Afrique: Coopération - La Grande Bretagne ambitionne de devenir le premier investisseur occidental en Afrique

Londres vise, depuis quelque temps, à élargir le panel de ses partenaires commerciaux sur le continent africain.

Une ambition que ses autorités n'ont cessé d'afficher lors de leurs visites à l'étranger ainsi que lors des rencontres internationales, prônant la nécessité de faire de leur pays un « investisseur de choix » en Afrique dès l'année 2022

La Grande Bretagne repense sa stratégie africaine au moment où le continent, dont un grand nombre de pays connaissent des taux de croissance très élevés, devient un marché potentiel que gouvernement britannique ne peut plus se permettre d'ignorer. Actuellement, ses échanges sont plus que modestes avec l'Afrique courtisée par les grandes puissances comme les pays émergents. Londres s'était jusqu'ici laissé largement distancer sur le continent par la Chine, au premier chef, mais également par l'Allemagne et la France.

C'est dans le but de conquérir le marché africain que le premier ministre britannique, Boris Johnson, a appelé, le 20 janvier, les dirigeants du continent, invités à un forum sur l'investissement à Londres, à faire des affaires avec son pays. A l'occasion, vingt-sept contrats d'une valeur de plus de 6,5 milliards de livres sterling (7,6 milliards d'euros) ont été signés.

« J'ai réalisé que nous, au Royaume-Uni, avons un travail essentiel à faire pour continuer à convaincre les gens de tout le continent que nous ne sommes pas seulement un grand ami et un allié, un allié fiable, mais aussi ceux avec qui vous devriez faire des affaires », déclarait Boris Johnson lors du Forum. Depuis lors, le chef du gouvernement britannique fait du partenariat avec l'Afrique l'une de ses priorités, après que Londres a mis fin à 47 ans de vie commune et d'échanges privilégiés avec l'Union européenne.

« Tous les investissements reflèteront l'engagement du Premier ministre à construire des relations durables avec l'Afrique, fondées sur nos valeurs et nos normes élevées », selon le Downing Street, qui rappelle que le Royaume-Uni s'était auparavant engagé à « aider l'Afrique à passer des énergies fossiles aux énergies propres, renouvelables et durables ».

A l'instar de plusieurs sommets Allemagne-l'Afrique ou Afrique-France organisés pour, entre autres, favoriser les liens d'affaires, - la 28e édition avec Paris étant prévue du 4 au 6 juin, à Bordeaux, sur le thème de la ville durable -, la rencontre de Londres poursuivait le même objectif. Ce sommet bipartite, pensé par l'ancienne Première ministre, Theresa May, durant son mandat et concrétisé par son successeur, s'inscrivait dans le programme politico-économique post-Brexit de la Grande Bretagne, qui cherche à renforcer ses liens commerciaux et d'investissements avec un certain nombre de partenaires, notamment en Afrique. La rencontre faisait suite à la tournée en Afrique subsaharienne en 2018 de l'ancienne Première ministre conservatrice, notamment au Kenya et au Nigeria, trois pays membres du Commonwealth.

« Les mégalopoles du futur seront en Afrique »

La visite de Teresa May, qui était à la tête d'une délégation comptant une trentaine de chefs d'entreprise, visait naturellement à trouver de nouveaux débouchés pour les entreprises britanniques. C'est pour cela qu'en Afrique du Sud, première étape de sa tournée, elle affichait un objectif très ambitieux : « D'ici 2022, je veux que le Royaume-Uni devienne le premier investisseur des pays du G7 en Afrique. Je souhaite que les entreprises du secteur privé britannique prennent les devants en investissant les milliards qui permettront aux économies africaines de croître de plusieurs milliards. Nous avons les outils pour le faire.»

Une cible jugée atteignable même si le stock d'investissements directs du Royaume-Uni en Afrique est passé de soixante milliards à cinquante milliards de dollars entre 2013 et 2018, soit 2,7 % de son stock mondial. Jusqu'à présent, la majorité des projets ont été concentrés sur les hydrocarbures et les mines. Les autorités ont prévu consacrer plus de 2,6 milliards aux infrastructures africaines dans les deux prochaines années.

Le département du commerce international du gouvernement a augmenté de 20 % ses effectifs en Afrique depuis 2018, avec cent personnes couvant 23 pays. En 2019, le commerce avec le continent a bondi de 7,7 % à 44,5 milliards de dollars. La Grande Bretagne promeut aussi le développement durable à travers des entreprises comme Diageo, qui a lancé une brasserie respectueuse de l'environnement au Kenya, ou le fournisseur d'énergie solaire Azuri Technologies de Cambridge.

En attendant la réalisation de nombreux projets en Afrique, plusieurs spécialistes pensent que la Grande Bretagne peut se démarquer de ses concurrents européens, américains ou asiatiques en matière d'investissement sur le continent. « Le point fort du Royaume-Uni est son secteur financier », indique François Gaulme, chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l'Institut français pour les relations internationales, qui souligne aussi que « les Britanniques ne souhaitent pas qu'investir dans les pays du Commonwealth en Afrique, ils visent aussi plusieurs pays francophones », dont la République du Congo.

Dans ses objectifs, Londres souhaite également renforcer le rôle de sa bourse (LSE), comme plateforme d'expertise et de mobilisation des capitaux à destination de l'Afrique. De nombreux cabinets, sociétés de gestion, banques et fonds d'investissement du royaume lorgnent vers le marché africain dans les infrastructures, les mines, les télécoms, le secteur pétrolier et gazier... « Les mégapoles du futur seront en Afrique », souligne Emma Wade-Smith, la représentante britannique pour le commerce avec l'Afrique. Cette dernière pilote une équipe commerciale dédiée au continent depuis 2017, preuve de la volonté de reconquérir les marchés africains.

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