Afrique: Élections et COVID-19 – Que peut faire l'Afrique de l'Ouest pour parer aux difficultés ?

Élections et COVID-19
analyse

Le coronavirus (COVID-19) frappe quasiment partout dans le monde. Minute après minute, nous sommes assaillis d’informations sur la propagation du virus et ses défis sanitaires, sur la façon dont les pays réagissent ou devraient réagir pour prévenir la propagation et aplatir la courbe, et sur ses implications sociales, économiques et politiques immédiates et futures. Le virus a commencé sa progression en Afrique, avec des réponses variées d’un pays à l’autre (allant du confinement aux états d’urgence ou les deux à la fois). Si de telles mesures sont en effet nécessaires dans une perspective de santé publique, qu'en est-il du point de vue politique, surtout en Afrique de l'Ouest, une région déjà embourbée dans une sorte de crise politique et sécuritaire, et où des élections cruciales sont en vue ?

En Afrique de l'Ouest, cinq élections présidentielles (Côte d'Ivoire, Ghana, Guinée, Burkina Faso et 1er tour au Niger) devraient avoir lieu au dernier trimestre 2020 et deux (hors un éventuel 2e tour au Niger) au premier trimestre 2021 (Bénin et Gambie). Contrairement aux élections législatives et locales qui sont "plus faciles" à reporter comme le montrent plusieurs exemples récents à travers l’Afrique (Guinée, Mali, Tchad, Cameroun et Sénégal), le report des élections présidentielles est souvent source de débats et de contestations politiques. En outre, dans certains de ces pays (Niger, Côte d’Ivoire et Guinée), les présidents sont à la fin de leur 2e mandat et le report des élections est généralement perçu comme un allongement déguisé du mandat et pourrait conduire à la violence et à l’instabilité politique. Enfin, de nombreux pays (Bénin, Burkina Faso, Guinée, Côte d'Ivoire, Niger et Gambie) sont déjà confrontés à des tensions sécuritaires et politiques qui peuvent être aggravées par la décision de maintenir ou de reporter les élections présidentielles à venir. Avec les difficultés découlant de la crise en matière de santé publique liée au COVID-19, quelles sont les perspectives et à quoi les pays devraient-ils prêter une attention particulière ?

Si certains pays décident de reporter les élections présidentielles en vues, il serait important qu’ils entament un dialogue politique inclusif dès que possible afin de décider de manière participative des aménagements nécessaires à apporter au calendrier électoral. Les échanges devraient porter aussi bien sur la phase préparatoire des élections (e.g. l'inscription des électeurs, la conduite de la campagne électorale, le processus de passation des marchés pour l’acquisition du matériel électoral) ainsi que sur les nouvelles dates des élections elles-mêmes. Des organisations régionales telles que la CEDEAO et l'UNOWAS pourraient faciliter les processus de dialogue dans certains pays (e.g. Guinée) qui vivent déjà des tensions politiques. Cela éviterait à ces pays d’ajouter un conflit politique à la crise sanitaire liée au COVID-19.

Au cas où certains autres pays décideraient de maintenir leur calendrier électoral malgré la crise du COVID-19, il est impératif qu’ils prennent des mesures spéciales de santé et de sécurité à l’image d’autres exemples à travers le monde. Par exemple, en Israël, les agents électoraux portaient des vêtements de protection et des bureaux de vote spéciaux (bâches en plastique) étaient aménagés pour les électeurs fraichement revenus des pays touchés par le COVID-19. En Corée du Sud, « les électeurs devraient se laver les mains avant de se rendre au bureau de vote et porter des masques … En outre, les électeurs doivent se tenir à distance les uns des autres et s’abstenir de discuter dans ou en dehors du bureau de vote ». Dans d'autres pays, le vote se fera par la poste. En outre, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis a publié une liste de recommandations pour les bureaux de vote à l’heure du COVID-19. Elles portent sur des actions préventives à l’intention des agents des bureaux de vote et du grand public avant et pendant le scrutin. Elles comprennent également des recommandations sur la manière de voter par voie postale.

Ces exemples et bonnes pratiques peuvent servir de sources d’inspiration aux gouvernements d'Afrique de l'Ouest et pourront être adaptés à notre contexte, en vue des prochaines échéances électorales. La société civile de la région a également un rôle essentiel à jouer, par exemple en documentant et en donnant l’alerte sur les mesures qui violeraient les droits civiques et politiques. La préparation sera essentielle et les organes en charge de la gestion des élections, les gouvernements et l'opposition devraient tous commencer à réfléchir aux meilleures pratiques pour non seulement garantir l'intégrité du processus électoral (au cas il serait maintenu), préserver la santé publique et le bien-être des citoyens, mais également veiller à ce que nos pays ne soient pas en proie à la violence et aux conflits.

Coordonnatrice de Programme, Programme de Gouvernance Politique et de Consolidation Démocratique à OSIWA

Administrateur de Programme, Programme de Gouvernance Politique et de Consolidation Démocratique à OSIWA

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.