Sénégal: Alboury Lakh ancien international- L'ex « roi du terrain » devenu président d'un club de foot

29 Mars 2020

Ancienne terreur des défenses adverses, Alboury Lakh est aujourd'hui le président du club de football d'Africa Promo Foot qui évolue en Ligue 2. De l'Us Rail aux pays du Golfe en passant par le Jaraaf ou le Psg, le natif de Thiès en a martyrisé des défenseurs. Depuis quelques années, il s'emploie à renvoyer l'ascenseur au foot et à aider ses cadets à se faire une place au soleil.

« Alboury, roi du terrain » ! C'est ainsi que l'excellent journaliste Jean Marc Diakité avait titré son article dans « Le Soleil » rendant compte d'une performance Xxxl de celui qui était l'attaquant vedette du Jaraaf, vers la fin des années 1980. L'intéressé s'en souvient parfaitement. « C'était face à l'Us Gorée et j'avais inscrit un triplé. D'ailleurs, à chaque fois que je croise Aly Sahély qui était alors le portier des Insulaires, je le lui rappelle pour le chambrer », témoigne Alboury Lakh rencontré chez lui à Thiès.

Des gardiens de but, le gaillard en a beaucoup martyrisé durant sa carrière, de l'Us Rail qui l'a révélé lors de la saison 1986 - 1987 où il avait fini meilleur buteur de la D1 (avec 14 réalisations) au club qatari d'Al Saad Sc en 2000 - 2001. Des doublés, des triplés et même des quadruplés, il en a claqué à la pelle ! C'est à Thiès donc que les dirigeants du Jaraaf avaient été le prendre en 1987. Et même s'il n'y a fait qu'une saison et demie, il a eu le temps de finir encore meilleur buteur. « Je jouais juste pour le plaisir. Le Jaraaf ne m'a jamais payé de salaire », rappelle-t-il aujourd'hui, soulignant au passage que la seule condition alors fixée par son père pour son « transfert » chez les Vert et blanc, c'est qu'il pût poursuivre ses études. Et il en fut ainsi puisqu'Alboury a décroché son bac en 1989.

Mais, un tel talent ne pouvait faire vieux os dans ce championnat amateur du Sénégal. Et c'est le Paris Saint-Germain des Oumar Guèye Sène, Joël Bats, Antoine Kombouaré et autres Safet Susic, qui l'enrôla dans la foulée (1989 - 1991). Cependant, « handicapé par une pubalgie tenace », l'avant-centre qui a fait ses débuts au Tec, puis au Cot et à l'Otec (à la fusion des deux précédents clubs) y est resté une saison sans jouer. « C'est pourquoi j'avais choisi d'aller me relancer à Châteauroux en L2 française entre 1991 et 1993 », signale ce Thiessois qui pense que sans cette méchante blessure, il aurait eu une carrière à la dimension de son grand talent. Alboury Lakh n'est cependant pas du genre à pleurer sur son sort. Surtout que celui-ci peut être enviable à bien des égards. Car, après la France, il a poursuivi sa « razzia » dans les pays du Golfe où en plus des lauriers, il s'est fait un nom. Si bien que, soutient-il en riant, « au Qatar, dès que tu dis que tu es Sénégalais, on te demande si tu connais Alboury ».

L'Arabie saoudite avait été son premier terrain de chasse dans le Golfe (1993 - 1994 à Al Wahda en D1 et 1994 - 1995 à Al Wadiya en L2). Après, il a fait admirer ses talents de buteurs et continué à malmener défenseurs et gardiens de but adverses de 1995 à 1998, à Al Ahly, au Qatar donc, où, deux saisons de suite (1996 - 1997 et 1997 - 1998), il a été meilleur artificier. Le nombre exact de buts ? « Je ne me souviens pas totalement, tant j'en ai marqué. Mais ça va chercher dans la trentaine par saison », lâche-t-il. Un palmarès quelque peu « terni » par la finale de coupe du roi perdue (1997 - 1998) ... malgré ses 3 buts face à Ittihad d'un certain Moussa Ndao (3 - 4), se rappelle-t-il en se marrant. Son tour du Golfe a ensuite poursuivi le natif de Thiès qui aura 53 ans le 23 avril prochain, aux Émirats arabes unis, sous les couleurs d'Al Wahda. « En 1998 - 1999, j'ai été champion et meilleur buteur. La saison suivante, j'ai également été meilleur buteur et ai remporté la coupe du roi », détaille-t-il. Et 2000 - 2001, Alboury Lakh a arrêté les dégâts au club d'Al Saad Sc du Qatar.

Autant de faits d'armes qui lui avaient logiquement ouvert les portes de l'équipe nationale de 1987 à 1992, sous le trio Jo Diop - Mawade Wade - Gaucher puis sous Youssou Touré et avec Claude Le Roy. « Aujourd'hui, avec la fréquence des matches, j'aurais compté une cinquantaine de sélections. Mais je dois en avoir eu une quinzaine », reconnaît-il sans amertume aucune.

De beaux restes

Mais s'il avait rangé ses godasses (et encore, parce qu'il démontre régulièrement qu'il a de beaux restes balle au pied), il n'avait pas pour autant quitté le monde du foot. De retour au pays, il s'est mis sous l'aile de Souleymane Camara « Gaucher » comme entraîneur adjoint à l'Us Rail. Puis, il a exercé à Mbakhane et encadré des Asc aux Navétanes. « Après un parcours de 13 ans dans le professionnalisme, il me fallait partager mon expérience avec les plus jeunes », explique-t-il. C'est pourquoi, avec des amis, il a lancé le club d'Africa Promo Foot, aujourd'hui pensionnaire de la Ligue 2. « Notre objectif était de créer un club avec de nouvelles idées. Beaucoup de jeunes voulaient abandonner les études pour opter pour le football. Moi, je m'y suis opposé », soutient-il. Pour proposer quoi à ces jeunes ? « Des activités socio-éducatives, culturelles et sportives à travers des camps de vacances », répond-il. « Nous avons ainsi pu organiser 10 camps de 10 jours à deux semaines chacun, en 3 ans pour environ 300 enfants », détaille-t-il.

Et en 2011, Alboury Lakh et ses amis ont jugé opportun de franchir un autre cap. « Nous avons alors cherché une reconnaissance et une affiliation à la Fsf ». Et depuis, Africa Promo Foot est passé de la Division régionale à la Ligue 2 où elle évolue depuis 4 saisons, même si elle est mal partie à mi-parcours (13ème sur 14 avec 8 petits points, un de plus que la lanterne rouge, le Port, et à 5 longueurs de Thiès Fc, antépénultième). Qu'importe, Alboury Lakh, président du club, est surtout motivé par son envie de « renvoyer l'ascenseur » au football qui lui a tout donné et en a fait un homme respecté.

« J'engage mes fonds propres parce que c'est un sacerdoce pour moi. J'ai décidé d'investir et de m'investir pour faire marcher quelque chose », soutient-il en appelant les anciens footballeurs de haut niveau de s'impliquer comme lui et Amara Traoré, par exemple, l'ont fait. « C'est notre devoir de faire quelque chose pour la postérité. Notre football a besoin de l'expertise de tous, car la discipline a beaucoup évolué par rapport à notre temps », conseille-t-il. Il tacle gentiment au passage la formation actuelle qui produit « des joueurs qui veulent devenir pros et à qui il faut apprendre le B A BA ».

En tout cas, lui, Alboury Lakh a préféré ne pas exercer comme entraîneur, bien qu'il révèle avoir ses diplômes de 1er et 2ème degrés et les licences C et B de la Caf. « Ce qui m'aurait permis de coacher en championnat pro. Mais, je ne cours pas après l'argent. Sinon, je serais resté au Qatar. Je veux juste aider les jeunes à percer dans le football ». Un peu comme lui qui a bel et bien réussi sa carrière et (déjà) aidé certains autres footballeurs sénégalais qu'il avait imposés à ses employeurs dans différents clubs où il est passé dans le Golfe.

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