Sénégal: Priorité à la sensibilisation avec le COVID-19 - Commissaires, gendarmes et magistrats lèvent le pied

28 Mars 2020

Covid-19 oblige ! Pour éviter autant que possible les conduites devant le procureur et les mandats de dépôt qui engorgeraient davantage les prisons et accentueraient les risques de propagation du coronavirus, policiers, gendarmes et parquets priorisent la sensibilisation face aux délits mineurs. Cela fait que l'administration pénitentiaire se retrouve avec une dizaine mandats de dépôt à la place des 90 en moyenne.

La pandémie du coronavirus a sensiblement réduit le taux de criminalité. Un coup d'œil dans les violons de certaines brigades de gendarmeries et commissariats de police suffit pour en avoir le cœur net. Cette situation s'explique, entre autres, par le fait que des malfaiteurs ont décidé de mettre leurs activités délictuelles en veilleuse pour ne pas choper le virus s'ils se retrouvent derrière les barreaux. L'autre raison, c'est que les autorités judiciaires, pour les délits mineurs, mettent la pédale douce afin de réduire les risques de propagations du Covid-19 en milieu carcéral.

Commissaire central de Saint-Louis, le divisionnaire de classe exceptionnel El Hadji Bécaye Diarra explique que le premier soir du couvre-feu, ils ont interpellé 12 taximen. Dans leur majorité, ils ont soutenu qu'ils n'étaient pas informés. Ils n'avaient pas écouté la radio, ni regardé télévision pour entendre l'adresse à la Nation du chef de l'État et ils ont prolongé leurs courses jusqu'à 00 h. Les chauffeurs, qui ont passé la nuit au commissariat, ont été relâchés après que la situation leur a été expliquée. « Ils ont été briefés et diplomatiquement corrigés. Par la suite, ils ont même dit qu'ils seraient nos émissaires auprès des autres chauffeurs», s'est réjoui le commissaire Diarra. La deuxième nuit, c'était le calme plat.

Pour la nuit du 25 au 26 mars, il y a eu 4 arrestations et une mise en fourrière pour non-respect de l'état d'urgence. Toujours selon le divisionnaire, la politique pénale est sensible à la situation des détenus dans les prisons. Les audiences ont été suspendues pour 30 jours. « Imaginez que l'on continue de déférer devant le procureur, que la Maison d'arrêt et de correction les accueille, cela va poser un problème. On préfère, quand ce n'est pas méchant, les corrections pédagogiques. Les dossiers sont établis, on les laisse vaquer à leurs occupations et ils seront convoqués à nouveau à la fin de l'état d'urgence pour répondre de leurs faits. C'est une période exceptionnelle. Il faut aussi que les gens sachent que s'ils sortent dans l'intervalle du temps de couvre-feu, ils risquent des peines allant de deux mois à deux ans de prison et 500.000 FCfa d'amende », souligne le commissaire.

Par ailleurs, note notre interlocuteur, en période d'état d'urgence, les heures de garde-à-vue sont doublées et les forces de l'ordre peuvent entrer dans les maisons à tout moment et à toute heure.

Le divisionnaire profite de l'occasion pour attirer l'attention sur le cas particulier des habitants de Guet Ndar qui sont « trop nombreux dans des maisons ». Les confiner, risque de causer plus de problème qu'il n'en règle, estime-t-il.

«Ce serait trop facile que certains s'en sortent parce qu'il y a le coronavirus»

L'attitude de citoyens, à la limite anarchistes, qui défient les forces de l'ordre depuis que le couvre-feu a été décrété par le chef de l'État, en cette période de pandémie du Coronavirus, donne du fil à retordre à certains hommes de tenue. Joint au téléphone, un commandant de brigade de gendarmerie, dans une localité à l'intérieur du pays, regrette ce manque de civisme et avertit : «Quand on ne respecte pas les dispositions de l'état d'urgence, on doit être déféré devant le procureur. Le fait de ne pas conduire systématiquement ces suspects devant le parquet est une politique pénale, mais il va s'en dire que pour certains délits ou crimes, on ne peut pas échapper à la prison».

Substitut du procureur, notre troisième interlocuteur abonde dans le même sens : «C'est vrai que nous faisons plus dans la sensibilisation. Nos prisons sont déjà surpeuplées. Avec cette pandémie, il y a des risques réels de propagation en cas d'augmentation de la population carcérale. Nous tenons des audiences à huis clos, en respectant le dispositif sanitaire à l'entrée du tribunal et à l'intérieur de la salle. Nous sommes obligés d'avoir la main moins lourde, sinon, on ne s'en sortira pas. Mais ce serait aussi trop facile que certains qui ont fait des choses graves s'en sortent parce qu'il y a le coronavirus». N'est-ce-pas ?

L'ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE SOUFFLE

De 90, les détenus par jour passent à 10

La Direction de l'administration pénitentiaire (Dap), qui a aussi pris des mesures exceptionnelles face au Covid-19, a démarré le confinement de ses agents depuis le 25 mars. Le Cap manuel a été libéré pour servir de tampon et recevoir les nouveaux venus. Les détenus ont été transférés à Sébikhotane désormais fonctionnel. Toutes les autres prisons de Dakar sont fermées. Chez les femmes, les nouvelles sont envoyées en quarantaine au pavillon spécial de l'hôpital Le Dantec où il y a 2 quartiers qui n'ont jamais été occupés. Les visites familiales sont interdites. La grâce du mois d'avril, qui sera anticipée, permettra de désengorger, se réjouit notre source haut placée dans l'administration pénitentiaire.

«En vérité, c'est le garde des Sceaux qui a demandé au Parquet de lever le pied. Par exemple, pour cette journée du jeudi 26 mars 2020, le Tribunal de grande instance (Tgi) de Pikine-Guédiawaye n'a que 5 personnes déférées devant le procureur. Le parquet n'en a placé que 2 sous mandat de dépôt. Il a libéré les 3 autres. On ne place que les cas extrêmes. Cela veut dire qu'en amont, la police et la gendarmerie ont fait des efforts. À Dakar, le parquet a placé 10 individus sous mandat de dépôt et accordé la liberté aux autres. Ce qui fait que pour la journée d'aujourd'hui (le jeudi dernier), il y a eu 12 mandats de dépôt, là où il y en avait 90. C'est le contexte qui le demande».

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