerre menée contre un ennemi et de surcroît invisible, il n'est pas toujours une sinécure de tracer sa stratégie et à un moment ou certains veulent s'approprier le commandement, la réalité amère du terrain nous apporte une autre version des faits et nous renseigne sur les vrais guerriers positionnés en première ligne endossant l'uniforme d'un éclaireur .

Il s'agit des acteurs du service du SAMU 06 que nous étions allés voir dans leur QG, un bâtiment qui ne connait guère de répit depuis le déclenchement des hostilités.

Dans la ville qui a vu apparaître le premier cas du COVID 19 dans notre pays, Dr Khaled Sabrii, chef de service et ses troupes sont sur le qui vive, à l'attente dune sonnerie du 190.

Nous avions pu l'aborder pour découvrir la manière de mener une guerre qui est loin d'être gagnée. Avec des nerfs tendus, il nous parle d'un constat qui, à un moment ou nous sommes confinés, nous est inconnu surtout côté moyens mis à disposition et modalités d'intervention dans les cas suspects «depuis le 30 janvier, date de l'annonce de la pandémie par l'OMS ,et la décision du ministère de tutelle de charger les services du SAMU de pointer à la tête de l'attaque, nous nous sommes attelés à la tâche de préparer notre équipe à assumer cette lourde tâche à savoir ; manipuler le matériel de prélèvement et se protéger avec les combinaisons remises pour les circonstances »

La scène de se trouver devant le premier patient suspect et confirmé ultérieurement positif relève d'un passage du célèbre film de Francis Coppola (Apocalypse now).

Notre interlocuteur relate les faits «le facteur temps était capital lorsque nous avions reçu l'appel du concerné .Après avoir dressé le diagnostic, j'ai veillé à la préparation de l'équipe surtout qu'ils' agit de la 1ére intervention, et c'est le Dr Marouéne Essaies qui fut chargé de prendre le prélèvement avec un zeste de professionnalisme et que je tiens à saluer par l'occasion ,car force est d'admettre qu'il s'agit d'aller sur un champ miné pour neutraliser une bombe même si la panique en ce temps là n'a pas encore fait son effet dévastateur »

Le SAMU 06 rayonne sur tout le gouvernorat, ce qui implique des efforts répandus sur les régions limitrophes pour alerter les acteurs de la santé et les préparer à toute éventualité d'intervenir «des sessions de formation ont été accentuées dans les régions de Metlaoui et El Guettar pour la conduite à tenir devant des cas suspects »

Alors que nous prêtons l'oreille au chef de service, les appels téléphoniques ne cessent de bombarder le standard du SAMU.

Le 190 s'avère vaincu devant l'afflux des appels, et justement Dr Sabrii nous en parle de ce nerf de guerre «au début ,nous recevions entre 30 et 40 appels par jour mais ce nombre a connu ces derniers jours une augmentation fulgurante pour atteindre les environs de 500 appels quotidiennement des gouvernorats de Gafsa ,Tozeur et Kasserine ,ce qui m'a contraint à développer les lignes groupées pour passer de 2 à 4 »

Face à cet état de guerre, la première ligne est elle suffisamment équipée pour faire face à une éventuelle multiplication des cas «je ne peux me plaindre des équipements de protection surtout avec l'apport de l'unité de médecine d'urgence au ministère et le don de l'hôpital de Gafsa mais je risque que les provisions risquent d'être insuffisante en cas de complication surtout que la pandémie dans notre pays commence à prendre l'aspect horizontal d'autant plus que le pic est prévu dans un mois. Donc, il faut rationaliser l'usage et la consommation. Mais côté lacunes, il y a lieu de mentionner un manque au niveau du standard et des agents chargés des prélèvements sanguins. J'ai lancé un appel à l'hôpital de Gafsa mais la réponse se fait toujours attendre .J'ai trouvé refuge dans le volontariat de la protection civile .Intriguant de voir la cellule de crise formée au sein de l'hôpital de Gafsa faire la sourde oreille à nos appels pour nous épauler. Depuis 3 mois que nous nous démenions contre cet ennemi commun, ils ne nous ont pas tendu la perche ( ?!) . Depuis le début de l'état d'alerte, 50 prélèvements ont été effectués. L'unité ambulatoire de Metlaoui a mis la main dans le plat pour apporter son aide dans sa région. A l'hôpital régional de Gafsa, l'activité est réduite au strict minimum, ce qui aurait pu constituer une opportunité pour renforcer nos équipes et nous soutenir»

En somme, des héros à saluer, un chef de bataillon qui garde un calme olympien, mais une question se pose : à quand la conjugaison des efforts de toutes les paries prenantes dans cette guerre face à un ennemi commun, sinon la défaite sera fatale ... ...

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