Sénégal: Moustapha Kane, chef de la division éducation au service national de l'hygiéne, sur la lutte contre covid-19 - «Nous avons identifié des activités dans notre plan d'action et ce sont des interventions à l'échelle nationale»

Le Service national d'hygiène est bien présent dans la réponse au coronavirus qui s'est déclaré au Sénégal depuis le 02 mars. Selon l'ingénieur du génie sanitaire, chef de la division éducation à l'hygiène au Service national de l'hygiène, Moustapha Kane, les interventions sont présentement stratégiques, à savoir l'orientation dans les centres de traitement, la désinfection des locaux des cas suspects et confirmés mais aussi la reconnaissance de cas.

Toutefois, le technicien soutient qu'il n'est pas exclu avec l'évolution de la maladie que le Service d'hygiène passe à une étape supérieure de la réponse, à savoir la désinfection à grande échelle dont le saupoudrage. EntretienLa population ne sent pas l'implication du Service d'hygiène dans la réponse au coronavirus ? Qu'est ce qui l'explique?Tout d'abord, nous avons une implication stratégique dans la riposte au coronavirus. Nous intervenons au niveau des centres de prise en charge pour la désinfection des locaux où se trouvent les malades du fait que le virus peut être dans l'air ou au niveau de ces lieux. Nous aidons aussi les prestataires de santé à se désinfecter. Je pense que la première des choses à faire, c'est de protéger le personnel médical qui est en contact direct avec les cas confirmés par les soins et le Service d'hygiène est bien présent. Nous les assistons pour se déshabiller parce qu'il y a des procédures à respecter pour ne pas être contaminé, se laver les mains, se désinfecter. Et cette intervention est valable dans tous les centres de traitement du pays, à Dakar avec Fann et Diamniadio, a Touba et Ziguinchor. A ce niveau de la réponse, les populations ne peuvent pas sentir la présence du Service d'hygiène dans la lutte contre Covid-19 parce qu'elles ne vont pas fréquenter ces lieux que nous couvrons.

Qu'est ce qui est fait au niveau communautaire ?

En dehors du travail que nous faisons dans les centres de traitement, dans la communauté, nous participons à l'investigation des cas. Quand il y a un cas suspect ou un cas confirmé, nous cherchons toutes les personnes-contacts et ensuite le Service d'hygiène procède à la désinfection de leurs domiciles. Le Service d'hygiène envoie une équipe pour sensibiliser les habitants, donner les conseils d'hygiène aux membres de la famille. Ces aspects aussi, les gens ne peuvent pas les voir parce que c'est un peu spécifique.

Au niveau de nos régions, nous ciblons les gares routières. Si on prend comme exemple la gare routière des beaux maraichers de Dakar, le Service d'hygiène a placé des dispositifs de lavage des mains en mettant des équipes qui sensibilisent les voyageurs sur les risques de la maladie. Et ce dispositif est antérieur à la mise en place des mesures préventives au coronavirus édictées dans la réponse. Nous ciblons aussi les marchés et nos brigades d'hygiène dans les régions y interviennent à travers la désinfection, la sensibilisation et la mise en place des mesures préventives.

Avec l'évolution de la maladie, est-ce qu'on peut s'attendre au retour du Service d'hygiène dans les interventions à grande échelle comme le saupoudrage ?

Il faut s'y attendre, parce que c'est le développement des choses qui va dicter un peu les stratégies à prendre dans la lutte. Peut-être qu'on ne peut pas toute de suite aller à ce niveau d'activités mais nous suivons un peu le développement. Ce n'est pas exclu. Nous avons identifié des activités dans notre plan d'action et ce sont des interventions à l'échelle nationale. C'est pour vous dire que le Service d'hygiène s'est préparé et avant même la déclaration du premier cas confirmé de Covid-19. Depuis que la maladie était en Chine, on savait déjà ce qu'il fallait faire et on a démarré par des activités de communication. Aujourd'hui que la maladie s'est déclarée, nous avons intensifié la réponse et dès qu'on a eu aussi des cas communautaires, on a su que si cela devait évoluer au niveau de la communauté, nécessairement il faudrait rapidement arriver à des interventions à grande échelle pour rompre la chaine de transmission.

Qu'est ce qui est prévu dans l'immédiat ?

Dakar a prévu samedi normalement de faire une grande opération de désinfection. On va identifier les endroits les plus stratégiques. C'est un travail qui vient de commencer et certainement, on va l'étendre dans toutes les régions si nécessaire. Si vous voyez même en Chine, si vous suivez un peu le développement du coronavirus, en fin d'épidémie, ils sont en train de procéder à une désinfection à large échelle pour effectivement faire en sorte que s'il y avait peut-être des virus éparpillés par ci et par là, que ces opérations de désinfection puissent véritablement les éliminer. Vous voyez que c'est en ce moment-là qu'ils sont en train de faire des opérations de masse et comme on est nouveau, on s'inspire de la Chine, de ce qui est en train de se faire et même l'Europe fait pareil.

Etes-vous appuyés dans vos interventions par les autres forces de défense, eu égard à la propagation du coronavirus qui se fait de manière rapide ?

Effectivement. Quand on a pris la décision de fermer les frontières, nous avons formé toutes les forces de défense et de sécurité pour intervenir à temps réels dans la réponse. Nous avons des équipes d'hygiène au niveau des frontières aériennes comme terrestres et l'expérience même dans la lutte contre le virus Ebola nous a montré que véritablement, une intervention pour vaincre l'épidémie doit être multisectorielle. En ce qui concerne la fermeture de l'aéroport, on s'est rendu compte qu'il y a des gens qui passaient par les frontières terrestres, raison pour laquelle nous avons mis des surveillants dans ces zones comme Karang, Rosso, Matam. On a des équipes à Ziguinchor qui œuvrent dans le cadre de la sensibilisation, du contrôle des frontières, afin d'éviter de faire rentrer des gens dans le pays pour créer des problèmes.

Qu'en est-il des contrôles habituels dans les boutiques et les marchés sur les condiments?

On n'a pas cessé les contrôles habituels qui se faisaient au niveau des marchés. D'ailleurs, ils ont été renforcés, bien qu'il n'ait pas été établi que le virus soit transmis par les aliments, mais ce sont des endroits d'affluence et il faut également prendre des mesures. Dans ce sens, les communes nous ont suivis sur beaucoup d'aspects, à savoir définir les heures d'ouverture et de fermeture des marchés. Ces différentes mesures permettent surtout dans ces endroits de minimiser les possibilités des transmissions. En dehors du traitement des domiciles des cas suspects, nous continuons aussi la sensibilisation comme l'importance de se laver les mains, de se référer rapidement à une structure de santé quand on présente les signes de Covid-19 et nous distribuons également des kits d'hygiène qui se composent notamment d'eau de javel et de savons dans le souci d'aider les populations à se conformer au respect des règles d'hygiène.

Sept (7) milliards seront dégagés par le gouvernement du Sénégal pour permettre au Service d'hygiène de redorer le blason de la prévention. Cette information a été livrée par l'ingénieur du génie sanitaire, chef de la division éducation à l'hygiène au Service national de l'hygiène, Moustapha Kane. Pour ce dernier, le Président de la République, par le communiqué du dernier Conseil des ministres, a insisté pour que les moyens du Service d'hygiène soient renforcés et que le Service d'hygiène soit beaucoup plus outillé et performant. « C'est une importance du plus haut niveau et le ministre de la Santé, en vue de notre plan de stratégie, a promis qu'une enveloppe de 7 milliards a déjà été décaissée pour renforcer le Service national d'hygiène» a-t-il avancé. Aujourd'hui, comme l'adage le dit si bien, derrière un malheur se cache une bonne action, cette subvention va permettre au Service d'hygiène de retrouver son lustre d'antan. Selon M. Kane : « on garde l'espoir que cette épidémie que nous vivons est le moment pour renforcer la capacité des Services d'hygiène. Les décisions qui ont été prises nous confortent dans l'idée que le service sera renforcé et qu'après cette épidémie, il reprendra sa place dans le dispositif de prévention et d'alerte ». M. Kane a aussi renseigné que beaucoup de leur personnel sont à la retraite et que des initiatives pour renforcer les équipes seront prises à travers le recrutement de personnel et l'acquisition de matériel.

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