Congo-Kinshasa: Covid-19 - Saintrick Mayitoukou en confinement au Sénégal

L'artiste Saintrick Mayitoukou se souvient de ses rapports privilégiés avec Manu Dibango. Il confie sa douleur et explique comment il passe sa période de confinement au Sénégal.

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Comment vivez-vous la période de confinement ?

Saintrick Mayitoukou (S.M.) : Devant cette épreuve mondiale, cette pandémie du coronavirus covid-19 qui paralyse l'ensemble de la planète, chacun de nous vit cet état de confinement à sa manière, à sa convenance. Nous, "travailleurs" des Arts de la scène, ainsi même que les sportifs, avons été les premiers privés de nos espaces de travail, donc de rentabilité. Mais je fais partie de ces artistes qui ne baissent pas les bras et non de ceux qui passent leur temps à dormir en attendant que ça se passe.

Je suis un créateur, et le confinement fait partie des atouts permettant de devenir encore plus productif. Alors, en plus de profiter de ma petite famille, j'écris beaucoup (romans, chansons, scénarii) ; je travaille les instruments (je me suis mis à la trompette depuis peu) et chante aussi. Je me penche sur plusieurs projets dans mon Home-studio. Je suis également très télé, donc je ne m'ennuie pratiquement pas, et, bien entendu, j'essaie de m'entretenir physiquement.

L.D.B. : En tant qu'artiste, quelles sont vos réactions à la suite de la perte des artistes Aurlus Mabélé et Manu Dibango ?

S.M. : J'ai eu des rapports privilégiés avec le doyen Manu Dibango que j'appelais affectueusement "Papa". Je l'ai beaucoup côtoyé, à Abidjan, à Yaoundé, à Dakar, à Paris, ou encore à Ouagadougou. Après le titre « Nous sommes les Tam-tams » du PNUD en 2005, notre relation nous avait amenés à sa participation pour un titre de mon album à venir très prochainement. Il avait même déjà tourné les parties du clip sur lesquelles il apparaissait. Je ne peux tout dire ici de nos anecdotes ; un ouvrage littéraire accompagnant ce nouvel album est en finition, dans lequel mon histoire avec Manu est évoquée. C'est donc dire à quel point j'ai été ébranlé par la nouvelle de son décès. Même si nous avions su qu'il était touché de l'infection, nous croyions fortement qu'il s'en sortirait, et non pas à cette fatale issue.

Honnêtement, j'ai encore à ce jour du mal à le réaliser malgré les photos de son inhumation en toute intimité. Ma seule consolation est que Manu Dibango, avant son départ, m'a laissé ma part d'héritage, à charge pour moi de la fructifier en lui rendant éternellement Hommage. Mais bien entendu, à peine quelques jours avant le doyen, la nouvelle du décès du grand frère Aurlus Mabélé m'avait déjà fortement peiné. Même si je le savais déjà souffrant depuis quelques années suite à un AVC, l'annonce de son départ a quand-même été triste et désolante du fait qu'il soit lié au coronavirus.

Aurlus Mabélé a été un très grand artiste, un précurseur avec lequel j'ai eu à partager deux moments particuliers. D'abord en 1992 avec cette fameuse scène de l'émission « Cap sur le Congo » CFI/TV Congo, où il avait terminé sa prestation dans la piscine de l'hôtel Méridien de Brazzaville. J'avais participé à cette émission. Et deuxièmement, notre dernière rencontre à Paris en juillet 2008 au moment où nous allions voir son regretté manager Jean Pierre Mendy qui l'a devancé dans l'au-delà. Nous avions marché dans Paris pendant près de 2h, et il m'avait, ce jour-là, donné sa bénédiction et son au revoir.

C'est difficile de voir nos grands frères et doyens partir à cette époque de confinement qui nous prive de leur rendre hommage en temps réel, au moment où notre douleur est encore vive et nos émotions encore fraîches.

L.D.B. : Avez-vous un message ?

S.M. : Nous vivons actuellement une situation historique, parce que jamais de notre ère moderne une pandémie n'avait réussi à paralyser le monde entier. Pour gagner ce combat contre le coronavirus, la première des choses à faire est de respecter toutes les consignes données par les États. Mais il est important de garder notre foi, notre espoir et surtout éviter d'alimenter nos angoisses qui ne peuvent que nous précipiter dans la psychose.

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