Burkina Faso: Mise en quarantaine de Ouaga - Mélange d'application stricte et de sensibilisation

Entrée en vigueur depuis le 27 mars à 5h du matin, la mise en quarantaine des villes ayant enregistré au moins un cas de coronavirus a surpris de nombreux voyageurs qui étaient sur les routes. A Ouagadougou, nos reporters se sont rendus aux sorties ouest et nord de la ville où les FDS faisaient parfois preuve de souplesse pour « sauver » certains usagers au premier jour de la quarantaine.

12 h après l'entrée en vigueur du bouclage des villes touchées par le Covid-19, une de nos équipes s'est rendue près du poste de péage de Yimdi sur la route nationale numéro 1. Là, les agents de la Police ont érigé deux barrières pour le contrôle. Des hommes de la Brigade anti-criminalité (BAC) vérifient minutieusement les autorisations avant de permettre à des véhicules et à des motocyclettes de quitter Ouagadougou. De l'autre côté, ceux qui désirent rejoindre la capitale sont de plus en plus nombreux. Alakomi Barro et sa famille qui sont allés inhumer un proche n'ont pu convaincre les FDS qui les ont empêchés de rentrer chez eux. « Il refuse même de lire ces papiers qu'on nous a délivrés.

On a franchi des postes de gendarmerie dans les Balé jusqu'ici sans être stoppés », a-t-il rappelé tout en gardant son sang-froid. Comme M. Barro, ils sont nombreux à avoir quitté leur lieu de travail à Bingo, Tanghin-Dassouri, Komki Ipala ou Kokologho mais impossible d'entrer dans la ville de Ouagadougou. Ne sachant plus quel argumentaire avancer, ils ont formé un groupe et chacun va tenter à tour de rôle sa chance. Sous nos yeux, un binôme à motocyclette, à vive allure, sur le bas-côté de la voie, échappe à la vigilance de la sentinelle. Les deux hommes sont très vite interceptés par les FDS qui contrôlent les sorties de la capitale. Les deux inciviques rejoignent manu militari le poste à coups de matraque.

Selon le lieutenant Justin Bationo, le travail se déroule sans problème. « Depuis 5 heures du matin, certains usagers acceptent difficilement de se conformer au respect des nouvelles règles, certains estimant n'être pas informés. L'une des raisons avancées est l'entrée en vigueur brusque de la mesure de quarantaine. Mais au fur et à mesure avec la sensibilisation les populations vont coopérer », a-t-il conclu.

Sont autorisés à passer, selon le chef de poste Bationo, les camions de transport de marchandises, de produits de première nécessité. « Les personnes possédant des laissez-passer sont autorisées à circuler. C'est dans l'intérêt de tout un chacun, ce que nous faisons. Le sacrifice est collectif et individuel », a-t-il confié en précisant que pour des besoins médicaux également il ne s'oppose pas à ce que des habitants des villages environnants rejoignent la capitale afin de se procurer des produits pharmaceutiques.

C'est tout remonté après avoir emprunté les sentiers tortueux parallèles à la RN1, que cet agent de l'Union des chauffeurs routiers du Burkina Faso (UCRB), Idrissa Simporé, a exprimé son mécontentement. « Nous travaillons à Bingo sur le site de dépotage de la SONABHY où nous allons récupérer les bons de la SONABEL que nous rapportons quotidiennement en ville. Ce matin quand on passait, il n'y avait aucune barrière. A l'heure de la descente, on nous empêche de retourner à Ouagadougou, chez nous », explique-t-il, tout furieux ajoutant qu'il n'a même pas eu l'occasion de placer un mot face à l'élément de la BAC qui l'a arrêté. « On nous refoule comme des animaux. Nous sommes tous des Burkinabè et personne ne décide de contaminer délibérément les autres. Sans carburant, les turbines qui produisent l'électricité vont s'arrêter de tourner ». Et de conclure: « Tanghin-Dassouri et Ouagadougou forment une seule entité ».

Une mesure au cas par cas

Peu avant le péage de la sortie nord de Ouagadougou, le dispositif du poste de contrôle de police n'a pas bougé. Les nombreuses vendeuses qui gagnaient leur pitance quotidienne en poursuivant à grandes enjambées, les mains chargées de fruits et légumes, les usagers de la voie, se sont volatilisées. Plus personne ne gravite maintenant autour des policiers qui se tournent presque les pouces. Au poste de péage, on n'a plus non plus affaire au fourmillement habituel. Durant notre présence, la barrière ne s'est levée que deux fois pour faire passer des véhicules, leurs conducteurs se sont acquittés de la taxe comme si de rien n'était. « Moi je m'occupe uniquement du péage, le contrôle se fait par la gendarmerie devant », nous explique le péagiste, lorsque nous lui rappelons la décision de mettre des villes comme Ouagadougou en quarantaine. Nous poursuivons donc notre chemin avant d'être stoppé à environ un kilomètre de là par un solide pandore, qui arrête tous ceux qui viennent dans sa direction. Après des échanges avec le militaire, un automobiliste est contraint de rebrousser chemin. Deux femmes à moto, stationnées au bord de la voie, l'air abattu, scrutent cette route qui leur est maintenant interdite. Les camions de transport de marchandises continuent, eux, leur chemin sur présentation des documents nécessaires.

Selon le chef de poste, Sami Tioyé, depuis 5 heures, son équipe veille à l'effectivité de la décision gouvernementale. « Plus personne ne rentre ni ne sort », comme l'a proclamé le ministre de la Communication, Rémis Dandjinou. Mais la mesure n'ayant pas été accompagnée de précisions, les FDS font preuve de souplesse dans son application et privilégient la sensibilisation. Ce n'est pas en effet une frontière hermétique que nous avons trouvée. Trois jeunes policiers quittant Ouagadougou pour Arbollé, expliquent par exemple être venus dans la capitale toucher leur paie. Ils obtiennent quitus pour quitter la ville. Notre introducteur nous informe que dans la matinée, ils ont du faire face à de nombreux fonctionnaires venant à Ouagadougou pour recevoir leur salaire. Difficile dans cette situation de les refouler.

La décision ayant surpris tout le monde, les agents disposant d'ordres de missions bénéficient également de dérogation. Parfois, c'est sur parole que certains usagers obtiennent des gendarmes le droit de poursuivre leur route. C'est le cas de ceux qui affirment se rendre ou revenir de funérailles ou d'enterrements. « On ne peut pas vérifier si ce que la personne dit est vrai mais on est en Afrique, si tu mens sur un cadavre ... », avance le chef pandore. La particularité de cette route, tient à préciser le gendarme, c'est que le péage est situé à l'intérieur de la ville. Tout autour, il y a des habitants. Les riverains continuent ainsi de circuler librement au-delà du péage et du poste de contrôle par des chemins détournés. Le risque, reconnaît-il, c'est qu'il est difficile de savoir qui est riverain et qui ne l'est pas.

Les mêmes scènes d'usagers prenant des sentiers détournés pour regagner la capitale ont été observées sur la RN3 aux environs de Loumbila. Un communiqué du gouverneur de la région du Centre publié le 28 mars est venu préciser les limites de la zone concernée par la mise en quarantaine.

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