Tunisie: Les chiffres ne disent pas tout

28 Mars 2020

Les choses bougent. La Tunisie est dans l'obligation d'évoluer rapidement dans sa stratégie de dépistage. Il est grand temps de passer d'un usage rationnel des tests à un dépistage massif.

En comparaison d'autres pays, comme l'Allemagne qui mène 160.000 tests en moyenne par semaine, ou encore la Corée du Sud qui compte 20.000 personnes prélevées chaque jour, seulement quelques centaines de Tunisiens sont dépistés au fil des jours, ce qui suscite des interrogations, notamment par rapport à ce qui se fait dans d'autres pays et au moment où l'Organisation mondiale de la santé ne cesse d'exhorter les Etats à passer à l'attaque en testant le maximum de cas suspects.

La politique d'anticipation que les autorités ont adoptée depuis l'apparition du Covid-19 dans notre pays - la dernière correspondance de l'OMS au gouvernement indique que « la Tunisie est près de maîtriser l'épidémie » - ne doit pas pour autant cacher une zone d'ombre liée tout particulièrement à un manque de logistique plus qu'une carence politique. Même en passant à la phase 3 du plan pandémie, la Tunisie ne possède pas toujours les moyens et les capacités de généraliser le dépistage à la même échelle que d'autres pays.

Il n'en demeure pas moins que les campagnes massives de dépistage s'imposent d'elles-mêmes, comme l'autorisation d'autres hôpitaux et les laboratoires privés à réaliser des tests de dépistage, la mise en place des kits nécessaires aux analyses dont les cotons-tiges à insérer dans le nez du patient, le réactif du test. Il s'agit de tests rapides d'une durée de 45 minutes et capables de détecter d'éventuels anticorps produits par l'organisme à partir du moment où il a rencontré le virus. L'objectif étant de délimiter les facteurs de risque au moment où le taux de contamination, qui est actuellement sur une pente ascendante, sera beaucoup plus en hausse dans les prochains jours.

Mais les chiffres ne disent pas tout. Aujourd'hui, il y a un véritable abus dans leur utilisation. Sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux, les constats, les statistiques et les prévisions se font sur la base d'une analyse préalable. Pas une émission ou un article sans que des chiffres ne soient cités, dressés comme preuve, affichés en démonstration. Une sorte de remplissage médiatique ? C'est possible.

On a aujourd'hui l'impression de faire face à des gens qui savent tout, qui nous bombardent d'une quantité de chiffres érigés en vérité absolue.

Certes, sans les statistiques, on ne peut tout voir, surtout en l'absence d'un outil qui permet de se tromper le moins possible. Il n'en demeure pas moins que nous en sommes régulièrement abreuvés pour un oui ou pour un non concernant l'utilité de ce genre de pratiques.

On peut analyser, mais on doit aussi rationaliser les données. La situation actuelle ne dépend pas uniquement des statistiques. Dans le volume d'utilisation des données, il y a matière à comparaison, mais pas dans l'explication totale de l'évolution du virus.

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