Sénégal: Des mots sur des maux / Par calame - Retour sur soi !

Avec le Coronavirus, nous faisons face à une menace inédite, sans une expérience sur laquelle s'appuyer, sinon celle qui se déploie sous nos yeux, dans la brutalité de son actualité.

Voilà une pandémie qui a cours dans notre monde mondialisé, n'épargnant ni les Etats, ni les puissances qui pensaient avoir érigé autour d'elles, des forteresses imprenables.Dans son invisibilité mortifère, profitant avec cynisme de la grande mobilité des hommes et des femmes de toutes conditions, le microbe se propage un peu partout, après avoir pris pour cible la Chine et les grandes puissances occidentales. Ne faisant dans aucune forme de discrimination, il se dissémine, attaquant au passage les pays moins nantis du Sud qui se croyaient préserver.

Ainsi, la peur et les angoisses qui en découlent, de même que les ripostes proposées sont-elles bien globales, comme pour exprimer de manière subliminale la nostalgie d'une planète apaisée, faite d'entraide et de solidarité, de compassion et d'empathie. Avec en ligne de mire le bonheur et l'épanouissement de l'être humain, quelle que soit sa condition. Et pourtant, il est bien interdit de rêver.

Le confinement et la fermeture des frontières nous rappellent encore, si besoin en était, l'égoïsme des Etats, plus prompts à défendre leurs intérêts, à se bunkeriser qu'à s'ouvrir. Aussi, peut-on s'interroger sur les moyens colossaux que le Sénégal est en train de déployer depuis quelques jours, sur fond de théâtralisation ubuesque autour d'une prétendue union nationale avec le défilé incommodant de personnalités politiques, syndicales, de la société civile, au palais de la République.

L'état d'urgence sanitaire faisant dans l'entre-deux, à la sénégalaise, mi-figue, mi-raisin, dans une ambiguïté piégée par des calculs politiques, si ce n'est la peur de prendre le taureau par les cornes. Encore qu'il est possible de penser que sur ce registre, la raison a quelque peu prévalu. Comment en effet confiner, à la chinoise, à l'talienne, à l'espagnole ou à la française, une population dont plus de 90% de ses habitants sont dans l'aléatoire de l'informel ? Dans le « debeul-debeul », cette forme de grande débrouille qui se débat avec les démons de l'incertitude. Il en va ainsi de se lever le matin et circuler dans la rue pour espérer rencontrer une âme charitable, proposer dans la rue de petites choses à vendre, vivre dans la rue transformée en une maison qui a l'immensité du ciel pour toiture.

Cette occupation de la rue, notamment à Dakar, lieu de concentration de toutes nos détresses, nous dit quelque part nos manquements à quelques jours du 60ème anniversaire de notre indépendance. Il serait donc salutaire que cette unité nationale autour du Coronavirus qui a vu une mobilisation à nulle autre pareille de l'Etat puisse se poursuivre parce qu'elle nous montre la voie. A savoir que nul monstre ne peut être terrassé sans une forte détermination. Et nos monstres à nous, qui ont eu l'impertinence de se circonscrire dans nos petits espaces ont pour noms : le paludisme qui tue annuellement plus de 450.000 personnes au niveau mondial dont 93% en Afrique, avec les enfants de moins de 5 ans pour principales victimes.

Loin des regards, dans le silence coupable de l'Afrique et du monde, Ebola continue de tuer. En novembre dernier on dénombrait quelque 2238 victimes, essentiellement en République démocratique du Congo, alors qu'elle a tué plus de 11.0000 personnes en Afrique de l'Ouest entre 2016 et 2017. On l'aura compris, cette émotion mondiale teintée d'irrationalité est due à la circulation particulière du Coronavirus qui ne fait pas dans la discrimination, logeant dans la même enseigne pays nantis ou non. Et cette mobilisation nous oblige quelque part, d'exiger de nos dirigeants qu'ils se penchent sur nos maux avec le même engagement.

L'hôpital public chahuté malgré les compétences du personnel soignant, comme le montre encore une fois nos infectiologues en ces temps de lutte contre le Coronavirus. 60 ans après les indépendances, il est temps d'initier.En effet, cette pandémie qui a réussi à fermer les frontières de moult pays, clouer au sol nombre de présidents, nous oblige à revoir nos modèles de développement, nos schèmes de pensée, pour penser au nouveau Sénégal à construire.

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